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SATYRICON - Deep Calleth Upon Deep (2017)
Par PERE FRANSOUA le 30 Octobre 2017          Consultée 2068 fois

Depuis 2008 je n’ai pas raté un seul des concerts donnés par SATYRICON à Paris, ville privilégiée entretenant un rapport passionnel avec les Norvégiens. En tant que groupe de scène remarquable jouant en osmose avec son public, il était à chaque fois essentiel pour moi de mesurer la portée des nouvelles chansons en live.
Mais pas cette fois. C’est avec mon billet en main depuis des mois que j’appris seulement quelques heures avant que le concert donné le soir à la Maroquinerie à Belleville était annulé et éventuellement reporté à la Saint Glin-Glin, pour cause de panne électrique totale dans la salle.
C’est donc frustré et le cœur gros que je continue d’écrire cette chronique commencée depuis le 22 septembre, date de sortie de "Deep Calleth Upon Deep", leur neuvième album.

Quand un des groupes qui a le plus d’importance dans votre vie sort un nouvel album c’est évidemment un véritable événement. Le nouvel opus tant attendu, lui qui est appelé à devenir votre compagnon pour des années, sera-t-il à la hauteur ?
Lorsque le chroniqueur avisé est aussi un die hard fan il peut devenir délicat d’avoir les idées claires et de tenir des propos un tant soit peu objectifs. Cela est d’autant plus délicat avec un groupe comme SATYRICON, avec lequel ses fans nouent une relation profonde et intime. Comment juger de la pertinence de mes écrits, en particulier dans le cadre d’une Sélection du site, label censé être un gage de qualité supérieure. Le fan aveuglé a-t-il pris le pas sur le critique exigeant ?

Lisez cette chronique, écoutez le disque et jugez par vous-même.

Sigur Wongraven, dit Satyr, s’est délivré de la nécessité pécuniaire de faire de la musique après la harassante tournée pour "The Age Of Nero". S’adonnant à son autre passion, il crée sa propre gamme de vin qui remporte un grand succès. Son retour à la musique se fait depuis uniquement par envie, en prenant le temps qu’il faut pour faire les choses bien. On est loin de ces groupes qui pondent un disque de façon automatique tous les deux ans, peu importe la qualité, prétexte à repartir en tournée car il faut bien manger. Les exemples abondent, l’illustration la plus récente étant PARADISE LOST et son "Medusa" qui m'a un peu médusé.

Avec SATYRICON on sait qu’on ne sera jamais déçu par la nouvelle cuvée à déguster. La maturation sera suffisante et on sait que la bête ira explorer de nouveaux territoires tout en gardant cette patte unique. Je leur fais confiance. La seule inconnue est la direction que prendra cette nouvelle mouture.
Bonne nouvelle, le premier extrait de l’album, l’éponyme "Deep Calleth Upon Deep", est totalement enthousiasmant.
Le son tout d’abord est réellement parfait, organique, râpeux et puissant. Un pas en arrière salvateur après un "Satyricon" manquant de pêche et de soufre à cause d’un excès de naturalisme dans la prod, sans pour autant revenir au mur de son anthracite et étouffant de "The Age Of Nero". La batterie du magnifique Frost sonne toujours merveilleusement bien, avec une patte seventies bien marquée qui se prête à son jeu plein de variétés.
La chanson en elle-même est une réussite. L’évidence de son refrain se plante dans votre cerveau dès la première écoute. Depuis combien de temps n’a-t-on pas été aussi vite et puissamment marqué par une chanson de Black Metal ? Voici tout le talent de Satyr, composer des hymnes sombres aussi addictifs que de la Pop. Mais le plus génial dans ce morceau est le couplet, martelé sur un riff minimaliste qui crépite dans les graves. Après le break audacieux, le thème reprend en gagnant en intensité grâce à l'apport du chant d'opéra qui confère une profondeur existentielle à cette "abîme qui appelle l’abîme".

Il ne faut pas préjuger d'un disque à partir d'un seul titre, fût-il très bon.
Voici l’album en ma possession. Le magnifique dessin de Edvard Munch intitulé "le baiser de la mort" qui orne la pochette fait de suite son effet, le noir et blanc distille sa pureté implacable. Je suis prêt.

"Midnight Serpent" ouvre ce nouveau chapitre avec véhémence, une entrée en matière agressive qui nous plonge en terrain connu avec une sorte de mix idéal entre "Volcano" et "Now, Diabolical", parfait pour rentrer dans le disque en toute confiance. Le refrain pesant avec les fameuses guitares dissonantes fait kiffer mais très vite le morceau nous emmène ailleurs et surprend avec des parties inédites avant de retomber parfaitement sur ces pieds.
Mais dès le second titre s’affirme ce qui sera la coloration de la cuvée 2017 : Rock Progressif des seventies. Un parfum étonnant qui se marie plutôt bien avec le style et le son SATYRICON.
Ainsi "Blood Cracks Open The Ground" enchaîne cassures rythmiques, mélodies déconstruites et breaks inattendus. Satyr nous balance le morceau le plus labyrinthique de sa carrière, et pourtant, malgré ses changements incessants, le titre sait garder sa cohérence et reste passionnant tout du long. S’ensuit alors idéalement le lent et obscur "To Your Brethren In The Dark", beau moment de lourdeur hypnotique porté par un motif en arpèges dissonants. Se rappelle alors à nous le bon souvenir de l’album précédent, notamment "Phoenix" s’il avait été recouvert d’une pesanteur solennelle et de la grisaille infinie d’un "Den Siste". La triste ritournelle sert de tremplin parfait pour le titre éponyme dont j’ai parlé plus haut. Avec cette place centrale il devient la clef de voûte de l’album et n’en ressort que plus parfait.
Et puisque tout paraîtrait fade ensuite c’est un titre encore plus surprenant qui lui succède : porté par une batterie Rock sixties simplissime à la ROLLING STONES "The Ghost Of Rome" fonce droit devant les cheveux aux vents sans remords. Un titre surprenant mais frais et qui passe finalement bien. L’on se dit alors qu’on a à faire à un sans-faute depuis le début mais c'est raté car on trébuche malheureusement sur "Dissonant".
Malgré de bons riffs je ne suis cette fois pas convaincu par le délire Prog seventies certainement à cause d’une perte de cohérence trop importante et de quelques passages qui dénotent trop comme cette intro dégingandée qui fait fortement penser à David BOWIE période "Low" ou "Lodger" (je dis ça alors que j’adore tout BOWIE) sans même parler de ce saxo Free Jazz qui vient ajouter sa couche de bizarrerie contre-productive.
Sans être mauvais ce titre a brisé chez moi l’élan du disque, la magie s’est rompue et il ne faut rien de moins que l’excellent "Black Wings And Withering Gloom" pour tenter de nous rattraper. Blast et trémolo épique, successions de purs riffs maison, motif entêtant du refrain (un des plus chouettes du disque), breaks et rebondissements bien foutus. Tout simplement un des meilleurs du groupe depuis des années.
On est alors dans de bonnes dispositions pour le dernier titre, ce "Burial Ground" qui alterne avec naturel un Heavy vintage et vindicatif martelé comme un BLACK SABBATH accéléré, et les aérations progressives du précédent disque. Comme sur le titre d’ouverture après un début bien établi le morceau offre une longue plage instrumentale en mutation perpétuellement où les bons riffs climatiques abondent, rappelant un peu "The Infinity Of Time And Space" qui concluait "Satyricon", mais avec plus de nerf et sans la profondeur existentielle et l’originalité atmosphérique de ce dernier. En somme une fin de disque de qualité qui vieillit bien en bouche. Mais non, je ne viens pas de faire un track-by-track, ce serait indécent. Disons plutôt que j'ai souhaité vous faire vivre mon écoute du disque de A à Z.

D’une manière globale, ce nouveau disque ressemble à une synthèse du SATYRICON post "Rebel Extravaganza", qui aurait reçu une bonne dose de Rock Prog seventies. La greffe prend plus ou moins bien mais si l’on juge l’album dans son ensemble après une écoute continue à l’ancienne (vous savez, celle où vous mettez le disque et vous l’écoutez jusqu’à la fin, je sais c’est peu ringard à l’époque des playlists Spotify) on a affaire à un opus cohérent mais diversifié qui enchaîne les titres à forte personnalité en sachant être surprenant et maintenir l’intérêt tout du long.
Il est vrai que j’ai longuement hésité à mettre le présent disque en Sélection. Je craignais d'être trop aveuglé par mon amour pour SATYRICON, de me laisser piéger par ma subjectivité et manquer de hauteur de vue. Car "Deep Calleth Upon Deep" n’est ni le meilleur album du groupe, ni une folie avant-gardiste qui révolutionne le game. Il n’est pas le retour au vieux Black médiéval que ceux qui n’ont jamais compris l’esprit du groupe attendent en vain depuis le tournant du millénaire. Ce n'est pas non plus l'état de santé de Satyr et la menace que ce disque puisse être son ultime offrande au monde qui joue dans la balance.
Non, le SATYRICON nouveau est simplement un grand disque de la part d’un grand artiste, qui nous prouve qu’on peut avoir 25 ans de carrière et ne rien lâcher. Un grand cru offrant une succession de morceaux haut de gamme servis par une production idéale, certainement la meilleure de l'année et qui doit servir de mètre-étalon pour toute la concurrence, une œuvre qui s'écoute remarquablement bien et qui se bonifie à chaque écoute, délivrant un niveau de plaisir qu'aucun autre mastodonte du Black norvégien n'est encore capable d'offrir.

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   PERE FRANSOUA

 
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- Satyr (vocaux, guitare lead)
- Frost (batterie)
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- Anders Odden (basse, guitare rythmique)
- Håkon Kornstad (chœurs sur 4-5, saxophone sur 6)
- Frode Carlsen (contrebasson)
- Jan Olav Martinsen (cor)
- Arild Stav (clarinette basse)
- Kjetil Bjerkestrand (mellotron, arrangements)
- Tom Ottar Andreassen (instruments à vent)
- Hans Josef Groh (violoncelle)
- Bjarne Magnus Jensen (violon)


1. Midnight Serpent
2. Blood Cracks Open The Ground
3. To Your Brethren In The Dark
4. Deep Calleth Upon Deep
5. The Ghost Of Rome
6. Dissonant
7. Black Wings And Withering Gloom
8. Burial Rite



             



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