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Les Visages de la Critique : le critique est un funambule...
Par T-RAY le 24 Octobre 2018 Consulté 480 fois

Le critique est un funambule...

Et comme dans la réalité, il ne marche pas sur un fil, mais sur une corde. Ou un câble. Qui est tissé(e) de plusieurs brins, comme tout câble ou toute corde.

Ces brins qui composent ma corde, ils sont au nombre de trois. Voyez qu’il n’est pas bien épais, ce “fil”.

Le premier : l'honnêteté. Envers l’artiste et son œuvre. Envers moi. Envers vous, lecteurs. Ne pas dévoyer ma pensée, ne pas atténuer ce que je ressens à l'écoute d’un morceau, d’un album, d’une discographie toute entière. Mais savoir mettre en perspective ce ressenti, l'illustrer à-propos, coller au plus près possible à ce que mes sens et ma raison conjugués expriment, ceci afin que chacun de ceux qui me lisent puissent recevoir mon message sans douter de ma sincérité.

Le deuxième : la justesse. Celle des mots, des termes utilisés. Parce qu'il s’agit de rendre compréhensible par du texte ce qui, fondamentalement, n’en est pas : la musique. User des mots adéquats, des expressions idoines, parfois des termes savants, tout en veillant à ne point jargonner trop, pour rester compréhensible de la majorité de la communauté. Rester mesuré dans l’usage du superlatif, calibrer le verbe, aiguiser l’adverbe, peser chaque nom employé.

Le troisième : l'historicité, si je puis dire. Celle du disque par rapport à l'œuvre de l'auteur. Celle de l’artiste par rapport à son genre musical et ses pairs. Celle du genre musical par rapport à l’histoire de la musique, que nul d’entre nous ne connaît dans tous ses détails. Celle qui fait relativiser la notion d'originalité qui, de toute façon, vole en éclats pour 95% des artistes que l’on aime car tout, ou presque, a déjà été fait en ce bas monde, avec des instruments.

La corde, c’est le chemin qui me conduit à vous, lecteurs, à l'audience, au public. Mais pour la franchir, le funambule porte une barre, un contrepoids qui lui sert à s'équilibrer dans sa traversée.

Ce contrepoids, c’est l’humilité. Celle qui évite de basculer. De basculer dans le vide. Dans la vacuité. Dans la vanité.

Car le risque est présent, au détour de chaque phrase, de chaque paragraphe, d'écrire mais de ne rien dire de l'œuvre chroniquée. Ou rien qui ne soit digne d'intérêt. Ou d’écrire uniquement pour soi et flatter son ego quand, en réalité, l’on n’est qu’un vecteur, un décodeur, avec ses défauts et faiblesses, mais légitime tout de même. Car il ne faut jamais en douter, de cette légitimité, ou l’on chute. Or, le chroniqueur doit garder de la hauteur.

Oui, le critique est un funambule qui traverse, sur son câble à trois brins, la barre bien en mains, l'œuvre musicale qu’il doit chroniquer. La pression l’accompagne tout du long, jusqu'à la dernière phrase, jusqu'au point final et même au-delà, jusqu'à publication et à réception.




             



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