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Mayan (Entretien Avec Mark Jansen)
Par JEFF KANJI
Le 26 Février 2019
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MAYAN (entretien avec Mark Jansen)
Par JEFF KANJI le 18 Octobre 2018
Publiée le 26 Février 2019 Consultée 1409 fois

Entretien réalisé par téléphone le 18 octobre 2018 À l'aube du cycle de promotion de son troisième opus "Dhyana", j'ai pu m'entretenir via Skype avec un Mark Jansen toujours aussi avenant, qui m'appelle vingt minutes plus tôt que prévu, son interlocuteur de French Metal lui ayant fait faux-bond. Retour sur une interview-fleuve riche et empreinte d'humanité.

Salut Mark ! "Dhyana" semble plus direct que ses prédécesseurs. Quelle est ton opinion à ce sujet ?

Je pense que sur les deux premiers albums, on cherchait vraiment à savoir qu'est ce qui serait le mieux pour MAYAN, comment faire sonner le groupe, comment doser tous ces ingrédients.

"Dhyana" semble aussi affirmer un line-up, avec moins d'invités. De simple projet qu'il était évidemment sur "Quarterpast", dirais-tu que MAYAN évolue vers un groupe au sens propre du terme ? Marcela Bovio chante la plupart des lignes féminines avec Laura (Macrí) comme ce fut le cas lors de vos prestations live, Henning Basse reste de la partie et les fondations elles-mêmes de Franck (Schiphorst) et toi-même. Vous envisagez de jouer plus également j'imagine ?

"Antagonize" a été particulièrement bien reçu, et la transcription en live a été bien gérée, ça nous a ouvert des perspectives c'est certain. C'est pourquoi on a planifié de façon plus rigoureuse cette fois-ci ; il était par exemple important que le nouvel album sorte en septembre pour profiter du petit break qu'on s'accorde avec EPICA, qui n'est pas vraiment un break, mais disons qu'on va y aller cool niveau concerts, et on va prendre le temps pour la composition du prochain. On profite donc à fond de cette fenêtre qui est laissée pour MAYAN ; en faisant plus de préproductions, l'enregistrement avec orchestre symphonique, davantage de vidéos promotionnelles également, l'idée est vraiment de monter d'un cran dans tous les secteurs, et de profiter du temps qu'il peut nous rester pour faire du live.

Vous êtes membre d'une grosse écurie avec Nuclear Blast, est-ce une opportunité de vous voir effectuer une tournée européenne d'importance qui permettrait à un public connaisseur de revoir des noms connus comme Jack Driessen ou encore Henning Basse qui a désormais un groupe à la mesure de ses qualités vocales (FIREWIND)?

En tout cas il est certain qu'on veut vraiment donner le plus possible pour promouvoir ce nouvel album, les vidéos nous aident bien en ce sens, on a des offres pour l'Europe mais également pour l'Amérique du Sud, et on espère bien accrocher plusieurs festivals, on voit bien que les promoteurs se montrent de plus en plus intéressés avec la conjoncture du nouvel album, et, si on a de la chance, on espère pouvoir se faire une saison d'été de festivals bien remplie. On verra si cela se fait… Ou pas (rires). Les premières critiques de "Dhyana" sont en tout cas prometteuses et positives, et elles nous mettent en confiance. On sait ce que vaut MAYAN aujourd'hui et ce serait fabuleux de se retrouver avec deux formations qui marchent du tonnerre. EPICA est déjà très important et a beaucoup beaucoup tourné, et les années qui viennent on lèvera sans doute le pied sur le live, là où MAYAN risque de se retrouver dans ce cycle de tournée plus intensif. Et ce sera aussi plus simple pour moi pour me concentrer au mieux sur les deux formations.

Tu sembles à la fois très confiant, mais prudent à la fois, je me trompe ?

Ma vision est claire, mais il faut voir comment les fans vont réagir. Il y a certainement des choses que l'on peut contrôler, comme se donner à 100% pour le groupe, travailler très dur. Et il y a aussi ce qu'on ne peut pas contrôler, à savoir combien de gens vont aimer ce qu'on fait. Il y a une part de chance. Mais j'ai tendance à penser que quand tu mets beaucoup de toi dans ton art, la chance est toujours de ton côté.

Était-il important pour toi de t'entourer de gens différents cette fois-ci pour pousser les choses à un autre niveau ? Il y avait une plus grande implication des membres d'EPICA sur les albums précédents, fallait-il séparer davantage les deux entités ?

En fait au début je pensais que c'était plutôt un avantage d'avoir les mêmes personnes dans les deux groupes pour des raisons à la fois pratiques et personnelles. Mais je me suis rendu compte que ça avait aussi ses inconvénients, car EPICA prend déjà énormément de temps, et les titres de MAYAN sont plutôt complexes et difficiles à jouer. Quand il leur fallait bosser les morceaux de MAYAN ça prenait du temps, et comme on avait peu de shows, ça demandait un très gros travail de préparation en amont pour être prêt. Et puis il y a aussi des gens qui tournent déjà beaucoup et d'autres qui n'aiment pas les longues tournées, tout ce beau monde à un moment donné aimerait bien être chez soi. Donc séparer les deux entités est devenu un avantage et tourner avec des gens différents est assez rafraîchissant. Je vois vraiment ça d'un œil différent aujourd'hui.

Cela faisait des années qu'on n'avait pas entendu parler de George Oosthoek, et c'est une très belle surprise de le retrouver sur le nouvel album, et de le voir de nouveau participer à un projet d'importance. Fait-il partie de l'effectif, où était-il juste là pour l'album ?

On a déjà tourné ensemble, et il a même tenu tous les grunts sur quelques concerts où je ne pouvais être là, car retenu avec EPICA ou par un mariage que je ne pouvais pas louper. On essaie tant que possible d'être ensemble en tournée, car il y a une super alchimie entre nous deux. Pour les concerts européens je pense qu'il les fera tous, et pour le reste il faudra voir, car il a un job régulier et il lui faut jongler avec ses propres obligations. Sur l'album on a vraiment fait 50/50 au niveau des grunts.

Joueras-tu de la guitare sur scène, ou te concentreras-tu sur les vocaux ou ton rôle de frontman ?

Je vais me concentrer sur le vocal, d'une part parce que les parties de guitare sont particulièrement tordues et il serait compliqué de réussir à tenir les deux postes avec efficience. Je me concentrerai tant que possible sur les vocaux. Mais si on se retrouvait complètement bloqué un jour, il y aurait toujours la possibilité que je reprenne la guitare.

On te connaît avant tout comme guitariste (il acquiesce), quel effet cela fait de grunter sans avoir à jouer en même temps et lequel des deux instruments préfères-tu en conditions live ?

C'est vraiment deux choses très différentes en fait. Mais je ne peux pas dire que j'ai de préférence, ça dépend vraiment des fois. Il y a des moments où ça me va très bien de ne faire que de la guitare et l'ouvrir un peu de temps en temps, et d'autres où c'est plus sympa de ne faire que du vocal. L'exercice du coup reste assez intéressant en fait, et ça change un peu, ça repousse un peu la lassitude aussi. C'est un peu comme si on me demandait si je préfère les fests ou les shows en club. Si j'ai bouffé du festival à fond, je vais apprécier davantage de faire du club et inversement.

L'Orchestre philharmonique de la ville de Prague doit enregistrer trente ou quarante albums de Metal à l'année (rires). Tu sais comment travailler avec orchestre depuis longtemps (cf le premier album d'EPICA), et le show "Retrospect" était un modèle d'équilibre et de mélange réussi et tous vos morceaux semblaient sonner mieux dans cette configuration.

Merci beaucoup !

Comment travailles-tu sur l'aspect symphonique ? On a tendance à se focaliser sur l'aspect Death Metal assez technique du groupe, mais le travail orchestral est plutôt intense. Comment arrives-tu à faire fonctionner tout ça ?

Les morceaux sont écrits pour laisser un rôle important à l'orchestre. Il y a beaucoup d'ingrédients dans MAYAN et on doit faire des choix parfois pas faciles. Et pour ça je dois dire que Joost (Van Den Broek) a un vrai talent pour voir quel élément mettre en valeur selon les moments, que ce soit la basse, l'orchestre, ou les guitares. Il a vraiment su matérialiser le son qu'on avait en tête. Mais il y a tout de même quelque chose d'assez organique là-dedans ; il y a vraiment des moments pour lesquels on sentait si les riffs devaient dominer ou l'orchestre. Il n'était pas question que l'orchestre ne soit qu'un faire-valoir de notre Death Metal, ni l'inverse.

Comment pensez-vous équilibrer votre setlist ? Je n'ai pas encore beaucoup écouté l'album, qui semble plus direct, mais pensez-vous proposer un mix équilibré ou au contraire mettre l'accent sur ce nouvel album ?

"Dhyana" va définitivement avoir un grand rôle dans le prochain cycle, et je suis d'accord pour dire qu'il est plus direct et possède davantage d'éléments catchy. En particulier sur les festivals, je pense qu'ils seront déterminants. On jouera bien sûr quelques morceaux de "Quarterpast" et "Antagonize" car d'expérience, on a pu observer les titres qui plaisent aux fans. En club, on pourra panacher beaucoup plus car les fans y seront plus die-hard, mais notre souci va être de proposer un bon équilibre qui permettra à la plupart des gens, qui risquent de voir MAYAN pour la première fois, d'avoir une idée globale assez juste de ce que nous sommes.

Il me reste quelques minutes pour t'embêter et j'aurais voulu qu'on parle des paroles que tu écris. C'est un aspect dont on ne parle pas assez non plus avec EPICA. Plus les années passent et les plus les réflexions deviennent profondes, métaphysiques et philosophiques. Comptes-tu développer les mêmes aspects dans MAYAN ?

Je suis ravi que tu m'en parles. Les deux premiers albums étaient beaucoup plus axés sur la critique sociétale. Mais pour ce troisième album, j'ai eu une thématique beaucoup plus réjouissante avec la communion universelle de l'instant présent, ces moments où tu ressens les choses avec une telle intensité que tu as la sensation que le passé et le futur n'existent pas. C'était au départ mon idée thématique pour le prochain EPICA, mais comme il ne sortira sans doute pas avant deux ans, je trouvais ça vraiment trop dommage de laisser ça de côté, surtout que je suis vraiment à fond là-dedans en ce moment. Donc j'ai décidé d'aborder le sujet avec MAYAN, bien que les précédents albums aient traité de sujets plus polémiques. Mais j'ai trouvé que ça collait plutôt bien, et je suis ravi de ce qui en est ressorti. Mon intuition me disait que ça marcherait et ça m'a lancé dans l'écriture, et c'est vraiment sorti facilement dans un flot continu et tranquille. Concernant EPICA je suis pas inquiet et je sens qu'au moment de travailler dessus, une autre thématique émergera.

C'est quelque chose qui parle beaucoup à un artiste cette notion d'équilibre entre le cœur et l'esprit et cette notion d'instant présent. Y a-t-il eu des ouvrages ou des tendances qui ont été déterminants dans l'évolution de ta pensée ou de ta réflexion sur le monde ?

J'aime beaucoup lire sur les sciences c'est une certitude, mais j'aime aussi beaucoup les ouvrages philosophiques, la spiritualité. Ces deux mondes semblent de loin quasi opposés alors qu'en réalité ils sont incroyablement complémentaires, et je trouve que quand les deux parviennent à se renvoyer les réflexions et les découvertes, on peut vraiment obtenir des résultats intéressants, qui nous rapprochent de l'essence de la question de la vie. Je lis beaucoup sur ces sujets, particulièrement avant de dormir. Bien sûr il y a beaucoup de conneries écrites que ce soit du côté de la science que du côté de la spiritualité, mais la réalité est que personne n'est capable de définir qu'est-ce qui est vrai et qu'est ce qui est pas vrai. Alors je ne prétends pas le savoir moi-même, mais je trouve que c'est une odyssée personnelle des plus intéressantes, et je pense que n'importe quelle personne sur cette planète a son propre chemin, certains vivent leur vie sans se poser de questions, d'autres sont en permanence concernés par des questions existentielles, chacune de ces trajectoires est intéressante, et personnellement j'aime me poser ces questions.

Merci beaucoup pour tout ça, car je pense que l'état du monde est un terrain qui sera de plus en profitable à ces réflexions sur le sens de notre existence, la compréhension de nos origines, et la perspective d'un avenir. Et que ce seront des sujets et concepts qui seront sans aucun doute abordés de plus en plus par les artistes.

Merci à toi ! Je suis d'accord. Je trouve ces concepts vraiment beaux, et je crois vraiment que la vie a un sens, et que si rien sur cette planète n'avait d'objectif ou de débouché, ça n'aurait aucun sens pour moi. C'est pourquoi j'aime beaucoup donner du sens à la vie et à ce que j'en fais. Et je pense qu'avoir des buts dans la vie et suivre certains idéaux fait de toi une meilleure personne, que ce soit pour toi ou pour les personnes qui t'entourent. Et je pense que c'est au final l'une des choses que nous recherchons, et ce n'est qu'une des bonnes choses qui nous arrivent, ce qui n'occulte en rien les aspects négatifs du monde, mais je trouve cette dynamique plus positive sur le long terme.

Tu m'offres une transition parfaite. Comment fais-tu pour réussir à maintenir un tel niveau d'intensité ? Tu n'as pas arrêté une seconde depuis que tu as commencé avec AFTER FOREVER et même pour quelqu'un du music business, on ne peut pas dire que tu ne bosses pas comme un taré. Aller de l'avant en permanence ne pose aucun problème, ce que tu fais nourrit ton envie de continuer ?

D'une manière générale non, mais il faut être à l'écoute de soi-même et de son corps car ça peut devenir un problème. Si tu passes la limite notamment quand tu es trop fatigué, tu t'exposes à un gros coup de marteau sur la tête. Et il faut réagir vite car quand le marteau tombe c'est trop tard. Je connais personnellement des gens qui ont trop joué avec la limite et ils ont fini en burn-out. Et même si je suis moi-même un workaholic, je me ménage des moments chez moi, au calme, au repos, avec la nature, le vélo la plage, passer du temps avec mes chiens, pour garder l'équilibre. Donc quand les gens me disent "comment tu fais pour travailler autant ?", je réponds que certes je travaille beaucoup, mais je ne travaille pas "trop". Sinon, et bien je ne serais sans doute pas en mesure d'en parler car il serait trop tard. Je connais mes limites, et même si je m'en suis parfois approché, j'ai jamais joué bien longtemps, car je suis parfaitement conscient des conséquences, et c'est sans aucun doute ma force, cet équilibre entre la créativité qui me booste, et le bonheur.

J'imagine que ce sont des discussions que tu as dû avoir avec Floor Jansen, que tu connais depuis une éternité. Heureusement nous ne savons presque rien de ce qui s'est passé, car c'est très personnel, mais c'est l'exemple le plus emblématique pour la communauté d'une personnalité qui a trop joué avec la limite.

Bien sûr, c'est l'une des personnes auxquelles je pensais quand je parlais de ça. Et bien évidemment nous avons eu pas mal de discussions tous les deux, et elle m'a aussi mis en garde sur certains aspects, notamment d'écouter mon corps. Et ça m'a aidé. C'est très enrichissant de partager les expériences des autres car ça permet de prendre conscience de certaines choses et d'en apprendre d'autres que dans d'autres situations tu n'expérimenterais que si tu les vivais.

Je dois pour terminer avouer, que c'est très rafraîchissant de voir que malgré les années, le business, les obligations les tournées, et les trajectoires diverses, vous semblez pour nous rester une bande de potes, et c'est cool.

C'est clair que c'est une situation cool. Je vois quand des groupes sont sur scène et qu'ils ne s'éclatent pas, mais heureusement j'en vois aussi qui continuent de s'amuser, particulièrement chez les jeunes groupes, qui semblent jouer leur vie. Mais par chance je voix aussi des routards qui font de la scène depuis des années et des années et qui trouvent encore comment s'amuser sur scène, et ça fait du bien. À partir du moment où les membres d'un groupe ne s'amusent plus, le groupe est mort sans même que les gars s'en rendent compte.

Un grand merci pour cet entretien Mark et bonne chance pour le cycle à venir.

Merci à toi, c'était très intéressant comme échange ! Bonsoir (en français dans le texte) ! Bye bye!


Le 28/02/2019 par PILGRIMWEN

Bel entretien, j'ai pris plaisir à le lire.

Par contre, attention aux fautes de frappe dans le compte-rendu.



             



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