Recherche avancée       Liste groupes



    

Voir toutes les interviews et les live reports
de NIME publiés sur Dark Side
AYREON - Electric Castle Live @Poppodium (Tilburg)
Par JEFF KANJI le 15 Septembre 2019
Publié le 19 Septembre 2019 Consulté 1480 fois

J'ai raté le coche il y a deux ans pour les concerts du AYREON Universe, il était hors de question que je loupe l'une des quatre représentations portant sur scène l'un des plus grands concept-albums de tous les temps, à savoir le troisième opus d'Arjen Lucassen sorti sous le patronyme AYREON : "Into The Electric Castle". Et l'équipe artistique réunie autour de Joost Van Den Broek (qu'Arjen remerciera avec déférence) va proposer une prestation largement à la hauteur des espérances, puisque la plus grande partie du casting original est de la partie. Seuls manquent à l'appel Sharon Den Adel et Robert Westerholt, remplacés par une autre paire tout aussi mythique (Simone Simons/Mark Jansen), ainsi que Jay Van Feggelen qui, s'il était présent entant qu'invité spécial sur le "Best Of Ayreon Live", voit son rôle de barbare confié à John Jaycee Cuijpers, qui avait largement fait ses preuves en endossant les bottes de Russell Allen il y a deux ans.



Et du côté des musiciens c'est aussi l'heure des retours avec le flûtiste Thijs Van Leer ainsi que de Robby Valentine qui s'offre un spot solo sur piano blanc (qui casse un poil le show à mon avis, impression renforcée par la tendance à la démonstration du prodige hollandais, embarqué dans un Vol du Bourdon peut-être pas indispensable). Pour le reste on a des habitués de l'entourage de Lucassen comme les choristes, que l'on a retrouvé sur à peu près tous ses projets ses dernières années (avec une Marcela Bovio en bonne place), une section rythmique inamovible. Du côté des guitares ça a un peu bougé, et il faudra pas moins de trois six-cordistes pour se partager les parties électriques, acoustiques, voire de mandoline. Et le chef d'orchestre Joost, entouré d'une armada de claviers et de quelques samples, peut alors procéder aux réjouissances, après la narration théâtrale de John De Lancie, un joli plaisir de fan que s'est offert Arjen, étant donné que l'Américain a incarné Q dans Star Trek à de nombreuses reprises.

La mise en scène articulée autour de trois sources focales, à savoir l'écran supérieur qui fait défiler les différentes parties du monde trans-dimensionnel dans lequel les huit personnages évoluent, la porte centrale d'où entrent les vocalistes et les deux tours d'un Château Électrique admirablement éclairé et du haut duquel des jeux scéniques sont mis en place, dégageant ce qu'il faut d'espace pour laisser les musiciens et les vocalistes s'exprimer. Ceux qui ont pu assister aux concerts de 2017 reconnaîtront des jeux de lumière efficaces, utilisés sans génie particulier mais avec goût, illustrant très bien les différents tons de l'histoire.

Et dès "Isis And Osiris" on sent que le côté organique de l'album d'origine va être conservé ; entre sonorités analogiques, guitare acoustique, mandoline, le lit est fait pour laisser entrer le premier vocaliste : et autant dire que c'est une véritable ovation qui accueille l'emblématique Fish (seuls Arjen et Anneke Van Giersbergen auront droit à quelque chose de comparable), ses deux mètres sous la toise, son manteau aux motifs écossais, pour que le conteur n'impose en deux syllabes sa présence et son charisme. Le bougre est quasi fini vocalement, mais son expressivité est intacte et il fait vivre ses lignes avec une profondeur que peu pourront lui disputer cet après-midi (et oui j'assiste à la seconde des deux représentations prévues aujourd'hui). Je n'ai pas précisé, mais je suis juste derrière la régie son, soit à un poste stratégique où non seulement je vois tout, mais j'entends tout également. Et le son est proche de la perfection ; c'est dynamique sans être trop fort, un véritable régal pour les cages à miel.

Le voyage est total, mis en valeur par un travail vidéo dantesque, des costumes qui illustrent l'aspect bariolé et hétéroclite de la compagnie, certains éléments originels ayant été conservés, comme ce maquillage rouge bandant les yeux de Simone, qui reprend celui des photos promotionnelles de Sharon Den Adel en 1998. Les personnages alternent les performances au service de l'histoire (jusqu'à un Arjen lardé au sol, la bouche bien occupée par sa chicha, il ne se privera d'ailleurs pas de faire plusieurs références plus ou moins explicites aux substances hallucinogènes, jusqu'à ce "Another Time, Another Space" où on ne peut que le suivre, dans ce trip étrange duquel il a l'impression de sortir), mais immanquablement il y a des moments pour chacun d'eux et certains comme Edwin Balogh en font un sacré bon usage (c'est dingue comment la voix de ce type n'a pas bougé en vingt ans). Si John Jaycee Cuijpers a tendance à surjouer, il parvient à laver la déception de ne pas avoir Jay Van Feggelen, et l'ensemble du casting se montre largement à la hauteur. J'ai la chance d'assister au concert à côté de Brett Caldas-Lima, qui masterise depuis plusieurs années les albums du sieur Lucassen, et ce show surpasse les deux précédents… Je n'ose imaginer la dernière prestation à 18H, car d'ores et déjà le niveau est très haut. Les quatre prestations auront été enregistrées et deux seront filmées. Arjen Lucassen prendra le temps de remercier tout le monde, de se sentir idiot pour avoir présenté les concerts du AYREON Universe comme uniques. On appréciera d'ailleurs grandement le fait que le public se soit montré respectueux des recommandations du début de représentation, à savoir que les prestations seraient filmées pour une sortie ultérieure en vidéo, et qu'il était préférable d'apprécier cette expérience avec ses yeux plutôt qu'à travers des appareils rectangulaires, comme la vidéo de Michael Mills l'indique, cabotinage de rigueur).

Le concept a réellement pris vie, et plusieurs moments ont fait monter la tension émotionnelle à des sommets, comme ce "Isis And Osiris" à l'interprétation habitée de Fish, le même Fish qui forme un tandem d'une rare intensité, jouant la résignation face à la peur et mourant comme personne, pendant qu'Anneke, la prêtresse égyptienne n'énonce encore une fois la litanie du refrain de "Tunnel Of Light", bien soutenue par Dianne et Marcela. La tension et l'intensité de "Cosmic Fusion" où les questions-réponses de George Oosthoek et Mark Jansen préparent le trépas de l'Indienne, pourtant mise en garde, Simone mourant elle aussi comme personne, même si on la distinguera en sortant de sa tour, pendant que la virtuosité prend la place, avec des duels guitare/violon/flûte/clavier du plus bel effet. "Evil Devolution" ne perd pas son statut de titre le plus faible de l'œuvre originale, qui pour la tenue du show a la chance d'être placé juste avant "The Two Gates" qui redynamise instantanément l'ensemble. Et je ne parle pas des larmes qui montent pendant ce superbe "Valley Of The Queens" intimiste et magistralement interprété par une Anneke investie et magnétique.

Pour les rappels, deux choix ont été faits : ne pas faire redite avec le "Best Of Ayreon Live" sorti plus tôt, et, surtout, revisiter chacun des projets d'Arjen, à commencer par The GENTLE STORM où Anneke peut redevenir totalement elle-même et en remontrer à bien des chanteuses qui ne peuvent que lui envier sa technique et sa virtuosité dans son utilisation. Vient ensuite le plus inattendu AMBEON, la petite perle qui se dégage de ces rappels, avec une Simone Simons enjôleuse, puis GUILT MACHINE qui amène à se demander si Damian Wilson connaît parfois des mauvais jours tant il cartonne (dans le registre d'excellence qu'il avait démontré sur "And The Druids Turned To Stone"). Je n'étais pas sûr, mais si, STREAM OF PASSION a bien droit à son extrait. J'avoue que j'aurais rêvé d'un "Passion" mais je vais pas me plaindre, j'y avais eu droit en première partie d'EPICA il y a quelques années. Et Arjen, qui n'avait pas de raison d'ôter sa tenue de hippie, vient interpréter le "Pink Beatles In A Purple Zeppelin", introduit par la voix trafiquée de Rutger Hauer (RIP), avant de reparaître avec sa célèbre Explorer trafiquée pour conclure le set par un "Songs Of The Ocean" qui nous refait le coup du karaoké géant (comme avec "The Eye Of Ra") avec tout le casting réuni sur scène.

Le petit bonus, je peux en parler maintenant que les shows sont passés, c'est cette petite guitare en clair qui s'invité à la fenêtre, laissant Fish investir la scène pour nous livrer une interprétation sensible de "Kayleigh" qui électrise la salle ! Si le simple fait de voir AYREON sur scène m'avait motivé, c'est bien la participation de Fish qui m'avait enjoint de me ruer sur les places de ces shows exceptionnels. Alors autant dire que ce "Kayleigh" c'est la cerise sur le gâteau.

Bref comme l'avait dit Volthord il y a deux ans : il fallait y être, c'était pas possible de recevoir tout le monde, tant pis. Il y aura pour les déçus ce "Into The Electric Castle And Other Stories" un bel Earbook pour garnir vos étagères et ravir vos yeux et vos oreilles, comme le "Best Of Ayreon Live" a su le faire. Ce qu'il ressort en tout cas de cette représentation, c'est cette sensation décuplée d'un moment unique, d'une musique crédible en version concert, et une admiration pour le travail d'un Arjen qui se trompe tout de même rarement quand il s'agit de composer, d'enregistrer de la musique, ou de choisir les meilleurs interprètes pour la faire vivre.


Set-list AYREON

Welcome To The New Dimension
Isis And Osiris
Amazing Flight
Time Beyond Time
The Decision Tree (We're Alive)
Tunnel Of Light
Across The Rainbow Bridge
The Garden Of Emotions
Valley Of The Queens
The Castle Hall
Tower Of Hope
Cosmic Fusion
The Mirror Maze
Evil Devolution
The Two Gates
Forever Of The Stars
Another Time, Another Space

Cast :
John De Lancie - Forever
Fish - Highlander
Simone Simons - Indian
Damian Wilson - Knight
Edwin Balogh - Roman
Anneke Van Giersbergen - Egyptian
John Jaycee Cuijpers - Barbarian
Arjen Lucassen - Hippie
Edward Reekers - Futureman
George Oosthoek - Death
Mark Jansen - Death
-
Shores Of India (The GENTLE STORM) (feat. Anneke Van Giersbergen)
Ashes (AMBEON) (feat. Simone Simons)
Out In The Real World (STREAM OF PASSION) (feat. Marcela Bovio)
Twisted Coil (GUILT MACHINE) (feat. Damian Wilson)
Kayleigh (MARILLION) (feat. Fish)
Pink Beatles In A Purple Zeppelin (Arjen A. LUCASSEN)
Songs Of The Ocean (STAR ONE) (feat. Robert Soeterboek)



             



1999 - 2019 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod