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FILM - Bohemian Rhapsody (2018)
Par DARK BEAGLE le 7 Novembre 2018          Consultée 301 fois

Souvent, en tant que fans, nous devenons sur-protecteurs concernant certains groupes. Ceux que nous chérissons plus que tout, ceux qui nous suivront jusqu’à la tombe sans que l’amour que nous leur portons ne s’amenuise. Cet amour, parfois complètement aveugle, nous pousse à des extrémités dont nous pourrions avoir honte en d’autres circonstances et surtout concernant une autre formation, plus lambda. Cela va au-delà de la mauvaise foi pure et simple, cela fait de nous des nazis. Le terme est très fort, volontairement exagéré, mais il convient parfaitement pour décrire ce fanatisme qui peut nous atteindre et nous rendre aveugle dans la foi que nous portons au sacro-saint groupe.

Pour ma part, il s’agit de QUEEN. J’adore ce groupe, je lui voue un amour fou, démesuré, à l’image de celui qu’était Freddie Mercury. Vers douze ans, chaque album était le meilleur du monde, sauf "Hot Space" parce qu’il ne faut pas déconner quand même. Depuis, j’ai appris à être sévère avec le groupe même si c’est un crève-coeur de mettre moins de quatre à certains albums. Ce qui me plaît dans la musique des Anglais ? Une exubérance forcément séduisante pour un gamin introverti – ainsi que pour l’adulte qui l’est encore avant que la glace ne soit brisée – ainsi qu’une qualité d’écriture que l’on retrouve sur presque tous les albums, de la créativité, une absence de clivage vraiment défini. Bref, ce n’est pas que Rock, c’est aussi de la Pop, du Hard, parfois du Blues, de la Funk et même exceptionnellement, de l’Opéra.

Aussi, le film "Bohemian Rhapsody" cristallisait de nombreuses craintes. Quels acteurs pour jouer nos quatre héros ? Est-ce que ça allait être putassier ? Fidèle ? Soigné ? Merdique ? Aussi, au moment d’aller le voir, j’ai laissé mes attributs SS à la maison. J’ai laissé mon côté fan loin de là, pour me protéger certainement. Plongé dans la salle obscure, je me suis juste concentré sur l’écran, même si toutes ces précautions ne m’ont pas empêché de bondir de mon siège (métaphoriquement parlant) à quelques occasions. La lumière s’éteint et le jingle de la 20th Century Fox résonne sauf que le thème a été réinterprété par Brian May, sur sa fidèle guitare.

Savoir que Bryan Singer soit derrière le projet n’est pas le plus encourageant, il faut dire. "Superman Returns", sur un CV, ça fait quand même tache. Mais il faut savoir que le film, dont on parlait depuis 2010 suite à des révélations de Brain May sur la BBC, avait des allures de Bérézina. Sacha Baron Cohen était pressenti pour tenir le rôle de Freddie Mercury, dans l’enthousiasme général, mais les musiciens avaient vite déchanté quand ils comprirent que l’acteur voulait avant tout se centrer sur les frasques gay du chanteur. Un second projet est alors initié avec Dexter Flechter ("Arnaques, Crimes Et Botanique") à la réalisation, mais là encore rien ne se concrétise. L’arrivée de la Fox dans les tractations va débloquer la situation et permettre à Bryan Singer de diriger le projet… Jusqu’à son éviction et son remplacement par Dexter Flechter.

Et voilà le résultat : "Bohemian Rhapsody", biopic de QUEEN, ou plutôt de Freddie Mercury, son chanteur. Parce que forcément, c’est lui qui attire les regards, sur qui se focalise toute l’attention, à cause de sa vie, ses frasques et sa mort. Alors attention au spoiler, mais son agonie nous sera épargnée, ce qui a toujours été la volonté de Brian May et de Roger Taylor et ce depuis 2010 et les balbutiements du projet avec Sacha Baron Cohen. Les musiciens voulaient un film tout public, qui ne se concentre pas sur les aspects les plus durs, les plus macabres de l’histoire du groupe. Un grand merci à eux pour cela, le film brasse assez d’émotions comme cela, en rajouter aurait vraiment été très pénible.

Mais par où commencer ? Vaste question, vu que le film dure la bagatelle de 2h15 et qu’il est dense, très dense. Alors pourquoi ne pas évoquer le choix des acteurs ? Il est assez impressionnant. Rami Malek (Mr Robot) ne ressemble pas tout à fait à Freddie Mercury même si selon certains angles et certaines prises de vues il fait parfaitement illusion. Mais quand il s’agit pour lui de reprendre la gestuelle du chanteur, on le sent investi, et sa prestation est impeccable. Nous en reparlerons plus tard. Gwilym Lee nous campe un Brian May plus vrai que nature, au point où ça en est parfois troublant, Joseph Mazzello nous offre une version un peu plus joufflue de John Deacon tandis que Ben Hardy joue un Roger Taylor bluffant. Quant à Lucy Boynton, elle incarne parfaitement Mary Austin, la plus fidèle amie de Freddie Mercury.

Dans un premier temps, le film va surtout s’attarder sur les premières années du groupe, avec leurs galères, quelques faits accélérés dans leur déroulement (les débuts de la liaison entre Freddie et Mary), des anecdotes complètement vraies arrangées pour apporter un côté comique à l’ensemble (le pied de micro récalcitrant, etc.). Parce que le film ne manque pas d’humour, aussi bien dans les relations entre les musiciens, certaines petites phrases, un patron d’EMI Records qui ressemble à une espèce de vieil indic de Miami complètement névrosé… Brian May et Roger Taylor étaient derrière le film pour l’aspect musical, mais ils ne se sont pas fait prier pour lâcher quelques anecdotes. Mais malgré leur présence, il y a quand même de sacrées conneries de faites qui peuvent hérisser les fans hardcore d’un point de vue musical. Les autres s’en foutront peut-être, mais le nazi, dans la salle, il est revenu en courant et en gueulant qu’il fallait rouvrir les camps.

Parce que tel qu’il est construit, le film nous place la chanson "Fat Bottomed Girls" comme un incontournable sur scène lors de la tournée américaine de 1974. Seulement ce titre est sorti en 1978, sur l’album "Jazz" et donc n’avait rien à faire là, quand "Now I’m Here" aurait été nettement plus indiqué (ce titre a d’ailleurs connu un beau succès aux USA). Autre point litigieux, "We Will Rock You" présenté comme datant de 1980 si l’on se fie à la chronologie du film alors que ce morceau, c’est 1977, l’année du Punk (complètement occulté dans le film et c’est bien dommage). Bon, d’accord, cela s’appelle ergoter, mais l’erreur, les erreurs sont là et pour un biopic qui se veut fait en collaboration avec la participation des musiciens, c’est un brin gênant quand même. Je pense que Jeff vous en a aussi parlé, cette kro-x pas si x que ça a été écrite sans que j’ai consulté la principale. À chaud on dira.

Bien sûr, quand on s’est arrêté aux divers best-of sans pousser plus en avant sa découverte du groupe, quand on ne s’attarde pas dans les notes des livrets, les dates, etc, tout cela, au final, c’est du détail. Il n’y a bien que nous autres, nazis dans notre autarcie qui nous lie au groupe, qui sommes réellement gênés. Vu l’absence de réactions dans la salle, c’est passé comme une lettre à la poste (bon, cette expression, dans quelques années, ça sera du pipi de chat…). Surtout que les faits concernant la vie de Freddie Mercury sont sujets au même débat, mais là encore, si nous ne sommes pas entièrement fanatiques, il est difficile de ne pas accepter que cette chronologie soit la bonne (ce qui n’est absolument pas le cas). Alors au final, cela ne sert pas à grand-chose de s’énerver sur ces incohérences, sur ces détails, finalement. Il y avait beaucoup de choses à dire et il était difficile de ne pas évoquer Freddie Mercury et le Sida, quitte à brûler quelques étapes, le film étant prévu pour s’arrêter à la prestation légendaire de QUEEN au Live Aid en 1985. Et finalement, si la relation entre Freddie et l’actrice allemande Barbara Valentin n’est pas évoquée, est-ce vraiment grave ?

Avant de revenir sur des choses plus « privées », il est bon de parler également de la musique. La BO est à ce titre super entraînante. Normal me diriez-vous, c’est du QUEEN. Et QUEEN, c’est la vie (et si vous dites le contraire, je pense vous trouver des places dans des camps de vacances longue durée). Bien sûr, nous avons droit à de nombreux classiques, comme "Another One Bites The Dust", "Bohemian Rhapsody" (bien sûr !) ou encore "Under Pressure", mais également des choses plus confidentielles, comme la version SMILE (le groupe avant QUEEN) de "Doing All Right", ou encore "Keep Yourself Alive". Mais ce qui est plaisant, avec ce film, c’est que l’on assiste également au processus créatif de certains de ces morceaux, voire des albums, comme bien entendu "A Night At The Opera". Et se retrouver dans le studio pendant l’enregistrement de "Bohemian Rhapsody" a quelque chose d’excitant, avec le degré d’exigence de chacun. Nous sourions facilement devant la discussion autour de "I’m In Love With My Car" (qui ne s’est peut-être pas déroulée exactement de cette façon, mais cette chanson a toujours été sujet à caution chez certains membres du groupe) et nous suivons avec intérêt le débat quant au choix du single dans les bureaux d’EMI.

Et c’est là l’un des grands points forts de ce film, indéniablement : cet intérêt pour la création de la musique de QUEEN, qui aura été le moteur de ces quatre individualités qui n’en formaient qu’une seule sous le sceau de Sa Majesté. Ne se centrer que sur les frasques de Mercury aurait été de ce point de vue dommage, car cela aurait passé sous silence ce qui faisait l’essence de ce groupe. On nous présente également un fait important, le désamour de la presse envers QUEEN, que l’on peut approfondir avec le titre "Scandal" sur "The Miracle". Mais bien sûr, tout ne pouvait pas tourner qu’autour de cela et la personnalité dominante, celle qui forcément attire l’œil de la caméra, c’est celle de Freddie Mercury. Et heureusement que cela ne s’attarde pas sur le sensationnalisme.

En effet, le film tend à montrer la personnalité de l’homme, à travers ses qualités et ses défauts. Ou plutôt, à travers le spectre du Dr Jeckyll et de Mr Hyde. La personnalité de Freddie Mercury est extravagante, arrogante, parfois superficielle. Elle a besoin d’être entourée, d’être aimée, voire adulée. Mais pourtant, derrière ce monstre d’égoïsme, il y a toujours Farrokh Bulsara, l’homme timide et réservé, pas toujours très sûr de lui et terriblement attachant. Et là le film remplit très bien son office en nous montrant un homme qui joue les grandes folles, les excentriques, les connards malpolis, le melon gonflé à outrance, qui se permet tout ce qu’il veut parce qu’il est Freddie Mercury et qu’il a donc tous les droits et qui redevient un être civilisé et gentil dès que l’on ose lui répondre. Bien sûr, là encore, il doit y avoir de l’exagération, même si Mercury était bel et bien un personnage haut en couleurs, mais qui était avant tout une coquille pour protéger celui qui était Farrokh Bulsara. Et cela nous permet également de comprendre le rôle nocif qu’avait Paul Prenter au sein de l’entourage de QUEEN. Même si, encore une fois, tout ne se déroule pas exactement comme cela. Saluons encore l'interprétation de Rami Malek, presque viscérale par moments.

Et le film se termine donc sur le Live Aid, où le film prend le parti de recréer la prestation de QUEEN lors du festival, où le groupe avait tout explosé. Et là, difficile de ne pas saluer la prestation des acteurs qui se donnent à fond, et qui donnent l’illusion d’avoir fait ce genre de performance toute leur vie. Bon, ils ne jouent pas, ils ne chantent pas, le playback est totalement assumé, mais tout est très bien coordonné et nous offre l’opportunité de revivre l’événement. Presque comme si nous y étions. La séquence de générique nous prend à la gorge avec l’enchaînement "Don’t Stop Me Now" et "The Show Must Go On", une association qui est finalement assez sinistre.

Inutile d’en dire plus. Ce film est vraiment bien. Bien sûr, il a eu de sales critiques outre-manche (le Live Aid n’a pas plu à tout le monde), et surtout, surtout, il ne s’attarde pas sur l’agonie du chanteur. Heureusement, ajouterai-je, parce que ça, ce n’aurait pas été vivable pour le fan, comme pour le néophyte. Voir la déchéance d’un homme n’a rien de plaisant et surtout pas de cette manière là. Merci donc pour cette délicatesse. Le fan s’est plaint. Le fan n’était pas toujours content. Mais le fan, c’est un nazi. Et le film n’a pas la prétention d’être pointu au point de satisfaire les fans les plus chevronnés, mais juste celui de présenter au monde l’un des plus grands groupes de Rock qui ait jamais foulé les planches. Le fan, s’il n’aura pas l’exactitude des faits se consolera avec une émotion de tous les instants, capable de conduire du rire aux larmes… Un très beau film.

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