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ROCK PROGRESSIF  |  STUDIO

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1974 Rush
1975 Fly By Night
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1976 2112
  All The World's A Stage
1977 A Farewell To Kings
1978 Hemispheres
1980 Permanent Waves
1981 Moving Pictures
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1982 Signals
1984 Grace Under Pressure
1985 Power Windows
1987 Hold Your Fire
1989 Presto
1991 Roll The Bones
1993 Counterparts
1996 Test For Echo
2002 Vapor Trails
2004 Feedback
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RUSH - 2112 (1976)
Par DARK BEAGLE le 15 Février 2019          Consultée 1202 fois

La situation de RUSH est assez délicate en cette année 1976. Le groupe a certaines envies, comme en atteste "Caress Of Steel", un brin bancal et n’ayant pas entièrement convaincu. Les textes de la formation deviennent, à l’image de sa musique, plus complexes depuis l’arrivée du batteur Neil Peart sur "Fly By Night", mais la reconnaissance n’est toujours pas là. Mercury, la maison de disques, commence à s'impatienter et demande au trio de se rendre plus accessible afin de toucher plus de monde vu les problèmes financiers qu’engendrait RUSH. Seulement, le groupe ne l’entend pas de cette oreille et contre l’avis de la major, il va faire selon son idée, qui va se révéler fructueuse.

Il faut dire que le phénomène Rock Progressif est d’avantage européen. Outre-Atlantique, les formations du genre étaient assez rares et si KANSAS parvenait à tirer son épingle du jeu, cela provenait du fait qu’il savait rester abordable et susceptible de balancer des singles capables d’attirer l’attention. RUSH, son problème réside dans ses racines ZEPPELIN-iennes, qui transpirent beaucoup sur les deux premiers essais, un peu moins sur le troisième, mais qui ne permettent pas de laisser exploser leur personnalité, surtout que le chant aigu de Geddy Lee donne l’impression qu’il tente de coller à celui de Robert Plant, façon "Communication Breakdown" ou "Whole Lotta Love".

Le groupe joue gros donc et la pochette de l’album ne donne pas beaucoup d’indices quant à la direction choisie. Reste ce titre mystérieux, "2112" (prononcé twenty-one - twelve). Et c’est là que les paroles inscrites sur le livret prennent toute leur importance, parce qu’il est bien plus facile de suivre l’histoire en les lisant qu’en se laissant aller à une découverte sauvage qui peut s’avérer très déstabilisante. Cela a déjà été dit, mais Neil Peart est un passionné de science-fiction et de toute cette littérature de l’imaginaire et cela se sent quand on se penche sur les textes depuis son arrivée au sein du groupe. RUSH est passé de la formation qui parle des trucs habituels à celle qui apprécie la littérature et qui atteint un autre niveau, peut-être plus intellectuel.

Pour "2112", Peart va s’inspirer d’une nouvelle d'Ayn Rand, qu’il qualifie de génie dans le livret d’ailleurs. Rand était une femme écrivain et philosophe américaine d’origine russe et de confession juive, qui aura produit des récits mêlés d’objectivisme, dont elle fut une des grandes artisanes du courant philosophique. Cette nouvelle, c’est "Anthem" (connue en France sous le nom de "Hymne"). Peart l’avait déjà vaguement évoquée sur la chanson du même nom, mais il va ici en prendre la substance, en déformant un peu l’histoire. Dans "Anthem", l’individualisme n’existe plus, le pronom « je » est banni et un matricule va payer de sa vie le fait de vouloir aimer librement. Neil Peart va se détacher de cette histoire pour faire la sienne, mais les ramifications sont présentes.

Il va commencer par nous présenter les terribles prêtres de Syrinx, qui contrôlent chaque être à l’aide d’ordinateurs très puissants. Nous ne sommes pas loin du concept du Big Brother imaginé par George Orwell dans "1984". D’ailleurs, la nouvelle "Anthem" est dans le même ton. Mais la découverte d’une guitare derrière une cascade par un homme va bouleverser cette tyrannie présentée comme un équilibre. L’homme va découvrir qu’avec cet instrument, il peut produire des sons harmonieux (ce qui prouve qu’il est bien plus doué que moi !) et il décide de présenter sa découverte aux prêtres de Syrinx, ce qui sera une grossière erreur, comme vous pouvez vous en douter. Ces derniers ne sont pas dupes, ils connaissent l’instrument et ils savent que l’autoriser pourrait nuire à leur contrôle sur la population, donc à leur pouvoir. Ils détruisent l’instrument et l’homme qui l’a trouvé va sombrer dans une espèce de dépression, qui va se solder par sa mort alors que l’ordre établi est en train de s’effondrer. Enfin, si j’ai bien compris la fin, qui devient un peu tarabiscotée.

Et pour raconter cette histoire, il faut un titre-fleuve. Aussi, "2112", le morceau, couvre toute la face A du disque, à la façon de "The Fountain Of Lamneth" sur "Caress Of Steel", pour une durée d’une bonne vingtaine de minutes. Geddy Lee et Alex Lifeson ont fait en sorte de rendre hommage au texte torturé de Peart en l’enrobant d’une musique à son image. "2112" est à la fois terrible et mélodique, puissant et doux, séparé en sept parties bien distinctes, un peu trop distinctes peut-être même vu que les enchaînements restent toujours un peu brouillons, même s’ils passent mieux ici. L’ouverture (sobrement intitulée "Overture", ce n’est pas parce qu’on est Prog qu’on doit être inaccessible !) va d’ailleurs résumer parfaitement cette opposition entre le calme et la tempête qui va définir le morceau.

La guitare de Lifeson sait se faire tranchante. Il ne faut surtout pas le sous-estimer, comme c’est parfois le cas car il possède un sérieux sens du riff et son toucher s’avère remarquable lors de soli rarement démonstratifs, servant plus les chansons qu’autre chose. Ici, il va pouvoir s’exprimer de façon exceptionnelle. Difficile de passer à côté de sa prestation, aussi bien en son clair que distordu, il adapte son toucher à la partie abordée où aux personnages mis en avant. Derrière lui, la rythmique est énorme. Geddy Lee est un bassiste qui sait occuper l’espace qui lui est alloué, il ne déborde pas mais il fait parfaitement la jonction entre les envolées de Lifeson et les lourds roulements de Peart, qui impressionne dès "Overture", à martyriser ses toms, en amenant un martèlement fin et régulier, des patterns complexes qui inspireront toute une génération de batteurs (Mike Portnoy en tête).

Aussi RUSH nous invite sur un rollercoaster intitulé "2112". Et le plaisir sur ce morceau aurait été total si les enchaînements n’avaient pas été forcés, s'ils n’arrivaient pas comme un cheveu sur la soupe. On a toujours l’impression de vivre une succession de sept morceaux différents plutôt que d’en avoir un seul qui se tiendrait pleinement. Mais c’est vraiment le seul défaut de ce titre monumental, qui montre clairement que RUSH s’est non seulement émancipé de ces sons trop proches du Dirigeable qui lui collait à la peau mais qui en plus a trouvé la confiance en soi d’aller plus loin, de viser plus haut, de provoquer sa réussite.

Quant au chant de Geddy Lee, il sera à jamais une barrière pour de nombreuses personnes. Pourtant, affirmer qu’il crie tout le temps, qu’il a un timbre suraigu qui vrille les tympans serait prendre un raccourci qui n’a pas lieu d’être. Certes, il ne possède pas la voix la plus virile du milieu, mais il ne la pousse pas non plus systématiquement. Ce qui est vrai sur le morceau "2112" est également vrai sur la face B de l’album. Sur le title-track, Lee interprète bien sûr l’homme qui va découvrir la guitare, mais en premier lieu, les premiers personnages qu’il campe sont les Prêtres de Syrinx, et là il va se montrer agressif vocalement pour bien montrer à quel point ils sont fourbes et calculateurs. Ils sont les éminences noires d’un monde où il n’y a plus de loisir, où l’individualisme est proscrit et qu’ils dirigent avec une cruauté déguisée en nécessité. Quand il fait l’homme, nous découvrons le bassiste plus posé, plus mélodieux, véhiculant des sentiments. Il va beaucoup jouer sur ces deux facettes tout du long de l’album et sur pas mal de ceux d’après avant de s’assagir totalement pour moduler plus, mais ici son agressivité sert parfaitement le propos.

Le morceau se termine donc après vingt minutes, presque vingt-et-une, sans le moindre temps mort. Le groupe nous en a littéralement mis plein la gueule, entre trouvailles musicales (le bruit de l’eau de la cascade imaginé par Lifeson est juste remarquable !) et une force de frappe éblouissante, où l’on commence à percevoir une véritable personnalité derrière ce déluge de riffs et cette rythmique implacable. Du grand art. Il reste donc à savoir si le reste peut se montrer à la hauteur d’une telle entame (et quelle entame !).

Le principal souci de cette face B est de ne pas proposer le moindre titre de plus de quatre minutes. Nous sommes en face de cinq morceaux pour la plupart bien faits, mais très courts, qui ne prennent pas forcément le temps de se dévoiler et après ce que le groupe a proposé avec le title-track, difficile d’être complètement rassasié. Pourtant, ça ne commence pas si mal que ça avec "A Passage To Bangkok" énergique et jouant sur l’aspect caricatural des musiques orientales, qui prendra une dimension particulière en live, comme pas mal des compositions de ce genre pour RUSH d’ailleurs (suffit d’entendre les rouleaux-compresseurs que sont "Bastille Day" et "Anthem" sur scène).

Le reste va malheureusement s’avérer un peu plus anecdotique, à l’exception de "Tears" qui va se montrer fort séduisante avec son mellotron. Il s’agit d’une ballade assez intimiste, à la douceur fragile, qui permet une nouvelle fois d’apprécier la voix de Geddy Lee quand ce dernier ne la pousse pas, quand il oublie d’être agressif et on comprend très bien qu’il est le chanteur idéal pour RUSH car il sait s’adapter avec beaucoup de justesse aux différentes ambiances proposées, ce qui est forcément un atout. Et puisque l’on parle de mellotron, il est joué par Hugh Syme (plus connu pour ses concepts de pochettes, dont celle-ci), qui va aussi jouer du synthé sur l’"Overture" de "2112". C’est d’ailleurs le premier album de RUSH où ce type d’instrument est utilisé.

"2112" est un disque critiquable. Il possède le statut de classique, mais il n’est pas parfait pour autant. Si RUSH n’avait pas connu un franc succès avec, il ne serait certainement pas auréolé de gloire aujourd’hui. Cependant, il y a une chose qu’on ne peut pas lui enlever, c’est la qualité de sa pièce-maîtresse, brillante malgré ses petites imperfections et qui allait donner un souffle nouveau dans le domaine du Rock Progressif, comme le fera KANSAS avec "Leftoverture" un peu plus tard lors de cette année 1976. Mais "2112" souffre du syndrome "Tarkus", l’album d’EMERSON, LAKE & PALMER qui avait du mal à exister après la chanson-fleuve qui couvrait la face A. "2112" est du même tonneau et certainement un peu surestimé. Mais il annonce clairement des lendemains formidables, à commencer par un Live fort remuant, "All The World’s A Stage".

Note réelle : 3,5/5, mais baissé à 3 à cause d’une face B plus pauvre, moins aventureuse. Qui ne parvient pas à répéter la claque assénée par le morceau-titre.

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- Geddy Lee (chant, basse)
- Alex Lifeson (guitare)
- Neil Peart (batterie)


1. 2112
2. A Passage To Bangkok
3. The Twilight Zone
4. Lessons
5. Tears
6. Something For Nothing



             



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