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SUNN O))) - Flight Of The Behemoth (2002)
Par MOX le 9 Janvier 2010          Consultée 4846 fois

Les grands espaces, les couleurs apaisantes, le drone frais et ventilé, c’est pas pour eux. L’abstrait, l’abscons, les formes géométriques s’imbriquant les unes dans les autres (je cite une certaine S. Royal : « […] avec des traits, comme ça »), c’est pas pour eux non plus. SUNN veut donner du corps à sa musique ; il souhaite qu’elle soit associée à des idées, à une imagerie bien précise, qu’elle donne à l’esprit des pistes utiles à sa compréhension. Et chez SUNN en plus, ce sont des méchants. C’est pas du drone pour empâtés chroniques à l’électrocardiogramme en deux chiffres, c’est de la souffrance, du charbon noir, de l’ypérite.

Le folklore est alors tout trouvé, mélangeant légères références bibliques, gravures liturgiques et faible contraste des couleurs. Pas étonnant alors que tout ceci ait rameuté une belle populace de metalleux. Et c’est un soleil noir qu’on aperçoit au bout de "Flight Of The Behemoth", rappelant l’envol d’un groupe émancipé et gargouillant d’inspiration, posant non pas les bases d’une musique angoissante mais presque le faîte d’une carrière dans le drone qui insuffle la peur. Le vernissage de l’œuvre appartient au japonais fou (parfois, je me dis, est-ce que c’est vraiment nécessaire de rajouter fou ? Je crois qu’il n’y a pas un seul pauvre cas sur NiME où on parle d’un invité japonais venu jouer de la flûte ou réciter un poème de Mallarmé) Masami AKITA, l’esthète-infatigable du noise de MERZBOW, venu bien gentiment remixer deux-trois compos à sa sauce. En gros, on est prévenu.

Et pas déçu du voyage. Ayant laissé sur le bas-côté les envies de clarté sonore, de rendu distinct des myriades de sous-couches vrombissantes, de son décorticable à l’envi, SUNN O))) effectue le demi-tour complet. Atmosphère suffocante, cordes baveuses, notes volontairement noyées dans un air saturé en électricité, en résonance informe ; le drone de la cave. Bien joué les mecs, c’était déjà pas une mince affaire d’intéresser un public, maintenant c’est le chemin de croix. Mmh, hein ? Ils s’en foutent, tu dis ? Ah, ils m’entendent pas depuis leur cave ?

A cette occasion, "Flight Of The Behemoth" n’a pas la violence de "Double-Null Void", où la gravité dix fois supérieure à celle de la Terre écrasait jusqu’aux os. Ce plein les mirettes, noté alors sur l’album par « maximum volume yields maximum results » disparaît ici, remplacé par des jeux de mots ("0)))Bow", bravo les mecs encore une fois), des hommages méconnaissables à METALLICA ("F.W.T.B.T" -For Whom The Bell Tolls donc-, malicieusement annoté « I Dream of Lars Ulrich Being Thrown Through the Bus Window Instead of My Mystikal Master Kliff Burton », on ne saurait leur donner davantage raison), et une ambiance épouvantable. Des guitares qui crissent légèrement, de la saturation tournoyante, tout un son méchant et froid, le son du Metal qui hurle de misère, gratté par des mains en sang, en lambeaux. Chaque note est une telle peine, un tel calvaire, un behemoth qui s’envole ? Quelque chose d’improbable, qui soulève des tonnes de terre et de poussière, fait un boucan et un carnage du diable, pour s’aérer les aisselles ? Presque majestueux, ainsi que le dit la plus récente des traductions anglaises de la Bible : « Behold now, his strength in his loins and his power in the muscles of his belly ».

Mais enfin, il manque la couche de grâce suprême (j’aime en rajouter) sans qui nous ne nous réjouirions que d’un album plus original que leur premier. Non, là, c’est le travail du japonais f..acétieux qui achève de rendre l’objet terrifiant. Car, engoncé dans un vrombissement continu, c’est un piano salement désaccordé mixé dix fois plus en avant qui vient remettre les pendules à l’heure, le genre d’instrument inattendu, flippant au possible, joué en aléatoire. Lequel finit par être remplacé par des bruits, par des horreurs de grincements, les jumeaux "0)))Bow" étant comme déchiquetés, privés de leur empaillement en mousse de polystyrène. Il en reste un drone encore plus malade, cette fois-ci sursaturé, au bord de l’explosion et du retrait de casque. Une manifestation de gain spontané d’entropie.

Tout délire ramené à une échelle de valeur bienséante, "Flight Of The Behemoth" assomme. Un trop-plein d’angoisse qui se suit par un arrêt cardiaque dès qu’AKITA prend les commandes, tandis qu’au réveil, on appréhende correctement le point de vue génial que le groupe adopte. Un drone qui évolue, ici en pleine gloire de la découverte des possibilités, plus tard en chantre de l’avant-gardisme d’une musique déjà pas franchement orthodoxe. A bon entendeur…

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- Mystik Kliff (guitares, vocaux)
- Mk Ultra Blizzard (guitares)
- Bootsy Kronos (basse)
- Aspirin Feast (batterie)


1. Mocking Solemnity
2. Death Becomes You
3. 0)))bow 1
4. 0)))bow 2
5. F.w.t.b.t



             



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