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Interview de Jens Ludwig (EDGUY)
Par GEGERS le 26 Mars 2014
Publiée le 26 Mars 2014 Consultée 1868 fois

Entretien téléphonique réalisé le 20 mars 2014

Gegers : Après quelques années en demi-teinte, "Age Of The Joker" a été synonyme de succès retrouvé pour EDGUY, particulièrement en Allemagne ou l'album s'est très bien vendu. Avec le recul, j'imagine que tu en es encore très fier aujourd'hui.

Jens Ludwig (guitare lead) : Bien entendu ! Tu sais, à chaque sortie d'album les musiciens ont tendance à dire la même chose : "C'est notre meilleur album, nous en sommes très fiers, blablabla". Mais à chaque fois, ils le pensent vraiment, ce n'est pas un simple effet de communication ! Tous dans EDGUY, nous savons ce que c'est que de se donner à fond pendant des mois, d'enregistrer des morceaux et de passer beaucoup de temps en studio. Donc lorsque l'album sort, c'est avec sincérité que l'on dit que nous en sommes très fiers, qu'il représente quelque chose de spécial dans notre carrière.

Effectivement, chaque album est un peu comme un bébé...

Oui, tout à fait ! Quoique, la comparaison avec les bébés est un peu étrange... Si tu as trois enfants par exemple, il ne te viendrait pas à l'idée de dire "Wow, le troisième est bien plus abouti que les deux premiers !" (rires)

Et en plus, pas besoin d'accouplement pour donner naissance à un album !

C'est vrai, mais bon, c'est quand même un plus non négligeable ! (rires)

Sur "Age Of The Joker" tu es l'auteur du morceau "God Fallen Silent", qui est pour moi un des titres les plus réussis d'EDGUY, même s'il ne figure sur cet album qu'en tant que titre bonus. Te rappelles-tu comment t'est venue l'idée de ce morceau ?

Pas vraiment... pour chaque album, j'essaie d'apporter un certains nombre d'idées, qui sont retenues ou non... Malheureusement, la plupart de mes idées n'atterrissent pas sur les albums. Pour ce morceau, je me rappelle simplement qu'il était quasiment finalisé lorsque je l'ai soumis au reste du groupe. Tobias a aimé l'idée et nous avons décidé de l'inclure sur l'album. Seulement nous n'avons pas pu le finaliser à temps pour qu'il intègre l'album, c'est pour cela qu'il figure en titre bonus sur le digipack. Mais bon, c'est toujours agréable lorsque je parviens à caser une de mes idées et à la faire adopter par Tobias et le reste du groupe. Sur ce nouvel album il y a deux morceaux qui sont basés sur des compositions dont je suis l'auteur. J'écris en permanence, et lorsque je soumets à Tobias une idée qu'il parvient à intégrer dans sa vision qu'il a de la musique d'EDGUY, j'en suis très satisfait !

Vous avez tourné intensément pour promouvoir l'album, tout autour du monde et dans des grandes salles, notamment en ouverture de SCORPIONS en Allemagne. Étant donné l'état actuel du marché du disque, dirais-tu que donner beaucoup de concerts est nécessaire pour permettre à un groupe de l'envergure d'EDGUY de survivre ?

C'est marrant car nous en discutions justement avec Tobias ce matin pendant le trajet pour Paris. La chute des ventes d'albums est un gros souci pour des groupes comme nous, c'est un fait incontestable. Tout naturellement, les groupes cherchent donc à compenser leurs pertes financières par d'autres moyens, et donner de nombreux concerts en est un. Le problème est que si tu te mets à tourner 2 ou 3 fois dans les mêmes endroits pour promouvoir un album, avec le même décor de scène et la même setlist, alors du as de très grandes chances de lasser les gens. D'autant plus qu'avec l'augmentation du nombre de concerts, les gens ont le choix, il faut donc leur présenter un show qui vaille la peine d'être vu. Il faut donc trouver ce juste milieu entre la survie financière, qui passe par l'organisation de tournées conséquentes, et le respect des fans, il ne faut surtout pas les lasser ! Beaucoup de groupes, notamment les jeunes, n'envisagent pas les choses sur le long terme : ils organisent des tournées gigantesques, génèrent beaucoup d'argent, mais 3 ou 5 ans plus tard, plus personne n'a envie de les voir. Il faut que les groupes apprennent à mieux gérer leur activité live, et que les fans se rendent compte que, quoi qu'on en dise, la musique créée par les artistes n'est pas gratuite ! Si ces deux paramètres sont réunis, alors peut-être que les choses pourront évoluer dans le bon sens.

Après la tournée "Age of The Joker", Tobias a remis ça ! Il a réactivé son projet AVANTASIA. Pendant cette période, quelles ont été tes activités ? Nous savons que Tobias Exxel (basse) participe à de nombreux projets, mais pour ta part du est très discret à ce sujet.

Eh bien j'ai cultivé le jardin de ma vie privée ! (rires) Plus sérieusement, 2012 a été une année très intense pour le groupe, j'ai donc apprécié de pouvoir me retrouver à la maison, à faire des choses du quotidien et régler quelques affaires. Bien sûr, je continue de faire de la musique en-dehors d'EDGUY, mais uniquement pour le plaisir : je joue avec quelques groupes de reprises, et j'écris des morceaux qui j'espère finiront un jour sur un album qui portera mon nom. Ce break était donc nécessaire pour tout le monde, mais au bout de quelques semaines nous avions déjà tous les doigts qui nous démangeaient et l'envie de remettre le couvert !

Nous voici donc avec entre les mains le dixième album d'EDGUY. Et je pense qu'il va falloir que tu nous éclaires un peu sur le sens de ce titre à rallonge...

Il n'y pas de grand mystère ! Simplement, nous avions deux morceaux qui pouvaient donner leur titre à l'album : "Space police" et "Defenders Of The Crown". Nous aimions vraiment les deux, et étions bien dans l'embarras. C'est Sascha (ndlr : Sascha Paeth, le producteur du groupe) qui nous a suggéré de mettre les deux sur la pochette. Et il a eu une bonne idée, puisque la combinaison des deux titres apportent un petit plus, quelque chose de spécial qui donne (je pense) envie d'en savoir plus sur l'album, un peu comme un titre de film. Nous sommes devenus fans de cette idée, et en plus c'est un super argument de vente : "Avec le nouvel EDGUY, vous aurez deux titres d'album pour le prix d'un !"

Après quelques albums qui mettaient en avant les influences Hard Rock du groupe, ce nouvel opus est marqué par un retour aux ambiances et aux structures typiquement Speed Metal. Est-ce une décision que vous avez prise tous ensemble ?

Tu sais, ce n'est pas vraiment un choix. C'est une direction qui s'est imposée à nous, nous n'avions pas prévu que cet album sonnerait comme il sonne. Nous parlions plus tôt de "Age Of The Joker : c'est un album qui s'étale sur de nombreux styles, sur lequel nous avons beaucoup expérimenté, ajouté de nombreux ingrédients. La question était donc : que faire pour donner naissance à un digne successeur de cet album ? Quelle direction prendre ? Finalement, nous n'en avons pris aucune, et avons laissé l'inspiration et les envies immédiates décider pour nous de la teneur de l'album. Beaucoup de gens nous disent qu'ils ont l'impression d'un retour aux sources. C'est vrai que l'album propose de nombreux éléments typiquement Speed Metal, les rythmiques notamment, et les morceaux sont tous basés sur des riffs percutants. Mais il était aussi important pour nous que la musique du groupe sonne de manière fraîche et neuve. C'est un fort compliment lorsque des gens me disent qu'ils entendent les racines du groupe sur cet album, mais qu'ils découvrent également des éléments inédits qui n'avaient pas été utilisés par le groupe par le passé. C'est exactement le résultat que nous souhaitions obtenir, même si cela n'a jamais été réellement formulé. En fait, au moment de nous mettre à l'écriture d'un nouvel album, le seul projet du groupe est le suivant : "Ne faisons pas de projet !" (rires)

D'un côté, il y a un titre tel que "Sabre & Torch", très heavy, et qui rappelle certains de vos travaux passés tels que "Mysteria". Et d'un autre côté, il y a un morceau tel que "Space Police" qui se pose plutôt en référence à "Superheroes" ou "Ministry Of Saints". Il semble donc qu'il y ait dans le groupe cette volonté de rester fidèle à ses racines tout en continuant d'aller de l'avant, n'est-ce pas ?

Il y a une chose de certaine, c'est que nous ne renierons jamais notre passé. Si cet album sonne comme un retour aux sources, ce n'est pas parce que nous le souhaitions, c'est que cela s'est fait de manière tout à fait naturelle. Si tu prends un titre comme "Sabre & Torch", il est effectivement dans une veine plus traditionnelle pour EDGUY. Néanmoins, nous avons essayé de surprendre avec ce morceau, notamment avec ce break central qui propose un riff proche du Thrash Metal. Nous sommes toujours prêts à relever de nouveaux challenges, c'est ce qui rend l'aventure toujours autant excitante pour nous, il est nécessaire de proposer de nouvelle choses si nous voulons continuer de faire progresser le groupe.

Dis-moi si je me trompe, mais j'ai l'impression que sur ce nouvel album, le mélange des influences Heavy Metal et Hard Rock sonne de manière bien plus convaincante et naturelle que sur les deux précédents albums du groupe, ce qui renforce l'impact et la force des morceaux. Partages-tu cet avis ?

Je n'ai jamais vraiment envisagé les choses sous cet angle... Je vois où tu veux en venir... Pour moi, une des explications pourrait être le fait que les morceaux ont été écrits dans un très court laps de temps. Nous nous sommes attelés à la composition quelques semaines seulement avant de nous rendre en studio. Il y a donc bien plus de spontanéité sur cet album que sur les précédents, c'est certain. Beaucoup d'arrangements n'étaient pas achevés lorsque nous avons débuté l'enregistrement. Tout le superflu est passé à la trappe et nous nous sommes concentrés sur l'essentiel, ce qui explique peut-être ce côté plus naturel dont tu parles.

Le fait que le groupe a été pressé par le temps joue sans doute sur l'impact et la force de l'album, c'est certain...

C'est toujours comme cela. Après tout, un album n'est qu'une photographie du groupe à un instant T de sa carrière. Prendre trop de temps pour le peaufiner, chercher à améliorer telle ou telle chose, c'est une activité vaine ! Avec cet album, nous voulions simplement dire : "Voici à quoi ressemble EDGUY en 2014". Nous en tirerons bien sûr des enseignements qui nous serviront pour l'album suivant, mais pour l'instant nous sommes plutôt satisfaits de ce que nous sommes devenus.

Une autre surprise sur cet album est la reprise du "Rock Me Amadeus" de FALCO. EDGUY en a fait un titre très Rock, c'est certain, mais qui propose également quelques éléments proches de la musique Indus, tout en conservant le côté fun du groupe. Est-ce que cette reprise s'est imposée d'elle-même ?

Ça a surtout été un sacré défi ! Nous sommes tous de grands fans de FALCO, et Tobias avait depuis longtemps l'idée de faire une reprise. Au départ, nous pensions plutôt reprendre "Der Kommissar", un autre tube de FALCO. Finalement, nous avons opté pour "Rock Me Amadeus", car après avoir cherché sur Internet nous avons réalisés que peu d'artistes avaient repris ce titre. A plusieurs reprises, nous avons été à deux doigts de rendre la reprise ridicule, nous avons marché sur des œufs et travaillé dur. Au départ nous pensions que le morceau finirait en titre bonus, mais après réflexion nous l'avons trouvé suffisamment bon pour intégrer l'album. Tobias est véritablement la star du morceau, il a fait un énorme travail sur ses lignes vocales !

Quelle a été ton implication sur cet album en matière de composition ?

J'ai écrit deux morceaux : "Shadow Eaters" et "Do Me Like A Caveman".

Cette année marque les 10 ans de "Hellfire Club". J'imagine que c'est une grande satisfaction que plusieurs morceaux de cet album soient devenus des classiques du groupe.

Bien sûr ! Cet album est pour moi l'un des tous meilleurs du groupe. Des morceaux tels que "Lavatory Love Machine" et "King Of Fools" sont désormais des piliers de notre setlist, je pense que nous les jouerons en concert jusqu'à notre mort (rires). Les gens deviennent fous lorsque nous jouons c'est morceau, et c'est bien sûr un très grand bonheur pour nous.

Le groupe existe maintenant depuis plus de 20 ans. C'est assez unique, car peu de groupes nés dans les années 90 ont connu une telle stabilité de line-up. En fait, vous vous appréciez vraiment on dirait !

Le truc qui fait que ça marche entre nous, c'est que chacun a la capacité d'écouter les autres, et de parler aux autres. C'est je pense la clé de la stabilité de notre line-up. Bien sûr il y a des engueulades, des débats, des opinions différentes quant à l'orientation musicale du groupe, c'est naturel. Mais nous parvenons toujours à trouver des compromis qui satisfont tout le monde. Chacun d'entre nous est tellement investi et apprécie tellement ce que le groupe est devenu, que l'ambiance est excellente et que nous parvenons à nous aimer les uns les autres.

Le fait que le groupe soit né dans les années 90, qui était une période difficile pour le Heavy Metal, a également participé à cette envie de réussir de grandes choses, tous ensemble...

C'est le cas, en effet. EDGUY est un groupe qui a toujours du travailler fort pour avancer. Nous n'avons pas rencontré de gros succès commercial, c'est brique par brique que nous nous sommes construits. Notre progression a été lente, mais constante. Chaque album, chaque tournée, nous a permis de gagner en confiance, et aussi en popularité. Nous avons bâti notre carrière à la force du poignet, c'est pour cela que maintenant nous pouvons nous permettre d'apprécier le fait d'être arrivés où nous sommes aujourd'hui, et c'est cela qui nous donne envie de continuer à progresser et de faire de la musique tant que des gens seront là pour l'écouter !

Quelques questions sur tes premières fois. Te rappelles-tu de la première fois où tu à touché une guitare ?

Oui, je m'en rappelle bien. Ma première guitare était une guitare acoustique, un cadeau de mon grand-père pour Noël, je devais avoir sept ans. Au bout de six mois, cela m'a lassé et j'ai arrêté d'en jouer. Ce n'est qu'à 12 ans que je m'y suis mis plus sérieusement, que j'ai acheté une guitare électrique... et regarde où cela m'a amené aujourd'hui ! (rires)

Te rappelles-tu du premier album Hard/Heavy" acheté avec ton propre argent ?

Oui, je pense qu'il s'agissait du premier SKID ROW, ou bien le "OU812" de VAN HALEN.

Te rappelles-tu de ta première composition ?

Oui, c'était un titre composé en 1993, aux tous débuts d'EDGUY. Lorsque le groupe a commencé, nous nous contentions de faire des reprises, tout en sachant pertinemment que nous voulions écrire notre propre musique. Nous nous sommes jetés à l'eau, avec les moyens du bord.

Te rappelles-tu de la première fois où tu as joué sur scène ?

Si l'on exclut les chants de noël chantés en famille au coin du feu, alors c'était en juin 1992, le premier concert d'EDGUY.

Te rappelles-tu du moment où tu as réalisé que jouer de la guitare pouvait devenir ton gagne-pain ?

Cela devait être à la fin des années 90, pendant la tournée "Theater Of Salvation". C'est d'ailleurs le moment où le groupe est devenu professionnel et où nous avons décidé de nous jeter dans le grand bain.

Quel était ton métier avant cela ?

Je n'en avais pas, je venais juste de terminer mon service militaire. Cela était une bonne chose, car je n'ai pas eu à prendre la difficile décision de quitter la sécurité d'un emploi.

Et ta première groupie ?

Cela devait être après un de nos premiers concerts, au début des années 90. À l'époque, nous avions fait imprimer des t-shirts à l'effigie du groupe, que nous étions les seuls à porter. Un soir, à la fin d'un concert, une fille est venue me voir et voulait absolument acheter le t-shirt que je portais. Ma première groupie a donc en plus été une source de revenus. Pas mal, non ?



             



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