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1995 Herzeleid
1997 Sehnsucht
2001 Mutter
2004 Reise Reise
2005 Rosenrot
2009 Liebe Ist Fur Alle Da
2019 Rammstein
 

- Style : Oomph!, Ham, Secret Discovery, Heldmaschine, Stahlmann, Megaherz
- Style + Membre : Lindemann, Emigrate

RAMMSTEIN - Rammstein (2019)
Par NEURO6 le 8 Juin 2019          Consultée 1167 fois

Qu'attendre de RAMMSTEIN dix années après leur dernier album ? Et, surtout, qu'écrire sur "Rammstein" sans rabâcher ce qui a déjà été dit ?

Malgré l’usage quasi exclusif de la langue de Goethe, force est de constater que RAMMSTEIN est reconnu pour la qualité des textes de Till Lindemann. Entre le romantisme de sa plume et le caractère borderline des sujets abordés, les textes du groupe sont généralement métaphoriques et présentent donc toujours plusieurs niveaux d’interprétation. L’album "Rammstein" ne déroge pas à la règle, bien au contraire.
Profitons de l’espace d'expression que constitue la kro-express pour aborder l'album par un autre bout en se penchant sur les paroles de certains titres de ce nouvel opus. On y découvre qu'à défaut de réelle révolution musicale, le groupe a surtout réalisé une certaine prise de risque à travers ses textes. En effet, certaines chansons traitent de questions de société de manière frontale ou plus subtile, qu'elles soient propres à l'Allemagne ou non.

Si RAMMSTEIN a toujours exhumé des sujets scabreux ou jugés comme tels (violence, cannibalisme, infanticide, déviances sexuelles en tous genres, etc.) pour nous les balancer à grands renforts de riffs et de synthé, force est de constater qu'avec "Rammstein", le groupe met le doigt sur des sujets plus politiques. C'est un fait rare à souligner, car jusque-là, RAMMSTEIN s’était peu aventuré sur un terrain politique (entendu ici au sens large, comme relevant d’un rapport à la société), ce qui est toujours éminemment glissant : on rappellera tout de même les morceaux "Amerika", pourfendant l'hégémonie du soft power états-unien, ou encore "Links 2-3-4" qui répondait aux attaques fallacieuses faites au groupe de sympathie envers la mouvance d'extrême-droite. C’est aussi à travers ses clips que le groupe choisit parfois de faire passer des messages politiques.

Sur "Rammstein", il faut déjà constater que la partition de l'album relevée dans la chronique principale de Dark Beagle se retrouve également à travers le caractère polémique des chansons : en effet, les quatre premiers titres, dont trois ont été à ce jour accompagnés d'un clip, sont caractérisés par des textes politiques.

Comme souvent, "Rammstein" appuie là où ça fait mal. Dès sa sortie en vidéo, "Deutschland", premier titre de l'album, a provoqué des remous médiatiques finalement bienvenus pour accompagner la campagne promotionnelle. Entre éloge et blâme et portée par un rythme soutenu attaché à l'ADN du groupe, la chanson est composée de paroles évoquant le passé de l'Allemagne, mêlant patriotisme et antinationalisme : « Mein Herz in Flammen will dich lieben und verdammen », soit, en français, « mon cœur en flammes veut t'aimer et te condamner. ».
Toutefois, on peut procéder à une seconde lecture de cette chanson qui évoque aussi l'Histoire même du groupe. D'ailleurs, quelques phrases sont des clins d'œil qui rappellent les paroles de chansons d'autres albums (« Du hast », « Das Herz in Flammen »). RAMMSTEIN a en effet toujours eu une relation ambivalente avec le public allemand, entre fascination et répulsion. C'est pourquoi Till et sa bande jouissent d'une popularité très grande surtout au-delà des frontières de leur pays. Et, à l'instar de l'Allemagne, RAMMSTEIN, c'est une Histoire ancienne mais récemment renouvelée, c'est aussi un groupe culte qui produit régulièrement des remous. Le couplet suivant est à souligner particulièrement :

« Übermächtig, überflüssig
Übermenschen, überdrüssig
Wer hoch steigt, der wird tief fallen [...] »

(« Tout-puissant, superflu
Surhommes, lassés
Qui monte haut, tombera bien bas »)

Il fait référence au fait que les six musiciens ont été accusés d'être des suprématistes blancs à l'époque de la sortie de leur premier album, "Herzeleid", dont les illustrations jouaient avec une esthétique épurée mais virile et martiale. Le couplet rappelle également la lassitude parfois évoquée par des membres du groupe. On espère toutefois que ces quelques mots n'ont pas de valeur prophétique (la rumeur comme quoi ce serait le dernier album de RAMMSTEIN est pourtant tenace...).
"Deutschland", au-delà de la polémique, est donc une chanson riche de ce double message. Pour le comprendre, encore eu-t-il fallu que les commentateurs prennent le temps de s'intéresser aux paroles avant de condamner le clip.

Second titre, second pavé dans la mare. Également très bon musicalement, "Radio" a aussi maille à partir avec l'Histoire allemande. Si le clip apparaît moins polémique dans sa réalisation que celui de "Deutschland" (le film, à l'allure rétro et burlesque, y présente notamment la radio comme un vecteur d'émancipation des femmes au sein d'une société policière et patriarcale !), la chanson aborde frontalement le sujet de la censure radiophonique en Allemagne, et pas seulement en ex-RDA. En effet, le clip débute sur une annonce du Deutscher Kurzwellensender (émetteur allemand à ondes courtes), programme de de radiodiffusion de propagande du IIIème Reich. Plus subtilement, l’observation de l’évolution des postes de radio tout au long du clip - des plus vieux modèles en bois jusqu’aux plus récents en plastique type transistor - montre bien que RAMMSTEIN embrasse ici une période assez large de l’Histoire allemande au XXème siècle. Mais, si la censure existait bien évidemment durant le IIIème Reich, l’accent est mis ici sur la période de la Guerre froide en Allemagne de l’Est. Touchant à la fois la musique provenant de l'Ouest et celle des musiciens est-allemands, la censure obligeait les habitants de l'ex-RDA à écouter la radio clandestinement ou à se procurer de la musique sur les marchés parallèles. Dans leur jeunesse, certains membres de RAMMSTEIN ont dû s'accommoder de cette censure, notamment lorsqu'ils jouaient dans leurs premiers groupes : les groupes de Punk et de Rock étaient tout particulièrement encadrés...
Enfin, il faut rappeler que l’album précédent du combo allemand, "Liebe Ist Für Alle Da", fut lui-même interdit au moins de dix-huit ans et retiré des ondes et des bacs en 2009… Si la censure fut levée l’année suivante, le groupe ne se prive pas pour tacler habilement le gouvernement de l’époque.
En écho au premier titre, le groupe rappelle ici que la musique est sans frontières, la carrière de RAMMSTEIN et son succès planétaire en étant les plus beaux symboles.

Les débuts exaltés de "Zeig Dich" ne viennent en rien faire retomber le rythme de ce début d'album, bien au contraire. Le refrain sonne comme du RAMMSTEIN des belles années, période "Mutter". Et le thème de ce troisième titre n'en est pas moins lourd. Traitant des positions conservatrices de l'Église sur la sexualité, "Zeig Dich" (« Montre-toi ») évoque aussi les scandales liés à la pédophilie qui ont ébranlé l'Allemagne comme d'autres pays. S'il ne s'agit que d'une demi-surprise de voir RAMMSTEIN s'emparer d'un tel sujet, comme ce fut le cas pour "Mein Teil", inspiré du cannibale Armin Meiwes, ou de "Wiener Blut" qui fait référence à l'affaire Joseph Fritzl en Autriche, père de famille qui séquestra et abusa sexuellement de sa fille, les Allemands touchent ici non pas à un sordide fait divers mais bien à un système généralisé (outre-Rhin, plus de mille six cent clercs sont mis en cause) que les autorités ecclésiastiques ont cherché à dissimuler.

Enfin, avec "Ausländer", RAMMSTEIN nous offre une nouvelle fois un titre dont les paroles sont sujettes à débat ! Pourtant, ici, au regard des textes et du clip, on a plutôt l'impression d'avoir affaire à une chanson un peu "fourre-tout". Dans le clip, les musiciens, habillés de la tenue coloniale et naviguant sur un canot pneumatique (rappelant les flux de migrants en Méditerranée), accostent sur une plage tropicale et y rencontrent une tribu locale : jouant avec les clichés racistes de l'époque coloniale (supériorité des occidentaux, chasse prédatrice, éducation imposée, religion, etc. - bref, relisez "Tintin au Congo" !), "Ausländer" évoque aussi, en filigrane, le tourisme sexuel, sinistre réputation associée aux touristes allemands. Les paroles, elles, sont plus vagues, racontant l'histoire d'un étranger voyageant de pays en pays pour assouvir ses pulsions sexuelles.

Quatre chansons, quatre thèmes puissants et quatre prises de risque plus ou moins fortes de la part du groupe. Dans les autres morceaux de l'album, on revient à des sujets plus « convenus » auxquels les gars de RAMMSTEIN nous ont déjà habitués : sexe, pédophilie ("Hallomann") et prostitution (rien que ça !). C'est le cas de l'excellent "Puppe", morceau singulier par l'interprétation brutale et délirante de Till.
En bref, pour les néophytes et les sceptiques, en plus d'écouter l'album, hâtez-vous d'aller lire les paroles (et leur traduction : pour cela je conseille l'excellent site Rammsteinworld).

P.S. : merci à John pour ces éclairages sur le clip de "Radio" et merci également à mes enseignantes d’allemand LV1 !

P.P.S : pour la note, je mets un 3,5/5 arrondi à 3 ; je trouve que "Rammstein" reste en-dessous de "Reise Reise" par exemple.

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- Till Lindemann (chant)
- Richard Z. Kruspe (guitare)
- Paul Landers (guitare)
- Ollie Riedel (basse)
- Christoph Schneider (batterie)
- Flake Lorenz (claviers)


1. Deutschland
2. Radio
3. Zeig Dich
4. Ausländer
5. Sex
6. Puppe
7. Was Ich Liebe
8. Diamant
9. Weit Weg
10. Tattoo
11. Hallomann



             



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