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SUNN O))) - Pyroclasts (2019)
Par LYRR le 1er Janvier 2020          Consultée 824 fois

Quelques mois après un "Life Metal" qui, bien qu’un peu longuet sur la fin, était tout à fait convaincant, Anderson et O’Malley sortent la suite de leurs aventures en bourdonnerie. Au menu : du Drone, et rien que du Drone. Personne ne vient pousser la chansonnette par ici : "Pyroclasts" se veut sobre, aride, réduit à l’essentiel. Beaucoup plus court que son prédécesseur, ce disque se veut également moins ambitieux : le mot d’ordre est ici simplicité. Bien loin des expérimentations de "Monoliths & Dimensions", il préfère son petit Liré au mont Palatin, restant sur un terrain connu et maîtrisé de longue date plutôt que de tenter quelque chose de novateur.

"Pyroclasts" donne une impression de faiblesse face à "Life Metal" : l’on a l’impression que ce dernier a eu droit à toutes les attentions de ses géniteurs, mais que le premier a reçu les soins minimaux suffisants à garantir son existence. Les amplificateurs sont allumés ? Ok. Les pédales de distorsion aussi ? Check. Allons-y alors. Quelqu’un a une idée de riff ? Non ? Bon, alors on improvise vite fait un truc, ça fera l’affaire. Comment ça, c’est un peu léger pour faire un album complet ? Ils n’y verront que du feu, je te dis. D’ailleurs, on va appeler la galette "Pyroclasts", c’est thématique.

Plus sérieusement, l’on sent bien que cet album ne suit pas la même approche artistique que son prédécesseur. Il est en réalité le résultat d’improvisations qui ouvraient chaque jour d’enregistrement de "Life Metal" : une douzaine de minutes de jeu sur une pédale de Drone dans une tonalité unique. De ce cadre sont nés les quatre morceaux qui forment "Pyroclasts", sortes d’invitations à la méditation libres de tout carcan structurel. Vu comme cela, l’expérience proposée par le disque devient plus intéressante—du moins, sur le papier. L’on a donc affaire ici à une vision très différente d’un album de Drone, plus proche de la musique concrète que du Metal traditionnel.

Mais cette manière de faire est-elle véritablement adaptée à l’enregistrement d’un album studio ? N’est-elle pas plutôt faite pour le live, là où l’instant présent prend une importance toute particulière, au lieu de prétendre à une construction suffisamment solide pour constituer une œuvre à écouter chez soi ? La réponse est peu satisfaisante dans le cas de "Pyroclasts". Oui, ce disque a bien plus sa place dans une salle de concert que dans un salon ; il pourra pleinement y déployer son son et y exploiter sa nature expérimentale. Mais il ne faut pas non plus lui refuser le droit d’exister en version studio, car il dispose de certaines ressources propres à sa nature qui le rendent plus intéressant qu’un simple empilement d’impromptus bruts et crus.

En effet, une bonne manière de l’apprécier est de voir SUNN O))) non pas comme un simple groupe de Metal, mais comme un producteur d’expériences musicales. Ses disques sont autant des performances artistiques que des enregistrements, et leur esthétique ne devrait pas seulement être appréciée au travers du prisme du Metal comme genre avec ses règles prédéfinies. Car oui, si vous cherchez des riffs construits, des soli épiques et des rythmiques subtiles, c’est raté. Ici, il faut avant tout s’imprégner du son, de sa qualité, ses vibrations, ses couleurs : il faut s’y plonger, le laisser éveiller nos sens, écouter les notes se développer et envelopper nos oreilles. En l’absence de structure, il n’y a pas de logique de composition à laquelle se raccrocher : seul reste le Drone dans sa forme la plus pure.

Et là, l’album se révèle enfin, brut comme du roc, traversant quatre tonalités (do-sol-mi-la) avec un stoïcisme parfait. Au fur et à mesure, chaque titre révèle son caractère : froid et brumeux pour "Frost (C)", sombre et inquiétant pour "Kingdoms (G)"— qui est le meilleur titre, soit dit en passant — alors que "Ampliphædies (E)" écrase comme les rayons du soleil dans un désert et que "Ascension (A)" offre une atmosphère plus apaisée et lumineuse. Il y a là un matériau grossier de première qualité, prêt à être ciselé pour prendre des formes plus complexes.

Mais c’est là que "Pyroclasts" révèle ses limites : ces quatre pistes de Drone sont proposées crues, sans avoir été retravaillées pour en mettre en valeur leur potentiel. Les couleurs sont indubitablement belles ; belles, mais insuffisamment nuancées. Une fois de plus, il ne s’agit pas ici d’une performance live, mais d’un album studio : après plusieurs écoutes, l’on finit par perdre une partie des sensations par manque de développement de la substance proposée, alors que l’effet aurait été plus saisissant en concert. Ce disque est une expérience intéressante, et un bon exemple de ce à quoi ressemble le Drone sous sa forme la plus dénudée ; il lui faudrait cependant un peu plus de recherche pour égaler son prédécesseur. Par contre, si vous êtes amateur de méditation sur Drone (si, si, ça existe vraiment), "Pyroclasts" se révélera sûrement être un fidèle compagnon.

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   LYRR

 
  N/A



- Greg Anderson (guitare)
- Stephen O'malley (guitare, basse)


1. Frost (c)
2. Kingdoms (g)
3. Ampliphædies (e)
4. Ascension (a)



             



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