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ROTTING CHRIST - The Heretics (2019)
Par WËN le 10 Avril 2019          Consultée 1029 fois

Ça couvait !

Appliqués qu'ils étaient, ces dernières années, à nous semer (sans doute bien malgré eux) parmi une palanquée d'à-côtés discographiques à l'intérêt pas toujours folichon, entre diverses compilations, albums live, single d'anniversaire douteux (d'ailleurs chroniqué ici) et même leur propre bière (*), les frères Tolis n'ont pas été inactifs. Capitalisant tout ce qu'ils ont pu sur le back-catalogue de leurs jeunes années dorénavant redevenu culte (box set, rééditions à la pelle sous divers formats et appellations pour un contenu parfois très similaire n'aidant guère à s'y repérer) et un couple de bouquins tout fraîchement disponibles (**), c'est finalement presque avec surprise que l'on se retrouve à accueillir si tôt une nouvelle livraison des Grecs, malgré les trois ans qu'affiche déjà "Rituals".

Un "Rituals" (2016) qui n'était d'ailleurs guère parvenu à nous convaincre, tout juste soutenu qu'il était par une rachitique poignée de bonnes idées malheureusement systématiquement englouties dans un marasme riffique digne des plus nauséeux marais de Lerne. Embourbés jusqu'aux genoux, on pensait les Grecs avoir tout misé sur le côté rituel (ndlr : "ah oui, bah, voilà") au détriment d'une réelle prise de risques, d'autant plus que leur mixture avait déjà trouvé écho auprès de nombreux nouveaux adeptes sur "Kata Ton Daimona Eaytoy" (2013), son précédent recueil. Nous en saluions d'ailleurs l'intérêt, à l'époque. Mais là où ce dernier nous présentait un réel effort de fouilles archéologiques (embrassant au passage les aspects théologiques de moult cultures), ROTTING CHRIST, peut-être trop confiant s'était contenté pour "Rituals", sans trop se forcer, d'en re-décliner les grands thèmes, en basant ses nouvelles compos sur un gimmick particulier à chacune… Sans trop chercher plus loin. Et les guitares, donc, n'en parlons même pas...

La question à l'entame de ce "The Heretics" est donc essentiellement de savoir si nos Hercules du Black Mélo se sont sortis les doigts du culte en se remettant à riffer avec un peu plus de conviction, en se doutant (c’est tout le mal que nous leur souhaitons) qu'ils ne pourront indéfiniment masquer cette baisse d'inspiration derrière des artifices qui sentaient déjà sérieusement la redite dès le LP précédent. Eh bien, figurez-vous, c'est mal connaitre cette abnégation toute grecque lorsqu'il s'agit de n'en faire qu'à sa tête.

Car la réponse, vous allez le voir, ne saurait ici qu'à peine être mitigée. C'est donc tout décemment que nous ne pouvons qu'apposer un "NON" - catégorique qui plus est - sur cette rebelote de peines. N'ayez craintes, dans notre incommensurable et légendaire magnanimité, chez NIME, nous les avons cherchées, nous les avons même comptées pour vous, les (véritables) bonnes idées de ce disque ; Et nous allons même vous faire gagner du temps et vous les citant. Inutile de gâcher votre précieux temps, là où nous avons déjà perdu le nôtre, après tout. Car au nombre de 2 - 3 en n'étant pas trop tatillon -, mieux vaut ne pas les rater. Tout d'abord, difficile de passer à côté de "Ветры злые" ("Vetry zlye") en duo avec Irina Zybina, chanteuse de GRAI (cet ARKONA-like plutôt sympathique à voir en live) qui fonctionne totalement ici - le chant féminin russe donnant la réplique aux vocalises arrachées de Sakis - en s'inscrivant typiquement parmi les titres récents accrocheurs et bien ficelés du combo. Ensuite, "Heaven And Hell And Fire" et son solo final (plutôt inattendu depuis celui de "Noctis Era" en 2010), qui lui emboîte le pas, ne manquera pas non plus de faire son effet. Même si le titre n'invente pas grand-chose, avouons-le, le tout sonne plutôt bien avec ces guitares, pas trop dégarnies, qui sont de la partie.

Ceci passé, malheureusement, le reste va bien rapidement s'avérer au mieux déjà entendu sur les récents travaux du groupe et n'apportant donc rien de bien neuf à son odyssée passée, au pire d'un intérêt redoutablement quelconque. Dès "Hallowed Be Thy Name" (peut-on réellement nommer ainsi un de ses titres, passé le succès de la chanson éponyme de vous-savez-qui ?), l'inspiration semble déjà s'étioler, ROTTING CHRIST mettant de nouveau sur la table des idées déjà maintes fois entendues et réentendues ces dernières années, allant sans aucune vergogne, là piocher des riffs dans ses propres albums récents (le foutoir "In The Name Of God" d'entame, "The Voice Of The Universe"), là nous proposer ces mêmes poncifs rituels qu'on lui connaÏt trop bien dorénavant ("Hallowed Be Thy Name", justement). Le summum de la vacuité étant sans conteste atteint par un "Πιστεύω" ("I Believe") qui riffe dans le vide, sans aucune inspiration ni utilité, en complète roue libre. Un 'morceau' tellement affligeant de nullité que nous nous demandons encore, plusieurs écoutes passées, comment ce truc a-t-il pu être retenu pour venir s'échouer ici. Le sympatoche mid-tempo "Dies Irae", tout bardé de chœurs liturgiques qu'il est (coucou BATUSHKA), échappera ainsi de justesse au même naufrage. Mais vous l'aurez saisi, ça ne vole pas bien haut… Et ces sempiternels même lyrics inlassablement ressassés ("hell", "fire", "god", "not serve", "power") n'ajoutent pas vraiment de crédit à la motivation du groupe. C'est d'ailleurs sur "Hallowed Be Thy Name" que nous en sommes venu à refermer le livret, nos yeux pris d'une soudaine crise d'asthme. Et citer pêle-mêle : Kazantzákis, Twain, Milton, Shakespeare, Voltaire (en anglais), Dostoyevsky et Nietzsche (oui, ça fait beaucoup), n'y changera pas grand-chose.

Allez, "Fire, God and Fear" a le mérite d'être entraînant et quelques passages mélodiques en fin d'album (ce "New Messiah" parfois plus agressif lorsqu'il lorgne vers "Aealo", "The Voice Of The Universe" (***) ici et là, et encore… Que cela s'essouffle rapidement ainsi répété à outrance) réussissent à faire passer la pilule… De même que cette résolument bonne idée de terminer sur un "The Raven" (d'après la nouvelle d'E.A. Poe) inspiré et convaincant. Tout cela faisant sympathiquement et in extremis osciller la notation vers le 2/5. Non ce n'est pas bésef, tout juste gentiment passable, et l'Athéna Nikè en personne se confiait encore récemment à nous commentant qu' "il n'y avait décidément pas de de quoi se faire ratisser l'acropole". À partir de là, vous aurez saisi notre point de vue.

En 2019, d'hérétique, ROTTING CHRIST n'adopte donc que le terme, s'enfonçant dans un occultisme outrancier et un peu grande gueule (dans la lignée d'un BEHEMOTH par exemple), sans réellement offusquer qui que ce soit. Grand bien lui fasse, cela colle finalement bien à son propos. Par contre, si la recette fonctionnait admirablement bien il y a douze ans de cela sur "Theogonia" et encore récemment sur "Kata Ton Daimona Eaytoy" et une partie de "Aealo" ; cette remise en question égale au niveau de la mer commence réellement à devenir pesante ici. Quitte à persifler au-dessus de leurs sinueuses chevelures et même si cela couvait déjà sur "Rituals", le fait que les frères Tolis persistent à vouloir flirter de plus en plus avec la limite d'une inspiration qu'ils paraissent avoir bien du mal à renouveler donne cruellement l'impression qu'ils cherchent à savoir jusqu'où peuvent-ils se permettre de pousser le bouchon avant de se faire taper sur les phalanges. Qu'il y ait un public pour ce ROTTING CHRIST-là, là n'est pas la question, tant mieux pour nos Grecs même, mais se contenter d'être si paresseux envers lui relève d'un certain je-m'en-foutisme plutôt gênant. Comme nous l'avancions plus haut, certains y trouveront de l'attrait (après tout, le résultat n'est pas mal fait… Pas toujours en tout cas), mais nous concernant nous demeurerons perplexes devant un apport si pauvre artistiquement parlant et ayant tant de mal à se renouveler, proposant encore et toujours ces thèmes qu'il nous a déjà contés. Et à voir ainsi fleurir les avis positifs, nous avons l'impression qu'il ne fait pas bon d'être un peu difficile et parfois exigeant de nos jours, quant au contenu qu'on nous propose et, ne l'oublions pas, que l'on veut nous faire payer (jusqu'à 110 € le coffret vinyle limité).

(*) "An abysmal black Imperial stout (11%) aged in Bourbon barrels", via la Dark Crops Brewery

(**) Les livres en question :

- "Under Our Black Cult", un coffret 5 CDs + livre de 72 pages revenant sur les débuts de ROTTING CHRIST
- "Non Serviam: The Official Story Of Rotting Christ" de Sakis Tolis and Dayal Patterson ("Black Metal: Evolution Of The Cult", "The Cult Never Dies Vol. One", "Into The Abyss", etc.), pavé de 300 pages comprenant extraits d'interviews et nombreux témoignages de leurs contemporains (ENSLAVED, BEHEMOTH, MAYHEM, CRADLE OF FILTH, MOONSPELL, SEPTIC FLESH, etc.)

(***) Feat. Ashmedi (de MELECHESH) en guest, dont la prestation, mi-dictée/mi-narrée demeure plutôt anecdotique.

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- Sakis Tolis (chant, guitare, basse, compositions, textes)
- Themis Tolis (batterie)
- Irina Zybina (invité - chant #2)
- Melechesh Ashmedi (invité - chant #8)


1. In The Name Of God
2. Ветры зл
3. Heaven And Hell And Fire
4. Hallowed Be Thy Name
5. Dies Irae
6. Πιστεύω
7. Fire, God And Fear
8. The Voice Of The Universe
9. The New Messiah
10. The Raven



             



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