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MANILLA ROAD - Mystification (1987)
Par MEGATHERION le 28 Septembre 2009          Consultée 4460 fois

Après le chef-d’œuvre du ROAD, paru l'année précédente, un nouvel album fit son apparition en 1987. "The Deluge" avait été, même s'il est honteusement demeuré inaperçu, une véritable réussite, avec des morceaux d'anthologie et un sommet dans ce fameux style épique qui constitue, encore aujourd'hui, une des composantes majeures de MANILLA ROAD.

Ce nouvel album, dédié pour une grande part à la mémoire d'Edgar Allan Poe, est différent de ce que le groupe nous avait proposé jusqu’ici. Il marque même un changement de cap. En effet, il semble que le trio, qui avait déjà montré de nets penchants thrash sur "The Deluge", ait décidé de développer cette voie, sans doute aussi influencé par l'ambiance de l'époque où ce mouvement était en train de soulever une véritable lame de fond. Ainsi, sur de nombreux titres, MANILLA ROAD joue plus vite et plus lourd. Mais curieusement, Mark Shelton, à aucun moment n'adopte une voix réellement thrash. Pourtant il l'avait expérimenté à plusieurs reprises et de façon plutôt épisodique sur le précédent opus. Il conserve tout au long de "Mystification" cette voix nasale si particulière, légèrement chevrotante, qui fait que certains l'adulent et d'autres le détestent.

Une fois de plus, et c’est un fait courant, dans la carrière de ces natifs du Kansas, les conditions d’enregistrement furent mauvaises. Mal conseillé par Black Dragon Records, le groupe choisit un obscur studio de Memphis, qui selon Mark Shelton, possédait un équipement obsolète, était à court de microphones, et fonctionnait avec un personnel peu concerné par l’enregistrement d’un album de Metal. « Ma grand-mère aurait pu faire un meilleur boulot que n’importe quel type qui faisait partie de l’équipe de production », dixit le maître. Ces abrutis avaient même par mégarde remplacé l’un des titres de l’album par un jingle commercial, ce qui provoqua bien sûr un sacré sac de nœuds… En prime, suite à on ne sait quelle embrouille, Black Dragon Records se disputa avec son distributeur américain, ce qui provoqua la non commercialisation de l’album aux States, pourtant patrie de MANILLA ROAD. Difficile de faire pire dans la gestation d’un album…

Mais, penchons-nous un peu plus sur la rondelle. Comme je l’ai laissé entendre, la production et le mixage souffrent d’handicaps importants, conférant notamment à cette œuvre un manque de puissance flagrant. Ceux qui possèdent le 33 tours original savent de quoi je parle. Cependant, malgré tout, et même si l'album à l’évidence sonne moins épique, il faut reconnaître que la composition des morceaux et leur originalité sont toujours au rendez-vous. Et ce serait aller un peu vite en besogne en prétendant que le groupe a cédé à la mode Thrash du moment.

La première moitié de ce sixième album est constituée de titres qui se veulent un hommage dédié à la mémoire de l'écrivain et poète Edgar Allan Poe, personnalité complexe et controversée, en proie aux démons de l'alcoolisme et du jeu qui toujours le maintinrent dans la précarité. Il est un fait que ce précurseur du roman policier ait bénéficié d'une traduction baudelairienne qui a magnifié une prose qui, selon certains, ne valait pas le texte original. Les détracteurs de Poe, beaucoup plus nombreux outre-Atlantique qu'en France, lui reprochent notamment l'emploi dans ses textes d'artifices à la limite de la fumisterie. D'un autre côté, beaucoup reconnaissent en lui un talent littéraire hors norme qui le place au rang de génie de son temps. Un tel homme, un maître de la mystification, ne pouvait que faire partie de l'univers sheltonien, qui puise son inspiration entre autres à la source d’autres auteurs américains comme H. P. Lovecraft ou Robert E. Howard.

Cette immersion dans le monde de Poe se fait au travers des cinq premiers titres de l'album et débute au son du carillon d'une horloge ancestrale. Au fur et à mesure que les coups résonnent, les vibrations se déforment, comme corrompues, et nous transportent ailleurs, dans un monde imaginaire et inquiétant. Puis de façon tonitruante "The Masque Of The Red Death" commence à nous raconter l'histoire du prince Prospero, qui eût l'outrecuidance de se croire à l'abri de la maladie qui ravageait alors la contrée qu'il administrait. Reclus dans son palais avec ses proches, donnant fêtes sur fêtes, il finit par succomber à l'issue d'un odieux bal masqué où la Mort était venue le chercher là où il pensait être inaccessible. Celle-ci, remarquable parmi les convives, avait revêtu le masque de la Mort Rouge, qu'on ne pouvait contempler sans en pâtir...

Ce premier morceau rapide, dominé par la voix ample de Shelton et des riffs énergiques, donne une bonne idée de l’accélération de rythme qui marque cet album. Le début de "Valley Of Unrest", le confirme encore plus, en adoptant une cadence effrénée. Ce poème datant de 1831 évoque une vallée maudite, lieu témoin de terribles événements, désormais hostile à tout ce qui pourrait recéler une étincelle de vie. "Haunted Palace" maintient un rythme élevé, tout en nous imprimant dans le cervelet ce refrain éponyme entêtant. Ce titre s’inspire du « déclin de la maison Usher », peut-être la nouvelle la plus connue de Poe, où un homme est atteint d’un mal étrange qui exacerbe de manière excessive ses sens et qui vit reclus dans un manoir lugubre.

Cependant, quelques instants d’accalmie subsistent au sein de la bourrasque que constitue cette première partie de ce sixième album. Ainsi, la voix claire de Shelton, particulièrement émouvante sur l’intro de "Spirits Of The Dead" et "Mystification", viennent calmer un peu le jeu de fort belle manière. Ce dernier est un mid-tempo très original qui s’affirme comme étant un des meilleurs morceaux du ROAD. Seul Shelton peut élaborer de tels titres en leur insufflant cette magie si particulière, qui assemble à la fois un petit arpège en apparence insignifiant, un refrain terriblement addictif (A lesson from the baron, master of mystery…), une montée en puissance et un magnifique solo qui remue les tripes… A n’en pas douter, cet homme est un alchimiste, capable de convertir les diverses essences qui peuplent son laboratoire musical en pépites inestimables.

Un temps apaisé par cette évocation de l’œuvre du maître de la mystification, la deuxième partie de l’album, débute toute aussi rapidement que la première avec un "Up From The Crypt" qui commence par le grincement des gonds d’une porte demeurée trop longtemps close et se poursuit à un rythme fort élevé. A part ce dernier titre, elle contient des morceaux qui sont un peu plus épiques et qui ressemblent plus aux deux précédents albums.

Ainsi, "Children Of The Night" présente quelques similitudes avec "The Deluge", notamment pour l’aspect vrombissant de la guitare. "Dragon Star" est clairement un morceau qui aurait pu figurer sans aucun problème sur "Open The Gates". Il fait même un peu figure d’intrus par rapport au reste des titres. Beaucoup plus calme, il est empreint de nostalgie et d’un souffle épique certain. Évoquant magnifiquement le passage de la comète de Halley et sa symbolique pour nous autres, pauvres mortels, il est parfaitement illustré par un solo long et tranquille. "Death By The Hammer", quant à lui, conclue ce "Mystification" de manière simple et efficace. C’est d’ailleurs l’un des titres particulièrement prisé par le public en concert.

"Mystification" présente donc une radicalité plus marquée, une incursion plus profonde au sein du Thrash roadien. Comme signe de ce changement, aucun titre ne dépasse les 7 minutes, fait rare pour MANILLA ROAD. Randy Fox, est toujours aussi impérial derrière ses fûts. Les soli du maître sont particulièrement rapides et toujours de haute qualité.

Cependant, bien que très bon, je trouve que cet opus manque un peu d’unité. En effet, la première partie dédiée à l’univers de Poe, est cohérente. La seconde l’est moins, et même si les morceaux sont très bons, ils dénotent un peu avec l’esprit inspirant la première partie de cet opus. De plus, du fait du haussement de rythme, cet album est plus long à assimiler, et seuls ceux qui apprécient déjà le groupe et les persévérants qui s’accrocheront, seront aptes à en percevoir tous les contours.

Si je devais noter le 33 tours sorti à l’époque et en tenant compte de la faible qualité de la production, je ne mettrais pas plus de 3/5. Cependant, je ne peux faire abstraction de la réédition de l’album par le label Sentinel Steel Records. Ce dernier, en 2000, a eu l’excellente idée de le rendre enfin disponible sous forme de CD tout en procédant à quelques modifications. Celles-ci appellent quelques remarques : d'une part, l'album a subi une véritable cure de jouvence au niveau de la production, ce qui l'a nettement amélioré, pour ne pas dire ressuscité. Elle rend enfin justice à la basse de Scott Park, complètement noyée et peu audible dans le mix d’origine.

D'autre part, l'ordre des morceaux diffère de l'original. A l'époque, le vinyle comportait 9 morceaux. La première face regroupait les titres directement inspirés par l'œuvre de Poe et dont les noms sont directement tirés de ses poèmes ou de ses contes. Pour ma part, je trouve que cela change peu de choses, l’album n’est pas dénaturé par ce changement, probablement opéré avec l’accord de Shelton.
Enfin, l'album réédité bénéficie non seulement d’un sympathique instrumental inédit mais aussi d’une nouvelle et superbe illustration qui relègue aux oubliettes la précédente qui n'était franchement pas réussie. Elle est signée Greg Hildebrandt, frère de Tim, auteurs célébrés à juste titre pour la qualité de leur travail dans l'illustration d'œuvres de science-fiction et d'heroic-fantasy.

Comme aujourd’hui on ne trouve plus dans le commerce que cette réédition, et que celle-ci est de qualité supérieure à l’original, j’ose espérer qu’on ne m’en voudra pas si j’octroie une étoile supplémentaire à la notation.

Un dernier mot pour dire que Mystification constitue à mes yeux la dernière partie de la quadrilogie essentielle pour cerner la musique du ROAD, avec "Crystal Logic", "Open The Gates" et "The Deluge".

En conséquence, un bon 4/5.

*****************************

A titre d'information, ci-joint le track-listing de la reédition de Sentinel Records:

Up from the crypt
Children of the night
Haunted palace
Spirits of the dead
Valley of unrest
Mystification
Masque of the red death
Death by the hammer
Dragon star
The Asylum

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   (2 chroniques)



- Randy 'thrasher' Fox (batteur)
- Scott Park (bassiste)
- Mark W. 'the Shark' Shelton (guitare, chant)


1. Masque Of The Red Death
2. Valley Of Unrest
3. Spirits Of The Dead
4. Haunted Palace
5. Mystification
6. Up From The Crypt
7. Children Of The Night
8. Dragon Star
9. Death By The Hammer



             



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