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SUNN O))) - Life Metal (2019)
Par LYRR le 23 Août 2019          Consultée 816 fois

"Metal de la vie". Un nom intéressant pour un album de Drone. Comme si SUNN O))) voulait proposer une alternative au culte de la mort présent chez nombre de ses consorts. Mais le Drone est-il vraiment le genre convenant le mieux pour concevoir un Life Metal ? D’aucuns diront que c’est plutôt l’opposé, étant donné la nature de cette musique, son absence de rythmes et de mélodies. Personnellement, je dirais justement que le Drone représente bien le Metal de la vie : ses sonorités sont riches, organiques ; elles germent, éclosent, se développent progressivement avec le temps, atteignent leur apogée, puis se fanent pour mieux renaître ensuite. Oui, le Drone comme Metal de la vie, cela peut avoir du sens. Bref, trêve de digression, revenons à nos moutons.

Ce disque sort quelques années après un "Kannon" peu convaincant de par son manque de profondeur artistique, et ce malgré une thématique prometteuse. Trop court, trop léger, il ne parvenait pas à atteindre le niveau d’aboutissement de son prédécesseur "Monoliths & Dimensions", qui avait permis au Drone de se développer au-delà du stade de simple empilement de vrombissements. "Life Metal" s’inscrit dans la continuité de "Kannon", avec des atmosphères souvent lumineuses et apaisées empreintes d’un mysticisme invitant à la méditation, mais aussi avec une approche assez puriste du Drone, prônant une dominance des guitares seules telle que l’on pouvait la trouver à l’époque de "Flight Of The Behemoth". L’on renoue également avec une durée d’album de plus d’une heure, soit le double de "Kannon", ce qui n’est pas un mal.

Au niveau du contenu, "Life Metal" propose, à l’instar de "Monoliths & Dimensions", quatre titres de longueurs variables aux structures éclectiques. L’on a donc droit à une certaine variété d’ambiances et de techniques de composition, contrairement à "Kannon", qui était—ironiquement—plus monolithique que son prédécesseur. Et il y a de très bonnes choses dans ces enchevêtrements de vibrations !

L’aventure commence avec "Between Sleipnir’s Breaths" qui, avec ses passages vocaux exécutés par la musicienne Hildur Guðnadóttir, s’inscrit tout droit dans la lignée des compositions « récentes » de SUNN O))), c’est-à-dire celles qui intègrent des éléments plus mélodieux en leur sein. Son côté litanie le rapproche de "Kannon", mais il fait également montre d’une tension impressionnante, très intense, lorsque les guitares prennent seules la parole. L’ambiance se pose avec majesté et puissance, ouvrant ainsi la porte au titre suivant ("Troubled Air") qui, lui, se fait plus contemplatif malgré son aspect massif. Les notes s’étirent, les aigus se font éthérés sur un fond de basses grondantes ; les sonorités inquiètent autant qu’elles apaisent, plongeant l’auditeur dans une mer d’étoiles scintillantes au milieu de la noirceur des abysses.

Ces deux premiers titres sont les plus courts du disque : leur écoute est agréable, jamais ennuyeuse grâce à leur équilibre entre longueur et substance. La suite de l’album met cependant cet équilibre en péril : les durées augmentent significativement, avec pour corollaire un besoin accru de matière sonore à proposer. C’est là que l’on perd de l’intérêt : à vouloir trop étaler la confiture sur la tranche de pain, la tartine se fait plus fade en bouche. C’est ce qui arrive sur "Aurora" : ce titre, basé sur un Drone épuré, réduit à l’essentiel, ne parvient pas à transporter l’auditeur autant que les deux précédents. Il lui manque une âme, un souffle de vie : même si son début est prometteur, il s’enlise peu à peu à défaut de parvenir à s’étirer hors de sa chrysalide. Les sonorités se répètent inlassablement, sans évolution marquée, ce qui ne peut que décevoir après un début d’album aussi réussi.

Vient finalement "Novæ". Les riffs joués derrière le mur de bourdonnements sont plus rapides que précédemment, avec des sons qui ne sont pas sans rappeler le "Earth 2: Special Low Frequency Version" d’EARTH, et les longs drones qui se posent dessus apportent une once de luminosité bienvenue. La particularité de ce titre est la présence de Hildur Guðnadóttir au violoncelle électrique : en sus des vrombissements de guitare habituels, elle vient ajouter sa propre touche expérimentale à l’œuvre grâce à sa palette à la fois douce et déroutante, ce qui ajoute en originalité. Malgré tous ces aspects positifs, l’on aurait sûrement apprécié y trouver plus de nuances, étant donné la longueur du morceau (vingt-cinq minutes tout de même) : les couleurs ne varient pas assez, alors que quelques disruptions auraient donné un peu plus de saveur à la chose. SUNN O))) n’en est pas à son coup d’essai : il peut se montrer plus innovant que cela et mieux utiliser les outils à sa disposition. Dommage !

En résumé, l’impression générale qui sort de cet album est bonne : sans être une révolution dans le genre, "Life Metal" offre une prestation de bien meilleure qualité que "Kannon", avec un contenu plus riche et varié. Cependant, les longueurs l’accablent et la lassitude se fait par instants ressentir, surtout quand la musique évolue peu ; il y avait pourtant encore du potentiel à exploiter, tant pis. L’on attendra tout de même avec impatience sa suite, annoncée pour cet automne !

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   LYRR

 
  N/A



- Stephen O'malley (basse, guitare)
- Greg Anderson (basse, guitare)


1. Between Sleipnir's Breaths
2. Troubled Air
3. Aurora
4. Novæ



             



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