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SCORPIONS - Interview avec Matthias Jabs
Par GEGERS le 28 Janvier 2015
Publiée le 10 Février 2015 Consultée 2374 fois

Entamant la conversation au son d’un tonitruant « Bonsoir », Matthias Jabs nous fait l’honneur de s’épancher sur le nouvel album "Return To Forever" et sur les événements récents qui ont marqué la vie du groupe. Jovial et éminemment sympathique, le guitariste est très agréablement surpris par l’accueil chaleureux qu’a réservé la presse à ce nouvel album qui, s’il s’annonce comme le chapitre ultime de la carrière des SCORPIONS, est également prétexte à une immense tournée, que le musicien a déjà hâte d’entamer. Interview.

Plus que quelques jours avant la sortie de Return To Forever. Toi qui a vécu de nombreuses fois l’attente avant la sortie d’un nouvel album, que ressens-tu ?

Eh bien je me sens particulièrement confiant ! Ces dernières années ont vraiment été formidables pour nous, et pour ce nouvel album nous nous sommes vraiment éclatés en studio. Comme tu le sais, après "Sting In The Tail" notre maison de disques nous a proposé un contrat pour enregistrer deux albums supplémentaires. Le premier d’entre eux était "Comeblack", que nous avons sorti en 2011. Pour le deuxième album, l’idée originale était de ressortir du vieux matériel de nos cartons, datant du début des années 80, période "Blackout" / "Love At First Sting". Des titres laissés de côté à l’époque, qui n’étaient pas parus sur un album. En 2012, nous en avons isolé 8, et avons commencé à les retravailler. Certaines n’avaient pas de paroles, d’autres pas de solo. Durant cette période, nous avons eu tout un tas d’idées nouvelles, au sein du groupe et aussi par le biais de nos producteurs suédois, qui sont également de très bons compositeurs. Nous avons donc poursuivi les enregistrements, tant et si bien que ce nouvel album est constitué à 50% d’anciens titres et à 50% de nouveaux morceaux. Pour moi, il s’agit donc véritablement d’un nouvel album des SCORPIONS, au même titre que "Sting In The Tail" en 2010.

Qu’en est-il du single "We Built This House" ?

C’est un nouveau morceau que nous avons écrit récemment. Ce nouveau morceau parle bien sûr de la carrière des SCORPIONS. Nous avons construit cette « maison » SCORPIONS brique après brique, car notre carrière s’est bâtie par petites étapes, de manière très solide. Le succès n’est pas arrivé du jour au lendemain, il nous a fallu beaucoup de temps pour y arriver, et cela nous a pris plus de temps encore pour tenter de le conserver. Nous nous reposons sur une base très solide de fans, tout autour du monde, qui nous ont toujours soutenu et sont restés loyaux envers le groupe. C’est particulièrement vrai pour les fans français dont tu fais partie. Le soutien de votre public a été incroyable ces dernières années, et nous a beaucoup aidé. Je pense que c’est en France que nous avons donné le plus de concerts depuis 2010. C’est un peu de tout cela dont traite de nouveau morceau.

Était-ce un choix évident pour faire office de premier single ?

Tu sais, c’est la maison de disques qui a fait ce choix. Nous leur avons livré l’album, et ils ont choisi le single. Ils nous ont dit que le choix avait été évident tant ce morceau les avait frappé. Je pense que c’est un très bon morceau, très immédiat. Et puis, il est très représentatif du « son » SCORPIONS des années 80. Il y a dessus tous les éléments qui constituent notre identité : les harmonies, les parties de guitare lead, que j’apprécie particulièrement jouer, les lignes vocales sont très bonnes, les chœurs… c’est vraiment un morceau typique des SCORPIONS.

Ce morceau a un solo très court. Lorsque tu enregistres, comment construis-tu tes solos ?

J’essaye, dans la mesure du possible, de me mettre toujours au service de la chanson que j’enregistre. Je prends les morceaux individuellement, les uns après les autres. Je m’imprègne de l’ambiance et des sentiments que transporte le morceau, et je tente de proposer le solo le plus adapté. Pour "We Built This House", il m’a semblé que ce titre avait besoin d’un solo très mélodique et calme, à l’image des couplets. Il ne fallait pas proposer un solo explosif et fou comme sur "Rock You Like A Hurricane" par exemple, mais plutôt un solo à envisager comme un moment relaxant, comme un court répit dans le morceau avant la reprise du refrain très énergique.

Sur le précédent album vos deux producteurs suédois ont participé à la composition. C’est donc également le cas sur ce nouvel album ?

Oui, ils ont eu une très grande influence sur cet album. Ils ont apporté quelques morceaux qu’ils avaient écrit ensemble de leur côté, et nous ont fait d’excellentes suggestions durant l’enregistrement, que ce soit au niveau rythmique pour Rudolf ou au niveau des mélodies de mon côté. Ils nous ont aidé à rassembler les pièces du puzzle, et ont écrit de courts passages pour quelques morceaux, c’est pour cela qu’ils sont crédités en tant qu’auteurs pour les titres concernés. Ils sont d’ailleurs crédités sur "We Built This House", car ils ont apporté de très bonnes idées durant l’enregistrement du morceau. Ce qui est incroyable, c’est la manière dont il sont capables d’écrire en faisant en sorte de se fondre dans l’identité SCORPIONS. Ils apportent une touche nécessaire de modernité, mais dans les arrangements ou les mélodies les titres qu’ils nous ont proposés sont tous du SCORPIONS pur jus.

Le travail que tu as fait en matière d’arrangements des morceaux pour le projet MTV Unplugged était incroyable. Dirais-tu que cette expérience t’a servi au moment de t’atteler à l’enregistrement de ce nouvel album ?

Tout a fait. Tout d’abord, le fait de travailler sur les arrangements du MTV Unplugged avec Mikael Nord Andersson et Martin Hansen m’a permis de me rapprocher d’eux. Nous sommes devenus de très bons amis. Et puis, cela m’a permis de développer de nouvelles techniques, notamment en matière de « picking » pour la guitare acoustique. Du coup, j’ai également travaillé cette technique pour l’utiliser sur la guitare électrique. Sur le solo d’un nouveau titre, "House Of Cards", je joue le solo avec les doigts plutôt qu’avec un médiator. Ce titre est un de mes préférés du nouvel album. C’est une ballade, très riche en émotions, faite pour être jouée ainsi. Quelques années en arrière, je n’aurais pas pu envisager de jouer sur une guitare électrique autrement qu’avec un médiator. Cette évolution, je la dois donc en grande partie à mon travail sur le MTV Unplugged.

Ainsi, penses-tu t’être amélioré ces dernières années en tant que musicien ?

Oui, je le pense. Pour prendre un exemple, nous avons un titre du nouvel album qui se nomme "The Scratch". Ce morceau est pétri d’influences Swing, façon big band, je pense à l’influence de Benny Goodman, et toutes ces lignes Swing sont jouées à la guitare électrique. En plus, le morceau a une très bonne rythmique, James a fait un super boulot dessus, et il y a 18 lignes de guitare différentes, qui ont toutes été enregistrées la même journée. C’est un morceau fantastique, très Rock. C’est un peu un ovni sur cet album, car il s’éloigne du son typique de la musique des SCORPIONS. C’est un morceau qui est très surprenant mais aussi très réussi.

Certains titres sont déjà connus des collectionneurs dans leur version originale, tels que "Rock My Car" ou "Gypsy Life". Dirais-tu qu’il a été facile de retravailler ces morceaux pour les faire sonner de manière fraîche et actuelle ?

Oui. Il faut dire que finalement tout s’est passé très vite. Nos techniciens, notamment mon collaborateur Ingo Powitzer qui est un excellent guitariste, ont préparé toutes nos guitares et l’équipement de telle sorte que nous n’avons jamais passé plus d’une journée sur un morceau. Dans les années 80, il nous arrivait de travailler 15 jours de suite sur le même morceau ! La technologie actuelle simplifie beaucoup de choses. Nous n’avons pas eu à passer du temps à régler ou accorder nos instruments, tout va beaucoup plus vite. C’est pour cela que les morceaux sonnent de manière fraîche et spontanée. En tout, nous n’avons pas du passer plus de 15 jours d’affilée en studio. Nous avons fait des sessions de 10 jours, puis nous sommes allés donner quelques concerts ici et là avant de retourner en studio. Avant, il nous arrivait de passer six mois complets en studio. Cela devient fatigant, ennuyeux, et finalement nuit à la qualité des morceaux. Aujourd’hui, tout le processus d’enregistrement est bien plus simple.

Au début des années 2000, le groupe s’était déjà rendu en studio, en compagnie de Dieter Dierks, pour retravailler et mettre en boîte deux morceaux composés dans les années 80, "Cause I Love You" et "Bad For Good". As-tu trouvé des points commun entre cette expérience et l’enregistrement du nouvel album ?

Non, ces deux expériences n’ont vraiment rien à voir. Cela est arrivé assez tard dans notre carrière c’est vrai, mais je pense que depuis quelques années nous avons trouvé la bonne manière d’enregistrer des albums, tout du moins celle qui nous convient le mieux. Le travail a été bien plus efficace, car pendant que j’enregistrais mes parties de guitare avec Mikael, Klaus était dans un autre studio en train d’enregistrer ses parties de chant avec Martin. Notre utilisation des nouvelles technologies est bien plus poussée que ce que nous avons pu faire avec Dieter Dierks à l’époque. Contrairement à l’enregistrement de ces deux morceaux au début des années 2000, nous avons cette fois travaillé de manière très sereine, et je pense que sur le nouvel album on peut entendre que nous avons pris plaisir à enregistrer les morceaux, et que le processus s’est déroulé de manière très calme et sereine.

Nous sommes déjà impatients de voir le groupe en fin d’année en compagnie d’Europe. C’est une superbe affiche !

Oui, les gars d’EUROPE sont supers, cela s’annonce bien !

Le groupe a du faire face à la perte récente de ses deux managers. Dirais-tu que ces événements tragiques te confortent dans l’idée qu’il faut que le groupe continue de célébrer sa carrière, tant que vous êtes encore tous en bonne forme ?

Tout a fait. La perte de Peter Amend tout d’abord, et puis celle de Michael Gehrke ensuite, cela a été un choc pour tout le monde, rien ne laissait craindre son décès. Ses funérailles auront d’ailleurs lieu jeudi à Hanovre. Tout cela te rappelle que quoi que tu fasses, tout peut être fini en un instant. Ce que j’en retire, c’est qu’il faut profiter de la vie tant que nous le pouvons, ce qui ne signifie pas bien sûr de se mettre la tête à l’envers tous les soirs. Peut-être ne faut-il pas s’en faire à propos de l’avenir, mais plutôt apprécier le jour présent pour ne pas passer à côté, et pour ne rien regretter. Ces deux pertes tragiques ne changent pas ma façon de voir le monde, mais font office de piqûre de rappel : la vie est courte ! Et puis, cela nous rappelle aussi que la santé est la chose la plus importante qui soit. Nous sommes en janvier, nous nous souhaitons tous bonne année, bonne santé, de manière un peu machinale. Mais la santé est extrêmement précieuse. Sans la santé, l’argent n’a aucun sens, la bonne nourriture non plus car tu ne peux pas en profiter. Avoir une belle voiture ne sert à rien si tu as une jambe cassée. Tu sais, à mon âge, je me dis que j’ai encore peut-être quarante ans devant moi, j’atteindrai peut-être les 100 ans ! Mon père a 93 ans, et il est encore en bonne santé, cela me donne de l’espoir. Néanmoins, je n’ai aucune garantie. J’essaie donc de profiter au maximum, tant que je le peux.

Les SCORPIONS ont semble-t-il toujours réussi à concilier fête et bonne hygiène de vie…

C’est vrai, mais cela est en grande partie dû au fait que nous avons une responsabilité, celle de faire honneur au nom du groupe. Nous avons toujours fait en sorte de ne pas nous rendre minables comme certains groupes l’ont fait dans les années 80. Lorsque nous avons un show à donner, où que ce soit dans le monde, nous voulons être à notre maximum. J’ai une anecdote : En 1982, nous nous sommes rendus à Tokyo à la fin de notre tournée aux États-Unis, en Californie me semble-t-il. Arrivés sur place, on nous a tendu de nouveaux pass, très beaux, conçus spécifiquement par notre promoteur japonais. L’organisateur me tend ce pass, je le félicite mais lui demande « Que signifie ce numéro inscrit, 181 ? ». Il me regarde un peu de travers et me dit : « Mais il s’agit du show de ce soir à Tokyo, c’est le 181ème de la tournée ! » . Nous étions tous crevés à cause du décalage horaire, mais je me rappelle m’être dit. « Ok, pour nous c’est le show n° 181, et je suis fatigué, mais pour les fans, c’est le show n°1 ». Car à Tokyo, c’est la première fois qu’ils nous voyaient sur la tournée "Blackout". Bien que nous étions crevés, nous avons tout donné sur scène, et avons puisé dans nos ressources pour transmettre toute notre énergie. Cela, nous avons pu le faire uniquement parce que nous étions en forme. Des musiciens alcoolisés ou drogués n’auraient pas pu y arriver.

Tu as commencé ta carrière il y a plus de 40 ans, avec ton premier groupe DEADLOCK, puis avec LADY et FARGO. Plus des 2/3 de ta vie à jouer sur scène devant un public. J’imagine qu’il doit être difficile d’envisager la retraite.

Tu sais, je ne suis pas vraiment inquiet concernant la retraite des SCORPIONS. Forcément, cela va finir par arriver. Mais je suis encore relativement jeune, je pourrai toujours jouer de la guitare et enregistrer de la musique en studio, et continuer à faire ce que j’aime. Ce qui m’inquiète, c’est le manque que je vais ressentir lorsque je ne donnerai plus d’immenses concerts devant des milliers de gens. Le contact avec le public va vraiment nous manquer. Je le sais déjà, car lors de la tournée d’adieu débutée en 2010, pour nous c’était la fin, même si nous étions sans doute les seuls à le penser sincèrement. Nous nous disions que c’était la dernière fois que nous nous rendions dans tel pays, dans telle ville… Nos amis et notre management nous disaient tout le temps « Mais non, vous allez continuer… ». Pour nous, c’était loin d’être le cas. Lorsque nous avons donné notre show final à Munich en 2012, nous étions persuadés que c’était le dernier. En fait, si le projet MTV Unplugged ne nous était pas tombé dessus 15 jours plus tard, peut-être que nous aurions raccroché les gants, et nous ne serions pas aujourd’hui en train de parler tous les deux de ce nouvel album. Mais je pense sincèrement que les choses se sont passées de la manière dont elles devaient se passer.

Au mois de mars tu vas fêter le septième anniversaire du MJ Guitar Shop. Ces événements te permettent de rester en contact avec tes fans, à une plus petite échelle. Cela semble important pour toi.

Absolument. C’est ce qui est génial avec ce magasin. Tout cela a commencé comme un hobby, car je suis passionné de guitares tout simplement, et je n’y accordais pas trop d’importance. Mais marquer le coup, fêter l’anniversaire du magasin chaque année, me permet d’être proche des fans, de les côtoyer de près, ce qui est difficile en tournée, car il y a beaucoup d’agents de sécurité et nous nous éclipsons rapidement dans nos grosses voitures noires. Ce magasin me permet de passer du bon temps, d’inviter tout le monde, de jouer 2/3 morceaux avec de jeunes groupes que je fais venir. Nous parlons, nous buvons un coup… ce sont toujours de très bons moments que j’attends avec impatience chaque année. Pour le prochain anniversaire, je fais venir un super groupe australien, orienté Blues Rock. Et il faut que j’écoute leur musique, car cette fois j’ai décidé d’interpréter avec eux quelques-uns de leurs titres. J’aime ce genre d’expérience, car cela offre une vitrine aux musiciens. Je me dis qu’au moins les fans de SCORPIONS jetteront une oreille sur leur musique. Et puis, ce qui est drôle, c’est que nous n’avons pas le temps de répéter avant l’anniversaire, en général il s’agit donc d’un bordel organisé. Mais jusqu’à maintenant tout s’est bien passé !


Le 12/02/2015 par RONIN

J'adore ce mec. Il semble humble et sincère. Sans lui, il est évident que SCORPIONS aurait galéré à s'extirper du traquenard Michael Schenker en 79/80. Un guitariste et compositeur mésestimé, qui mériterait bien de sortir un album sous son propre nom un de ces quatre.



             



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