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BLACK SABBATH - The Eternal Idol (1987)
Par DARK SCHNEIDER le 8 Juillet 2015          Consultée 2655 fois

Après sa tentative avortée d'album solo ("Seventh Star"), Tony Iommi comprend qu'il est encore trop tôt pour qu'il puisse vivre de sa musique en dehors de son groupe d'origine. En 1987 sort donc un nouvel album de BLACK SABBATH avec pour seul membre originel le guitariste moustachu. Seul Geoff Nicholls apporte un peu de stabilité à l'ensemble. L'histoire de la genèse de ce "The Eternal Idol" est relativement complexe et apportera de quoi nourrir les biographies et autres pages Wikipedia. L'essentiel est surtout de comprendre qu'Iommi est désormais le seul maître à bord et qu'il s'est particulièrement galéré pour trouver un nouveau chanteur. L'histoire est connue : ce fut d'abord Ray Gillen qui enregistra les parties vocales, avant de se barrer et de laisser la place à un inconnu, Tony Martin, qui ne pourra que se contenter de reprendre les mêmes lignes vocales, sans pouvoir véritablement les faire siennes.

Ce changement de chanteur est bien évidemment absolument crucial. Tony Martin avait la lourde tâche de succéder à des cadors (Ozzy, Dio, Gillan et Hughes, excusez du peu !). Le public ne pouvait que s'attendre à un chanteur au moins du même calibre, avec une personnalité aussi forte, c'était la moindre des choses pour un groupe de la trempe et de l'envergure du SAB' ! Patatras ! Iommi nous déniche un quasi-clone de Dio, qui forcément ne peut atteindre le niveau de son aîné et qui de surcroît se révèle peu charismatique sur scène. Rien de tel pour provoquer une magnifique dégringolade dans la hiérarchie du Metal, surtout à une époque où le genre ne cesse de se renouveler avec des groupes qui entreront dans la légende de cette musique avec tous des chanteurs de très haut niveau. Tony Martin se noie totalement dans la masse, il fait figure de bon vocaliste, mais au milieu de tant d'autres ! Si Iommi voulait saboter sa propre carrière, il ne pouvait pas mieux s'y prendre. Évidemment, on se doute qu'avec la défection de Gillen il fut pris de court et n'eut guère le choix... mais ça, le public s'en moque.

Mais n'enterrons pas trop vite le pauvre Martin, qui bien que ne pouvant se hisser au niveau de ses prédécesseurs, donne de sa personne et rend une copie appliquée. Son timbre de voix est agréable, et s'adapte sans peine aux compositions, mais on en restera toujours avec cette impression d'entendre un Dio « light », tiraillé entre l'aspect lyrique de cet album et les vaines tentatives radio-friendly. Une fois accepté cet état de fait, on ne pourra plus vraiment lui faire de reproche. Le professionnalisme de ce gars étant incontestable. Reste donc les compos. Et "The Eternal Idol" bât un peu trop le chaud et le froid. Il s'ouvre pourtant de la plus belle des manières avec "The Shining", un titre de Heavy qui se distingue grâce à un excellent riff de Iommi, une utilisation judicieuse des arpèges, des lignes de chant incisives et le travail toujours parfait de Nicholls. Ce Nicholls, qui décidément est dépositaire d'une grand part de ce qui faisait l'identité du SAB' dans les 80's. Mais "The Shining" est le meilleur titre de l'album, et ne sera jamais égalé ni franchement approché en qualité.

Pourtant, avec "Ancient Warrior", on retrouve le SAB' sombre et mystérieux que l'on aime, auréolé de cette dimension épique et fantastique apparue avec l'arrivée de Dio. On se prend d'ailleurs à rêver que ce dernier y appose sa voix, c'était sans doute aussi ce qu'aurait voulu Iommi... Malheureusement, avec "Hard Life To Love" notre enthousiasme se refrène subitement. Voilà que ce qui reste de BLACK SABBATH nous pond un morceau de Hard 80's limite Glam, totalement quelconque. Ce qui avait réussi sur "Seventh Star" avec Danger Zone échoue lamentablement ici. Et l'idole éternelle peinera à s'en relever. Même si les morceaux suivants ne sont pas forcément rédhibitoires, ils donnent l'impression que le groupe rentre dans le rang. Sensation accrue par une production moins lourde que de coutume pour ce groupe. L'identité de BLACK SABBATH s'étiole, en raison d'une vaine tentative d'Iommi de proposer une facette Heavy sombre et une autre nettement plus dans l'ère du temps (comprendre plus « radiophonique »). Exercice trop hasardeux et qui trahit un manque d'audace criant d'Iommi, qui aurait mieux fait de parier à 100% sur la facette sombre et épique de sa musique (chose que le groupe finira par comprendre quelques années plus tard). Celui qui faisait tant preuve d'originalité et d'innovation dans les 70's, apparaît presque définitivement largué face à la concurrence du moment. Ce n'est pas "Lost Forever", qui tente de prouver que le groupe a encore du mordant, qui pourra montrer le contraire, tant il s'avère banal.

Mais les muses n'ont pas totalement quitté le groupe de Birmingham. Le title track qui achève ce disque débarque comme un petit miracle. BLACK SABBATH renoue enfin avec le Doom et montre qu'il sait toujours y faire dans ce domaine. Cela permet de terminer l'écoute de cet album sur un sentiment qui laisse augurer un certain espoir quant aux futurs productions du groupe.

"The Eternal Idol" contient de justesse suffisamment de qualités musicales pour mériter une note positive... bien qu'il faut être de bonne humeur pour la lui octroyer. Car il suffit de penser à ce qu'était le groupe quelques années auparavant pour avoir envie de lui asséner un zéro pointé. Mais bon, même s'ils marquent une aseptisation du groupe, des titres comme "Glory Ride" ou "Nightmare" restent agréables. Seul "Hard Life To Love" tend la perche aux sarcasmes. Si BLACK SABBATH entame son chemin de croix, il parviendra encore parfois à se relever artistiquement, malgré l'absence de soutien massif du public.

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   DARK SCHNEIDER

 
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   (2 chroniques)



- Tony Martin (chant)
- Tony Iommi (guitare)
- Bob Daisley (basse)
- Eric Singer (batterie)
- Geoff Nicholls (claviers)


1. The Shining
2. Ancient Warrior
3. Hard Life To Love
4. Glory Ride
5. Born To Lose
6. Nightmare
7. Scarlet Pimpernel
8. Lost Forever
9. Eternal Idol



             



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