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HARD ROCK  |  STUDIO

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- Style : Black Sabbath, Iron Butterfly, Orchid, The Vintage Caravan, Ghost, Tanith
- Membre : Dokken, Rainbow
- Style + Membre : Blue Coupe

BLUE ÖYSTER CULT - The Symbol Remains (2020)
Par DARK BEAGLE le 12 Novembre 2020          Consultée 2010 fois

Petit préambule en guise d’avertissement : cette chronique est très longue et si vous voulez entrer directement dans le vif du sujet, allez directement au chapitre II, le premier revient sur la carrière du groupe et sur certaines considérations propres au chroniqueur. Fan de très longue date, j’ai attendu dix-neuf ans pour voir ce disque arriver, cela me rend extrêmement bavard et j’en suis navré. Je peux bien vous saouler avec le BÖC comme j’ai saoulé mes collègues nimiens, non ?

Chapitre I


Career Of Evil



Quand BLUE ÖYSTER CULT fut annoncé en concert à Paris pour 2020, j’étais comme un dingue. Je les ai ratés à plusieurs reprises et je m’en voulais toujours de ne pas les avoir vu sur scène alors qu’il s’agit d’un de mes groupes préférés. Mais une saloperie de virus en a décidé autrement et j’allais encore devoir prendre mon mal en patience, tout en sachant que Bloom (soixante-quinze ans) et Roeser (soixante-douze ans), les deux derniers membres d’origine de la formation, pouvaient rendre les armes n’importe quand. Puis il y a l’annonce d’un nouvel album et là, il y a un mélange d’excitation et d’appréhension.

Le BÖC n’a plus sorti de disques studio depuis "Curse Of The Hidden Mirror" en 2001, se contentant d’un Live "A Long Day’s Night" et une chiée de best of qui ne sont pas tous de leur fait, les maisons de disque rentabilisant comme ils le peuvent le back-catalogue du groupe. Il faut dire que "Curse Of The Hidden Mirror" fut un échec, aussi bien commercial qu’artistique, le groupe ne parvenant pas à capter la force de "Heaven Forbid" et n’arrivant qu’à accentuer ses faiblesses. Ce qui n’était pas encourageant pour les musiciens et l’idée de sortir du nouveau matériel devenait, chaque année qui passait, un peu plus superflue. Eric Bloom le disait très bien : enregistrer un disque, ça coûte de l’argent. Sous-entendu : tourner peut assurer une certaine rentabilité.

Après, BLUE ÖYSTER CULT restait une référence scénique ; la formation ne cessait de sillonner les routes et le temps ne semblait pas avoir d’emprise sur les deux leaders qui parvenaient à garder le cap et à chanter comme si les chansons venaient d’être écrites. Autour d’eux, les musiciens variaient. Allen Lanier a joué jusqu’en 2007, pour revenir en 2012 terriblement amaigri, malade : le Crabe, au niveau des poumons, le truc qui ne pardonne que rarement. Il meurt en 2013 à l’âge de soixante-sept ans et il avait l’air d’en avoir soixante-quinze. Cela avait beaucoup marqué Bloom, mais il n’était pas question d’abandonner. Et cela ne ramène pas les frères Bouchard non plus, pas de reformation sous prétexte qu’il fallait recréer l’union sacrée entre les musiciens.

Trois ans plus tard, c’était au tour de Sandy Pearlman d’avaler son acte naissance. Cela aurait pu réellement causer la fin du BÖC tant cet homme en était son âme damnée. Bloom, encore lui, revenait dessus dernièrement en avouant que le groupe lui devait beaucoup, si ce n’était tout. Beaucoup de choses tournaient autour de ses concepts et "Imaginos", album concept qui divise de nombreux fans, aurait dû être l’apothéose de ce qu’il a cherché à développer dès le début avec BLUE ÖYSTER CULT, vu que tout se basait, s'inspirait de ses écrits, poèmes ou histoires plus complètes, avec un véritable fil conducteur, ce qui expliquait le retour étrange de "Astronomy" dans la playlist. Mais là encore, Roeser et Bloom ont décidé de continuer, encore et encore.

Si Bloom disait qu’enregistrer un disque coûte cher, c’était aussi parce qu’une aucune maison de disque ne semblait intéressé pour signer ce qui n’est ni plus ni moins qu’une légende du Hard Rock. Que l’on aime ou que l’on n’aime pas le groupe, il est difficile de nier qu’il possède un petit truc que d’autres n’ont pas forcément, une espèce d’aura, une volonté de ne jamais vouloir sonner totalement comme les autres, de toucher à tout sans en avoir l’air et de proposer des albums souvent très cohérents. Mais c’est un nom du passé, qui n’a pas forcément engrangé assez de disques d’or et de platine, ou d’argent, pour sembler réellement rentable. Ce n’est pas DEEP PURPLE, BLACK SABBATH ou même KANSAS (ce nom n’apparaît pas tout à fait par hasard). Jusqu’à ce que Frontiers décide de franchir le pas. Et si je ne suis pas toujours amateur de ce que les Italiens proposent, je ne peux que saluer ce choix en particulier.

Il faut dire que BLUE ÖYSTER CULT n’a pas forcément de grand rayonnement dans la pop culture, a contrario de nombreuses formations, alors que pour la bande à Bloom cela pourrait couler de source, avec leur univers foisonnant de références ésotériques, à commencer par un symbole énigmatique qui répond à leur nom, qui l’est tout autant. Bien entendu "(Don’t Fear) The Reaper", leur plus grand tube – et pas forcément le plus représentatif de leur son - sera souvent repris ou évoqué, JK Rowling écrira un livre dont les chapitres tournent autour de leurs chansons (la Carrière du Mal) avant de commencer à dire des conneries sur Twitter. Limite le symbole nourrit l’intrigue d’un épisode de "Supernatural" en 2005 et de mémoire, je ne vois pas grand-chose d’autre (mais si vous vous êtes amusé à tout pointer, n’hésitez pas à éclairer ma lanterne).

Puis la pandémie arrive. Le genre de truc que personne n’avait vraiment anticipé, et qui s’est répandu comme une traînée de poudre, avec dans son sillage des décès dans le pire des cas et des annulations massives de tournées et de retours en studio impromptus pour de nombreuses formations qui ne l’avaient pas forcément prévu à la base. Et pour la première fois en dix-neuf ans, BLUE ÖYSTER CULT enregistre de la nouvelle musique en vue de sortir un nouvel opus. Le genre de truc qui n’était acté pour personne, un vœu pieu de nombreux fans qui l’espéraient depuis des années et des années. Excusez le langage peu châtié qui va suivre : les enculés, ils nous auront bien fait attendre !


Chapitre II


Veteran Of The Psychic Wars



Il est difficile de se prononcer sur la pochette. Stan W. Decker est incontestablement doué, sa Croix de Kronos (le symbole de BLUE ÖYSTER CULT qui ressemble à une croix dont la base serait un point d’interrogation retourné et que l’on retrouve dès les débuts de la formation) est imposante et couverte de hiéroglyphes, évoquant un temps ancien (déjà suggéré sur la jaquette de la compile "Workshop Of The Telescopes"), détruit les vestiges d’une civilisation. En son cœur, nous discernons très bien Saturne, qui est lié à cette Croix de Kronos et à la mythologie derrière le groupe, par extension. Puis il y a la typographie du nom de la formation qui vient un peu tout gâcher, avec cet effet de profondeur pas forcément très esthétique. Enfin, ça reste une question de goût et l’illustration reste quand même plutôt sympathique, il y a eu bien pire par le passé ("Mirrors", "Club Ninja"…). "The Symbol Remains". Difficile de faire plus explicite.

Le verso est tout aussi énigmatique et permet de voir également que le groupe nous a concocté quatorze compositions pour cet opus, ce qui en fait le plus chargé depuis les débuts dans les années soixante-dix. Après, il faut pouvoir les assurer, à trop vouloir en faire il y a souvent des risques de s’égarer, de ne pas être capable d’aligner autant de morceaux de même qualité (défi quasiment impossible d’ailleurs). Pas de durées folles, "The Alchemist", le titre le plus long, tape dans les six minutes, les autres oscillent entre trois et cinq. Rien de bien étonnant pour un groupe qui a toujours su calibrer ses chansons, allant souvent droit à l’essentiel avec beaucoup de classe (un terme qui s’accorde très bien avec ce groupe).

Après, il restait à savoir comment allait se présenter BLUE ÖYSTER CULT. "Curse Of The Hidden Mirror" était assez indigent et sonnait comme ce que ferait un groupe de vieux. Mais dès que "That Was Me" (avec un caméo d'Albert Bouchard siouplé !) déboule, nous sommes vite rassurés. Enfin, il est difficile de faire la fine bouche. Le riff est assassin, la section rythmique se veut Heavy et Bloom, Seigneur ! Bloom chante toujours avec la même force de conviction, la même justesse, il est toujours la voix du Mal au sein du groupe. Et si tout semble finalement très classique, les musiciens parviennent encore à nous surprendre en plaçant quelques mesures de Reggae qui se fondent très bien dans l’ensemble. Bim, prends-toi ça dans la face et poursuit ton écoute.

Après, il ne faut pas penser que ce titre introductif soit entièrement représentatif de l’album. Il y a de cela, mais pas que. BLUE ÖYSTER CULT va faire une espèce de récapitulatif de sa carrière. Même si Bloom et Roeser sont les deux derniers membres d’origine, ils continuent à délivrer de bon arguments et les « nouveaux » musiciens tournent ou ont tourné depuis suffisamment longtemps avec eux pour savoir comment doit sonner le groupe et à ce titre le jeune Richie Castellano (quarante ans, ouais, c’est jeune et ceux qui pensent le contraire, je les em…) s’avère devenir un rouage essentiel à la bonne alchimie du groupe.

En effet, il a repris plus ou moins la place de Lanier au sein de la formation, en assurant les claviers ainsi qu’une troisième guitare qui reste assez emblématique du BÖC (quand ils n’en alignaient pas plus pour certains moments live d’anthologie). Mais contrairement au regretté Allen Lanier (au moins autant que Jon Lord), il va prendre une part plus active au chant, ce qui peut en agacer certains. Dans l’histoire du Culte de l’Huître Bleue, tous les musiciens d’origine ont chanté, même Lanier s’y est risqué, plus discret que les autres à ce niveau. Mais les frères Bouchard participaient grandement à ce niveau, Sandy Pearlman décidait souvent qui devait interpréter les chansons même si elles revenaient souvent à celui qui les écrivait. Ici, la tradition se perpétue, le mec a suffisamment d’ancienneté au sein du groupe (depuis 2004 quand même) pour faire entendre sa voix, qu’il a plutôt agréable.

Il se situerait quelque part entre la rugosité ciselée d’un Eric Bloom et l’aspect plus soft de Donald Roeser et il s’adapte donc parfaitement au registre très varié du BÖC. Il prend également part à la composition, signant ou co-signant quelques-uns des morceaux les plus marquants de ce nouvel album, démontrant qu’il a bien pris la mesure de ce qu’est ce groupe : un OVNI de la scène Metal, qui ne se plie à aucune règle, sinon les siennes : jouer le Rock le plus instinctif ET ésotérique qui soit. Et c’est mission accomplie.

Pour l’aspect le plus léger de la formation, que certains diront commercial, Roeser est grandement présent. Il va chanter six des quatorze morceaux, mais il va souvent se montrer bien plus inspiré que sur les deux opus précédents, tout en montrant une belle diversité dans l’écriture. "Box In My Head" se présente presque comme le successeur naturel de "Burnin’ For You" ("Fire Of Unknown Origin", 1981 quand même), tandis que "Nightmare Epiphany" (quelle ligne de basse de Miranda !) ou "Train True (Lennie’s Song)" renouent avec son amour du vieux Rock’N’Roll, genre sur lequel il se montre impérial. Sa voix ne semble pas avoir bougé, ou quasiment pas, limite si elle est devenue plus grave avec l’âge. Il va également faire de "Florida Man" une espèce de Power Ballad inquiétante, sur un texte sombre de John Shirley, écrivain de SF/fantastique assez méconnu en France. Il est d’ailleurs l’auteur de pas mal de paroles des trois derniers disques, il en abreuve régulièrement Bloom qui n’a plus qu’à piocher selon ce qu’il veut exprimer. Encore une fois, nous restons dans la tradition.

Roeser demeure l’aspect « lumineux » de BLUE ÖYSTER CULT, celui qui est le plus à l’aise sur les morceaux mélodiques, les moins agressifs. Castellano est sur un entre-deux ("Tainted Blood", très efficace, "The Return Of St Cecilia", plus classique, "The Machine" plus oubliable) et Eric Bloom est le maître de cérémonie quand il s’agit de faire parler la poudre. Il est l’aspect Heavy de la formation. Je sais que beaucoup préfèrent la voix de Roeser, j’ai toujours eu un faible pour Bloom, qui se veut très expressif. Il le prouve encore sur "The Alchemist", un titre très puissant que l’on croirait échappé de "FOUO" (encore) et son solo que ne renieraient pas les guitaristes de IRON MAIDEN. Il y développe un aspect théâtral, presque grandiloquent qui donne corps à ce qui est peut-être bien le meilleur morceau du disque.

Fermez un instant les yeux et laissez-vous emporter par la musique. Vous entendez le piano ? Vous ne pouvez pas le manquer. Ces notes qui surgissent et qui plantent une ambiance inquiétante auraient pu être signées Allen Lanier tant elles transpirent l’ADN de BLUE ÖYSTER CULT. Mais il s’agit d’une composition de Castellano qui a intelligemment laissé la micro à Bloom pour un résultat subtilement lovecraftien – puisqu’il s’agit d’une adaptation d’une de ses nouvelles – et mémorable. Nous n’allons pas parler de classique immédiat, de morceau qui pourrait figurer dans le top 5 des titres du groupe, mais nous tenons là une chanson qui tiendra parfaitement sa place sur scène.

Et si nous pouvons reprocher une chose aux musiciens, c’est de ne pas avoir été impérial tout du long. Pourtant, il y a des qualités : un batteur qui se veut très présent, qui apporte du groove et qui sait se montrer très nerveux quand il le faut, un bassiste parfaitement en place, les dualités de voix… Mais il y a des moments plus faibles, ces fameuses chansons qui sont en trop et qui auraient pu n’être que des faces B de single, comme "The Machine", ou "Fight" qui termine l’album de façon un peu trop molle quand Bloom nous martelait ironiquement que "There’s A Crime" juste avant. Il faut donc se contenter d’un très bon album quand nos rêves les plus fous nous faisaient miroiter un chef d’œuvre. Mais au final, pouvoir écouter un album de cette trempe de la part de BLUE ÖYSTER CULT en 2020 est déjà inespéré.

Vous pouvez arrêter votre lecture ici, le reste n’est que de la parole de fan.

Chapitre III


(Don't Fear) The Reaper



Peut-être que les plus anciens d’entre vous auront ressenti une certaine émotion à tenir enfin le disque entre leurs doigts. Pour ma part, elle a été présente. Dix-neuf ans que je l’attendais, je n’avais cessé d’y croire malgré le temps qui passait, inexorablement, nous ramenant chaque jour un peu plus près de la fin que des débuts. Je me fiche de savoir s’il s’agit du baroud d’honneur ou non. Au moins pour l’instant. J’ai savouré l’album de nombreuses fois depuis sa sortie, jusqu’à ce que, dans ma tête, j’arrive à élaguer suffisamment pour ne pas produire une chro de dix pages Word. Sans toutes les considérations autres. Croyez-moi, il y a des choses à dire sur cet opus.

J’aurai presque envie de dire que nous avons vécu, ce 9 octobre 2020, un moment historique. Au moins pour tous les fans qui n’y croyaient plus et pour tous les jeunes qui avaient entendu parler du BÖC de nom, voire par quelques chansons, et qui se trouvent confrontés à la réalité d’une sortie. Ils pourront découvrir une formation qui respecte sa légende, en misant sur des forces vives nouvelles, à l’instar de KANSAS qui a su trouver du sang neuf pour faire honneur à sa carrière. Bloom et Roeser, qui ont tenu bon toutes ces années, malgré les galères et une aura diminuée, sont toujours bien présents et ils présentent de beaux restes.

En ces temps troublés, où un virus hante le monde et où nous vivons une nouvelle ère d’obscurantisme religieux, cela fait du bien de retrouver sa secte et de se livrer corps et âme au Culte de l’Huître Bleue. Peut-être ai-je été odieusement subjectif tout du long, mais parfois il est bon de laisser parler le fan et de faire taire le chroniqueur. Merci au groupe pour ce très bon moment et pour sa carrière, en espérant qu’il remettra le couvert bientôt pour quelque chose d’encore plus abouti.

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- Eric Bloom (chant, guitare)
- Donald Roeser (chant, guitare)
- Danny Miranda (basse)
- Jules Radino (batterie)
- Richie Castellano (claviers, guitare, chant)


1. That Was Me
2. Box In My Head
3. Tainted Blood
4. Nightmare Epiphany
5. Edge Of The World
6. The Machine
7. Train True (lennie's Song)
8. The Return Of St Cecilia
9. Stand And Fight
10. Florida Man
11. The Alchemist
12. Secret Road
13. There's A Crime
14. Fight



             



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