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GOJIRA - Fortitude (2021)
Par ISAACRUDER le 3 Mai 2021          Consultée 6698 fois

"Je ne peux m’empêcher de voir l’humanité comme un parasite ; et pourtant les plus belles choses viennent des êtres humains". C’est au cœur de cette contradiction formulée par Joe Duplantier que reposent l’existence et l’âme de GOJIRA. Ce conflit interne travaille leur son et leurs thèmes depuis des années. C’est un groupe né dans le contact profond avec la nature des Landes, forgé dans les lectures spirituelles tibétaines et hindoues, pétri d’une culture écologiste ancestrale quasi panthéiste, et qui a toujours oscillé entre l’exploration la plus pessimiste de l’âme humaine et la poésie superbe d’une mystique intime. En résulte une discographie variée, mais dont le maître mot reste la quête. Quête de notre place sur Terre dans "Terra Incognita", quête du lien perdu avec la Nature dans "The Link", quête d’un cosmos régénérateur dans "From Mars To Sirius", quête de sens face à la mort dans "The Way Of All Flesh", quête rousseauiste dans "L’Enfant Sauvage", quête du deuil et de l’acceptation dans "Magma" et désormais quête de l’action et de la force dans "Fortitude". Lorsque la COVID a frappé, Joe avoue avoir d’abord accepté la fin de l’humanité comme un soulagement. Pourtant, "Fortitude" est traversé par la puissance et la maturité, l’espoir et le courage, la nécessité de se surpasser et la volonté de vivre.

Comment ne pas courber l’échine devant un groupe qui, cinq années auparavant, pleurait la perte de la mère des frères fondateurs, qui voit de son vivant le monde ravagé par les catastrophes naturelles, la pandémie, le désespoir d’une catégorie de la population, mais décide de sortir l’album le plus positif et donc nécessaire de son existence ? Qu’on ne s’y trompe pas, GOJIRA a toujours été engagé, et ceux qui verraient dans "Fortitude" trop de politique oublient le lien entre les Français et Sea Shepherd par exemple. On ne peut évacuer la dimension spirituelle et la conscience politique du groupe, et "Fortitude" s’appréhende d’autant plus en ce sens qu’il est le plus assumé. "Amazonia", avec son groove-hommage à SEPULTURA est un cri du cœur puissant et magistral, servi par des instruments traditionnels autochtones, un chant diphonique parfait, tandis que Joe se surpasse une nouvelle fois ("The greatest miracle/Is burning through the ground"). Le morceau sert de base à une action menée mondialement et qui porte déjà ses fruits (300 000$ récoltés au profit de "Brazil's Indigenous People Articulation" à l’heure où j’écris). Mentionnons également "The Chant", surprenante ballade aux chants harmonisés superbes, intégralement pensée avec le sort du peuple tibétain en tête (et dont le clip est une nouvelle fois magnifique). Enfin, un titre comme "Hold On", au groove Indus percutant et à l’imaginaire de navire perdu en mer, est littéralement destiné à nous faire sortir la tête de l’eau, nous enjoindre d’espérer malgré l’adversité. Oui, "Fortitude" est un appel à l’action, un cri de ralliement, mais aussi une main tendue, pleine de force et de volonté, tandis que chacun de nous pense s’enfoncer, déchiré physiquement et psychologiquement pendant que le monde semble se déliter autour de nous.

GOJIRA signe un album qui nous pousse à trouver en chacun de nous un moteur de changement. Ce dernier ne réside pas dans les structures du Léviathan, mais dans les gestes de tous les jours, les localités, les communautés, les régions. GOJIRA proudhonien ? Mais certainement, et pourquoi ne le serait-il pas ? Nous parlons d’un groupe dont l’imaginaire et la spiritualité tournent autour d’une sacralisation de la Nature, de la terre mais également des cultures spécifiques, des petites gens. Oui, GOJIRA a toujours été partagé entre antimodernité et exaltation de la puissance de l’Homme. "Fortitude" résout ce dilemme, en assumant les faiblesses humaines, en connaissant le Mal intrinsèque qui nous habite, mais en refusant de succomber au pessimisme, aux prophéties apocalyptiques et au désespoir ambiant. Cette force résonne dans tout l’album, qui se réconcilie régulièrement avec la force de frappe qui faisait leur identité pré-"Magma". Ainsi "Sphinx" rappelle-t-il le pas destructeur Godzillesque du riffing de "From Mars To Sirius". Le chant de Joe surprend par son retour à une esthétique Death Metal tandis que le riff du couplet parait sortir du meilleur de "Terra Incognita". "Fortitude" brille de cette union retrouvée entre la tradition et la modernité, là où "Magma" m’avait laissé sur le bord de la route par sa volonté trop franche de marquer un essai stylistique. Ici, GOJIRA embrasse son identité totale, la violence qui lui est nécessaire ("Grind" pourrait sortir tout droit de "The Way Of All Flesh") mais aussi la mystique qui le pénètre, en particulier lors d’un "Another World" absolument fantastique qui renoue avec l’imaginaire SF de "From Mars To Sirius" tout en embrassant les aspects les plus mélodiques et audacieux de "Magma".

Parlons-en d’audace et de mélodie, et assumons-le tout de suite : "Fortitude" n’est pas l’album le plus audacieux mais clairement l’album le plus mélodique de leur discographie. Le chant de Joe tout d’abord, toujours impeccable lorsqu’il s’agit d’allier l’épique au tragique ("Into The Storm" et son refrain taillé pour soulever un stade) se révèle bien plus assumé, mieux travaillé que sur "Magma". "The Trails", magnifique pause à la basse rêveuse, rappelle ainsi "From Mars" avec des années d’un travail rigoureux ; "The Chant", malgré sa répétitivité et son couplet trop proche d'un "The Shooting Star", montre une audace et une prouesse vocale certaines, tandis que le groupe décide de s’aventurer sur un terrain pratiquement Stoner Rock, avec d’ailleurs un solo qui est selon moi de trop. Et que dire de "New Found", incroyable titre au refrain pratiquement Heavy, terriblement épique, dont le final massif est par ailleurs un énième rappel à "The Way Of All Flesh". Dès l’entrée génialissime de "Born For One Thing", le ton était donné : de la mélodie, toujours plus de mélodie. Le refrain en témoigne, avec ses subtiles et hypnotiques guitares, sa basse vrombissante et son chant venu du tréfonds des âges. Un ensemble qui n’empêche pas GOJIRA de balancer l’un des breakdowns de l’année avec un riff final aux allures de GODZILLA vs. KING KONG.

Je fais partie de ceux qui avaient été déçus par la paresse de "L’Enfant Sauvage" et le caractère trop "rupture" de "Magma" (qui était cependant monstrueux en live, je l’admets). Pourtant, il n’y a qu’un seul groupe comme GOJIRA, rien ne le remplace dans mon cœur, il reste ce compagnon de route qui m’est cher et nécessaire. Ma Bible musicale, dans laquelle je puise régulièrement pour y trouver une spiritualité que je ne partage certes pas entièrement, mais qui vit et pénètre son œuvre comme rarement dans un groupe musical. Avec "Fortitude", je retrouve le fils prodigue, ce génie avec lequel je disserte, je contemple, je pleure, je rêve, et trouve la force. GOJIRA vient de sortir son meilleur album depuis "The Way Of All Flesh". Un monstre à son image, puissant, beau, mélancolique, rageur, impérial, mais dans lequel bat un cœur de guerrier, à l’image de cet artwork que l’on croirait extirpé d’une ruine aztèque. Quel profond respect j’ai pour ces êtres généreux, humbles, pleins de compassion et de vie, qui se refusent à la noirceur et au gouffre dans lequel nombre d’entre nous se jettent, parfois malgré eux. J’espère, mes frères et sœurs, que vous trouverez comme moi dans "Fortitude" un fragment de cet élan vital que GOJIRA nous transmet dans sa passion et son amour.

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- Joseph Duplantier (chant et guitare)
- Mario Duplantier (batterie)
- Jean-michel Labadie (basse)
- Christian Andreu (guitare)


1. Born For One Thing
2. Amazonia
3. Another World
4. Hold On
5. New Found
6. Fortitude
7. The Chant
8. Sphinx
9. Into The Storm
10. The Trails
11. Grind



             



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