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MUSIQUE CONTEMPORAINE  |  STUDIO

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ULVER - Messe I.x-vi.x (2013)
Par POSITRON le 18 Février 2017          Consultée 642 fois

Avant d'être une œuvre d'art, la Messe d'ULVER est le témoignage d'un accomplissement social. Condamné à ce que l'on évoque toujours ses débuts Black Metal jusque dans cette chronique, "Messe" est un pas de plus, toujours plus loin des origines d'ULVER. Le Black Metal est une musique qui se veut sauvage, adolescente, primale et satanique. C'est également un style de musique "populaire" par opposition à la musique "savante", "classique", ou même "académique". Or, "Messe" est une œuvre où les croix – bien qu'encore un peu penchées – ont plutôt la tête vers le haut, une œuvre réfléchie, adulte, civilisée, et ce qu'ULVER a fait de plus approchant le domaine de la musique savante contemporaine.

Si les musiques savantes électroniques ou électro-acoustiques sont connues pour leurs légendaires expérimentations abstraites, ULVER choisit plutôt que le choc des civilisations, la mixité dans la douceur tragique de son premier mouvement, qu'on croirait paradoxalement conçu comme un cassus belli, un droit d'aller conquérir cette nouvelle terre. Cette triste déclaration de guerre est un fondu enchaîné depuis un ambient drone vers un largo dominé par des cordes maîtrisées jusqu'à un final très période romantique. Des parties de cordes qui font bien penser au "Symphony Of Sorrowful Songs" de GORECKI mentionné par ULVER en interview, le tout grignoté par les traditionnelles manipulations en post-prod révélées par SUNN (O))).(*)

Une fois sa légitimité établie, ULVER décide d'aller à la pêche aux ressources dans toute sa carrière, de faire des petits mélanges, de ressortir des concepts, et de se faire plaisir avec son orchestre : L'Orchestre de Chambre de Tromsø. Et qui n'en a jamais rêvé ? On peut retrouver cachés dans cette messe des éléments de la quasi-totalité des albums électroniques composés par le groupe. Ainsi ce n'est pas la première fois qu'ULVER utilise un ostinato de cordes comme sur "Glamour box" dans des séquences très cinématographiques, et lorsque Garm se met à chanter on pense instantanément à "Shadows Of The Sun", éventuellement à certaines pistes de "Perdition City". Pareillement, la plus grande partie de "Noche Oscura Del Alma" n'aurait pas dépareillé sur les EP "Silence".

Ce n'est pas une mauvaise chose. Pas seulement parce que c'est du fan service et que je suis un fan, mais parce qu'il aurait été dangereux de réapprendre à faire de la musique de zéro avec tout un orchestre. ULVER a d'ailleurs eu la sagesse de se faire conseiller par le compositeur/arrangeur Martin Romberg : sage décision de ne pas s'attaquer seul à la tâche que représente l'orchestration subtile d'un ensemble de grande taille. Une discipline d'une extrême difficulté si l'on désire en sortir un peu plus que des pouêt pouêt fortissimo comme certains pompiers reconvertis en producteurs de musique de film.(**)

C'est à ce moment que va survenir un problème. Comment inscrire cette "Messe" dans son héritage """"classique"""". Je suis quand même en train de parler d'une œuvre mi-savante, mi-électronique sur un site de métaux : le grand n'importe quoi. Peut-être aurait-il fallu un chroniqueur expert dans l'histoire de la musique électro-acoustique, mais pas de pot les amis c'est moi qui m'y colle, faisons avec.

Puisque toute comparaison sera nécessairement fantaisiste je vous ai concocté une petite ouverture qui n'a rien à voir : la meilleure œuvre de musique savante composée au XXIème siècle s'intitule "Omnifenix" c'est un concerto pour saxophone du compositeur australien JOHN PSATAS qui, faisant une petite pause dans ses œuvres pour percussions, déploie avec une maîtrise stupéfiante un langage contemporain, marqué au fer rouge par le jazz au point d'y inclure un solo de batterie, tout en restant relativement accessible à tous ces plébéiens ne possédant pas de thèse en musicologie. Une preuve supplémentaire, s'il en fallait, que si la musique savante possède une longue histoire d'expérimentations et d'innovations, une de ses forces est aussi sa capacité à récupérer et à intégrer le langage musical développé par des artistes "populaires".

Cette "Messe" n'est pas une réussite à la hauteur de nos espérances. Dominée par sa première piste, elle est décevante sur le plan du lyrisme et de l'orchestration - malgré quelques jolis passages de l'arrangeur - ainsi que du sentiment religieux que même un athée comme moi peut ressentir à l'écoute des grandes œuvres de la musique sacrée. C'est pourtant un jalon intéressant dans l'histoire des rencontres entre les musiques électroniques et les musiques savantes. Tandis que de plus en plus, la musique usurpant les termes "symphonique" et "orchestral" semble être aussi peu intéressante que célèbre, l'on sera tout de même satisfait d'entendre une bonne fusion réalisée par des individus au très grand minimum compétents.

__________________

(*) Dans une interview que j'ai paumé de Stephen O'Malley (je crois) à propos de la réalisation de "Terrestrials".
(**) Mes excuses aux pompiers qui me liraient et qui ont sans doute meilleur goût puisqu'ils lisent ce site exceptionnel (mâtin !) qu'est NIME.

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- Jørn H. Sværen
- Kristoffer Rygg
- Ole Alexander Halstensgård
- Tore Ylwizaker
- Martin Romberg (aide extérieure et arrangements)
- Tromsø Chamber Orchestra


1. As Syrians Pour In, Lebanon Grapples With Ghosts O
2. Shri Schneider
3. Glamour Box (ostinati)
4. Son Of Man
5. Noche Oscura Del Alma
6. Mother Of Mercy



             



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