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CRISIX - interview avec Julián Baz et Marc Busqué
Par T-RAY le 21 Août 2018
Publiée le 21 Août 2018 Consultée 380 fois

CRISIX était sur les routes d’Europe et de France (notamment au Hellfest) depuis le mois d’avril dernier pour promouvoir son petit dernier : “Against The Odds”. L’occasion de donner la parole à ces dingos du Thrash polymorphe qui gagnent à être connus, d’autant que la route du succès s’ouvre enfin à eux après quatre albums studio. Rencontre avec Julián “Juli” Baz, auteur des textes et vocaliste du quintette catalan, et “Bibi” Marc Busqué, guitariste et co-compositeur du combo.

Vous avez effectué plusieurs concerts en tête d’affiche depuis la sortie de “Against The Odds” en France : quel rapport entretenez-vous avec notre pays ?

Julián Baz : Nous avons joué en France pour la première fois il y a environ trois ans, je crois. Et nous sommes revenus chaque année, depuis. Nous aimons beaucoup jouer ici et observer la différence de réaction du public par rapport aux réactions des spectateurs espagnols et d’autres pays d'Europe. C’est toujours très cool de jouer chez vous, d’autres groupes espagnols ressentent aussi l'énergie du public français.

Marc Busqué : Le public français est l’un des plus dingues ! Notre première date en France devait être au Motocultor Festival. C'était fou !

Julián Baz : En réalité, notre première vraie date en France a eu lieu il y a bien plus longtemps que ça, maintenant que j’y pense. C'était à Perpignan, dans la partie française de la Catalogne. Nous y sommes presque comme chez nous, vous savez (rires). C'était bien avant notre premier album et nous nous appelions encore CRYSYS. Puis nous sommes revenus en 2015, en tant que CRISIX, à l’occasion d’une tournée commune avec NERVOSA (NdlR : groupe de Thrasheuses brésiliennes) à Toulouse, Bordeaux, etc.

Vous avez signé, il y a trois ans, avec le label français Listenable Records : comment cela vous a-t-il aidé à grandir ?

Julián Baz : C'est un très bon label qui est capable de bien distribuer notre matériel partout dans le monde, ce qu’il n’est jamais facile de faire lorsque l’on s'autoproduit. Nous étions heureux de notre précédent label (NdlR : Fire Warning) mais Listenable nous permet d’aller encore plus loin.

Marc Busqué : Nous manquions de promotion et c’est ce qui est le plus difficile quand vous vous auto-managez ou quand vous êtes sur un petit label. Pour grandir, il faut pouvoir être promu partout en Europe, en Amérique du Nord, etc. Signer avec Listenable a changé les règles du jeu pour un groupe tel que le nôtre. C'était un pas supplémentaire pour accéder à un statut professionnel et nous sommes très heureux d'être sous contrat avec Listenable, qui a eu dans son écurie des groupes comme GOJIRA ou ABORTED. Nous sentons que nous avons une belle équipe derrière nous, ce qui s'avère essentiel pour un groupe souhaitant se faire connaître à l’international et continuer à évoluer.

Il est assez facile, en effet, de trouver “From Blue To Black” et “Against The Odds” en France, mais pas “The Menace” ni “Rise… Then Rest”, vos deux premiers opus studio… Comptez-vous y remédier ?

Marc Busqué : C'est tout à fait vrai, mais nous comptons distribuer nos deux premiers albums prochainement ici, en France, et dans l’Europe entière.

Julián Baz : Et même les Démos ! (rires)

Comment décririez-vous l'évolution de votre musique entre votre premier album et “Against The Odds” ?

Julián Baz : Nous plaisantons souvent à ce sujet. Nous aimerions appeler notre musique “Thrash Metal sans frontières” car la base de notre style a toujours été le Thrash mais nous y incluons tout un tas d’influences diverses. En écoutant l’un de nos albums, vous pouvez y trouver des éléments Heavy Metal, Death Metal, Hardcore, Punk, et nous tâchons toujours de mêler toutes ces influences dans notre musique. Mais vous savez, nous n’en parlons jamais de façon à dire “nous devons jouer ceci ou cela comme ci ou comme ça”, c’est quelque chose de totalement naturel. Et je pense qu'il s’agit de l’un des marqueurs identitaires les plus forts du groupe.

Marc Busqué : Pour ce nouvel album, par exemple, nous voulions davantage explorer le côté sombre des guitares, avec des riffs joués plus bas, sur des guitares “downtuned”, que nous n’entendons pas bien souvent chez d’autres groupes de Thrash, et combiner la rapidité de notre jeu avec ce son plus grave et plus groovy. C’est notable sur “Get Out Of My Head” et d’autres morceaux riches en groove sur le dernier album. Tout “Against The Odds” témoigne de notre volonté d’aller plus loin.

J’ai pu constater combien le Thrash de “The Menace”, votre premier album, était frénétique et porté sur le Crossover, tandis que sur “Against The Odds” et le précédent, on peut déceler des intentions plus Death Mélo. Vous confirmez ?

Julián Baz : Oui ! Sur un morceau tel que “Leave Your God Behind”, en particulier, lorsque nous étions en studio, nous nous disions que ce morceau pourrait sonner comme les vieux AT THE GATES ou les premiers IN FLAMES. Nous ne sommes pas du genre à bâtir des murs dans notre processus créatif.

Marc Busqué : C'est l’exemple même du fait de ne se fixer aucune frontière : nous ne nous fermons à aucune possibilité tant qu’elle nous plaît. C’est une façon de composer qui nous appartient et que nous souhaitons la plus spontanée et naturelle possible.

Est-ce que la dynamique d'écriture est commune à l’ensemble du groupe ?

Julián Baz : En ce qui concerne les parties musicales, ce sont surtout “Bibi” et Javi (Carrion, le batteur, NdlR) qui en sont les principaux artisans.

Marc Busqué : En effet, notre batteur est aussi guitariste et il apporte un grand nombre d'idées pour les parties de guitare, autant que pour la batterie. Être un batteur-guitariste lui permet de penser un morceau de deux façons différentes et c'est l’une des vraies forces de composition du groupe.

Julián Baz : Quant aux paroles, c’est mon affaire. Ensuite, seulement, nous nous réunissons tous ensemble pour discuter de tout ce qui à trait à l'écriture et à l’interprétation. Sur la base de mon texte, nous voyons comment aborder les vocaux. C’est un super travail d'équipe.

Marc Busqué : À partir de là, nous bossons tous ensemble et c’est ce qui nous permet d'obtenir les meilleurs résultats.

Vos paroles concernent tout autant les problèmes de société que la Pop culture. L'équilibre entre les deux est-il important pour vous et savez-vous d’avance combien de morceaux seront dévolus à l’un ou l’autre des deux univers ?

Julián Baz : Nous improvisons constamment. Pour chaque morceau, ou presque, j'écoute les parties instrumentales et je me dis que, pour ce morceau, ce serait chouette d’aborder tel sujet, telle problématique ou tel événement. Nous ne pouvons nous empêcher d'évoquer les choses qui nous mettent en colère, comme la politique espagnole, mais nous conservons toujours du temps pour parler de sujets que l’on adore, d'où ces références à la Pop culture. Nous essayons de mélanger tout cela dans chaque album. Certes, tout un tas de problèmes nous rendent furieux mais, d’un autre côté, tout un tas de choses nous font kiffer également. C'est pourquoi nous pouvons nous permettre de faire une chanson sur la Guerre d’Espagne (NdlR : 1936-1939) avec “Fallen”, sur notre troisième album, et en même temps écrire un morceau sur les personnages de “Dragon Ball” !

Vous considérez-vous comme des geeks et, si oui, d'où cela vous vient-il ?

Julián Baz : Oui ! (rires) En espagnol, on dit “freaky”. Je suis un geek total ! (rires) Désolé ! Je suis certainement le plus grand geek de la bande. Mais lorsqu'elle nous inspire un morceau, cette Pop culture, il s’agit d’une décision collective, jamais uniquement de mon fait. Il faut l’accord du groupe tout entier. Sur notre dernier album, “Xenomorph Blood”, titre dédié à “Alien”, en est un bon exemple.

Marc Busqué : Nous avons tous nos petits centres d'intérêt. Notre bassiste et moi aimons beaucoup l’animation japonaise, les mangas, et toute la culture japonaise. Mais “Dragon Ball” est sans doute la série d'animation et de manga qui nous rassemble tous au sein du groupe. C’est une question de génération, nous avons tous grandi avec “Dragon Ball”.

Quelles sont vos principales influences en termes de Thrash Metal et de Metal en général ?

Marc Busqué : Tout dépend quel membre du groupe vous interrogez. Je pense toutefois pouvoir dire que des formations comme EXODUS, METALLICA, ANTHRAX ou TESTAMENT ont défriché les sentiers que nous empruntons aujourd'hui et que nous tâchons de pousser chaque fois plus loin. Mais des groupes plus actuels, comme WARBRINGER ou HAVOK nous servent d'exemples aussi. Ils créent des morceaux puissants, qui défoncent réellement. Ce sont nos frères de Thrash. Ils ont offert de nouvelles perspectives à cette musique et nous apprécions énormément cela. Nous aimons aussi beaucoup d’autres groupes contemporains qui ne sont pas dans le Thrash mais assurent grave et écrivent de sacrées tueries. ARCHITECTS, pour ne citer qu’un exemple.

Julián Baz : chaque membre de CRISIX a ses propres influences et nous tâchons de les mêler du mieux que nous pouvons. Bien sûr, nous avons tous des références communes : les grands du Heavy comme BLACK SABBATH, IRON MAIDEN, JUDAS PRIEST… Et au-delà du Heavy, bien sûr, les classiques que sont LED ZEPPELIN, DEEP PURPLE, ALICE COOPER. Dans d’autres genres, j'apprécie personnellement The CURE, WHITE ZOMBIE et Rob ZOMBIE, KING DIAMOND…

S’agit-il d’artistes qui vous inspirent dans votre façon de concevoir la musique ?

Marc Busqué : Oui. Mais il n’y a pas besoin d'être un gros groupe pour être influent ou pour tuer, tout simplement. Nous aimons beaucoup POWER TRIP, par exemple. Ils ont un son Old School mais qui leur appartient totalement.

Julián Baz : On peut dire qu’on a des goûts très éclectiques et qu’on écoute tout un tas d’artistes de Chuck BERRY à MORBID ANGEL ! (rires)

Est-ce plus difficile de trouver sa place sur la scène Thrash actuelle quand on ne joue pas sur la “vibe” Revival Bay Area ?

Julián Baz : Non. Nous ne trouvons aucun plaisir à reproduire ce qui a été fait il y a trente ans et plus… Bien sûr, ces artistes fondateurs de la Bay Area nous influencent toujours et nous adorons leurs classiques, mais il faut que nous conservions notre propre son et le développions.

Marc Busqué : Nous venons tous du point zéro du Thrash mais nous avons su créer notre propre son, développer notre propre personnalité et avons encore plein de choses à dire de cette façon-là. C'est une perspective qui nous réjouit.

Sur votre troisième album, le morceau “Five As One”, chanté en cinq langues dont quatre parlées en Espagne, avait une portée politique. Qu’est-ce qu'être à la fois Catalans et Espagnols signifie pour vous ?

Julián Baz : Vous voulez parler de la crise autour de la souveraineté de la Catalogne ? Non, pas seulement, j’ai l’impression… “Five As One” était avant tout une sortie en faveur de la liberté d’expression en Espagne, quelle que soit la langue que vous parlez (NdlR : le morceau a été composé plusieurs mois avant la crise politique catalane). D'où les cinq langues utilisées dans le morceau : catalan, espagnol, euskara (NdlR : basque), galicien et anglais. C’est vraiment un morceau très cool.

Marc Busqué : Un an après avoir écrit ce morceau, on a atteint aux droits d’expression de certains artistes en Espagne, notamment des rappeurs, dont les textes politisés leur ont valu d’être arrêtés et c’est un vrai problème d’actualité, aujourd'hui. Les événements en Catalogne ont donné un nouvel écho à ce type d’arrestations.

Julián Baz : Même des dirigeants politiques sont en prison, alors qu’ils ont été élus par le peuple pour prendre les décisions qu’ils ont pris !

Marc Busqué : Ça n’est pas une question d'indépendance que nous soulevons là, mais une question de libre expression des idées politiques, et les personnes au pouvoir (NdlR : l’interview a été réalisée avant la chute du gouvernement de Mariano Rajoy) ne permettent pas à toutes ces idées de se faire entendre…

Julián Baz : Dans une démocratie, les idées politiques différentes de celles du gouvernement doivent pouvoir s’exprimer, mais ça n’est pas forcément bien vu lorsqu’il s’agit de communautés comme la Catalogne.

En ce qui concerne le métier de musicien, qu’en est-il de son exercice quand on vit en Espagne ?

Marc Busqué : Le gouvernement considère encore trop l'activité de musicien comme un hobby et non comme une activité professionnelle. C'est difficile pour un musicien d’y vivre de son art. Lorsque je discute avec des artistes suédois, par exemple, je constate combien l'État, là-bas, leur permet de pouvoir quitter leur job et pérenniser leur activité artistique, les aider dans leur développement, etc. En Espagne, c’est bien différent…

Julián Baz : En Espagne, les “autonomos” doivent payer 250 à 300 euros tous les mois pour leur statut, quel que soit le revenu qu’ils tirent de leur musique… Il n’y a pas assez de soutien aux créateurs de.musique, mais nous nous battons au quotidien pour trouver les solutions ! (rires)

Diriez-vous que le Metal espagnol est reconnu à sa juste valeur en 2018 ?

Marc Busqué : C'est une question que l’on nous pose souvent. Il n’y a pas, en Espagne, de groupe ayant un impact fort sur la scène Metal européenne. Dans les années 1980, il y avait BARON ROJO mais plus maintenant. Nous n’avons pas de groupe comme GOJIRA, capable de jouer les figures de proue d’une scène toute entière, comme c’est le cas en France. Mais nous y travaillons. Il faut rappeler que jusque dans les années 1990, la plupart des groupes de chez nous chantaient en espagnol… Désormais, nous avons une scène super cool, avec beaucoup de groupes comme nos potes d’ANGELUS APATRIDA, qui ne s'arrêtent plus à ça et tournent beaucoup en Europe. Avec eux, et d’autres, nous essayons de faire changer la vision que l’Europe a du Metal espagnol. Non, l’Espagne, ce n’est pas que la Sevillana ou le Flamenco ! C'est d’abord à l'échelle européenne que ça doit changer et il est important d’y contribuer. Je trouve ça normal : si vous n’avez aucun groupe référence, cela ne profite pas aux plus petits. Or, une scène underground peine à attirer l’attention sur elle au-delà de ses frontières.

Julián Baz : Auparavant, les gens n'étaient capables de citer que BARON ROJO… Mais cela change progressivement. C’est notre mission : changer tout ça ! (rires)



             



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