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ROCK PROGRESSIF  |  DVD

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FILM - The Wall (1982)
Par CHAPOUK le 30 Janvier 2017          Consultée 1798 fois

Je préviens d'avance, la chronique risque d'être un peu décousue, je pars tellement dans tous les sens et j'ai tellement de trucs à dire sur ce monument qu'il faudrait que j'écrive un bouquin dessus pour être pleinement satisfaite (et encore…).

Pour ceux qui n'auraient pas entendu parler de ce film auparavant voici un petit préambule :
C'est un film d'Alan Parker sorti en 1982 qui accompagne visuellement le double concept-album "The Wall" des PINK FLOYD. La particularité de ce film est due en grande partie à son alternance entre séquences filmées, sans dialogue, et plans animés (dont les dessins sont réalisés par le talentueux Gerald Scarfe) qui illustrent les paroles des chansons de nos amis les Flamants Roses.
Mais elle est aussi due à un montage plutôt décalé : l'histoire ne se déroule pas chronologiquement (comme dans la majorité des films), mais suit plutôt le cheminement des pensées de Pink (le héros joué par Bob Geldof) qui se repasse mentalement les différents évènements marquants / traumatisants de sa vie et essaye de se dépêtrer comme il peut avec les troubles mentaux (dépression, anhédonie, schizophrénie, paranoïa… tout un programme) qui l'enferment peu à peu à l'intérieur de lui-même et le torturent. Jusqu'à ce qu'il finisse par s'auto-expulser de son univers.

Oui j'ai spoilé la fin… Vilaine Chapouk !

Mais vous pouvez franchement regarder "The Wall" en connaissant la fin, car ça ne gâchera absolument pas l'expérience. Il y a tellement d'interprétations possibles pour toutes les scènes du film que vous pourrez établir différentes théories pour chaque évènement de l'histoire de Pink.
Ah oui ! Et je tiens à préciser que tout ce qui va suivre en-dessous est totalement subjectif, vous pouvez avoir une interprétation tout à fait différente de la mienne et si c'est le cas tant mieux, n'hésitez pas à la partager dans les commentaires je serai curieuse de connaître la vôtre !!

Le film commence avec une sorte de présentation du personnage, de sa vie de famille et son enfance. Les premières scènes du film nous montrent le père de Pink s'apprêtant à partir au front sur fond de "In The Flesh". On assiste aux combats sanglants menés durant la 2nde Guerre Mondiale (au vu des avions) et le titre se termine sur la mort violente du père de Pink qui coïncide avec le bruit de bombardement du titre. C'est aussi le début des emmerdes pour Pink qui n'est à l'époque qu'un bébé, mais qui va bien vite comprendre en grandissant qu'il est différent des autres. La preuve avec la scène du parc où certains enfants jouent avec leur père en permission tandis que Pink se retrouve seul à essayer de se balancer sur une balançoire, sur fond de "Another Brick In The Wall Part 1". La messe est dite, la première brique du mur du Pink est posée : c'est l'absence du père la base de tout.

Plus il grandit plus ses sentiments se complexifient et plus il se sent incompris : son père lui manque affreusement, ("When The Tigers Broke Free 2" titre non présent sur l'album), sa mère surprotectrice le castre, métaphoriquement parlant bien sûr, de jour en jour ("Mother"). Sans oublier l'école qui apporte son lot de persécutions : les profs sadiques qui se vengent sur les gosses des humiliations quotidiennes qu'ils subissent eux-mêmes, les autres enfants qui se moquent des poèmes de Pink, encouragés par l'enseignant. Tout ça sur fond du mythique "Another Brick In The Wall Part 2".
La deuxième grosse pierre angulaire du Mur est à son tour posée : Pink a beau être encore jeune il comprend que la vie est beaucoup trop cruelle et violente pour lui et préfère se réfugier dans son imaginaire quand cela devient trop difficile (en témoigne la scène où les écoliers se révoltent, détruisent l'école et partent jeter leur prof dans un feu).
Et même avec les femmes c'est pas la joie… Pink se marie, mais il est tellement occupé derrière son Mur avec sa créativité, la drogue et ses tournées qu'il délaisse beaucoup trop son épouse. Et cette dernière finit par se consoler dans les bras d'un amant.

D'ailleurs Pink l'apprend de façon complètement brutale, en téléphonant à sa douce un soir de déprime… Sauf qu'au lieu d'entendre la voix de sa nana c'est celle de l'amant qu'il entend. Il percute et s'effondre au sens propre comme au figuré. S'en suit alors une profonde réflexion sur la meilleure façon de s'anesthésier dans un moment pareil, très bien illustrée par le titre "What Shall We Do Now?" (qui, sur l'album, est raccourci et fusionné avec le très dark "Empty Spaces"). La drogue, les guitares, le sexe, le Rock'N'Roll, les sensations fortes tout ça ce ne sont que des briques qui viennent compléter le mur de Pink et lorsque la groupie de trop vient se présenter à lui : il pète un plomb et saccage sa chambre d’hôtel ("One Of My Turns"). S'en suit alors, sur fond de l'insupportable "Don't Leave Me Now" (très dissonant et dont le chant est faux la plupart du temps), une profonde réflexion sur sa relation avec sa femme et de façon plus large, sur ses relations avec les femmes en général qui s'avèrent catastrophiques. On retrouve encore cette sorte de plante carnivore qu'on avait croisé sur "What Shall We Do Now?" qui vient persécuter Pink.
La métaphore est juste évidente : pour le jeune homme la Femme est une sorte d'hybride entre une mante religieuse (qui bouffe le mâle après l'accouplement) et une plante carnivore : elle use de ses charmes pour attirer les pauvres hommes qui ne peuvent résister et une fois qu'elle a eu ce qu'elle voulait elle s'en débarrasse sans sourciller.

Et voilà, c'en est trop pour Pink, qui fait le bilan de toutes les injustices et souffrances de sa vie et qui s'enferme complètement derrière son Mur pour ne plus rien ressentir du tout ("Another Brick In The Wall Part 3"). S'en suivent plusieurs scènes qui cherchent à nous faire comprendre que Pink est d'abord effrayé de se retrouver seul derrière son mur ("Is There Anybody Out There?") puis il compare sa situation actuelle avec son passé et semble finalement se plaire pas trop mal dans sa folie. En témoignent la scène flippante où Pink enfant se voit lui-même adulte dans un hôpital psychiatrique, prostré avec un rictus effrayant et se fait lui-même fuir (jolie métaphore où il renie son enfant intérieur et ce qu'il est vraiment), la scène où il compose une drôle de déco' avec les débris issus du saccage de la chambre, sa séance de rasage qui se transforme en une sorte d'épuration symbolique lorsqu'il se rase également le torse, les cheveux et les sourcils, ainsi que le célèbre titre "Comfortably Numb".

Je sais que la kro est déjà longue mais putain ce titre mérite largement quelques phrases pour lui tout seul. Pink qui semble faire une sorte d'overdose d'héroïne (enfin je suppose puisqu'il dit qu'il ne souffre pas et qu'il est confortablement engourdi) est tiré de sa douce torpeur par son manager et des médecins qui le ramènent brutalement (il suffit d'écouter ce grand cri de douleur suivant la phrase "just a little pinprick") à la réalité pour qu'il puisse monter sur scène. Écoutez-moi ce superbe solo final qui nous fait ressentir dans les moindres détails ce que Pink vit… Pfouah ! Comment rester insensible à ça ? Qui n'a jamais été (sans parler de se droguer) "confortablement engourdi" et ramené à la réalité contre son gré ? Qui n'a jamais voulu que tout s'arrête après avoir beaucoup souffert ?
Pour moi ce morceau est un très bon résumé du film à lui tout seul et un de ces rares titres universels qui peuvent parler à tous.

Après cet évènement Pink se transforme en une sorte de dictateur qui harangue les foules tellement en manque de sens dans leur vies qu'elles se mobilisent autour des discours extrémistes de Pink et l'acclament. Cette scène est d'ailleurs relativement dérangeante : le discours violent et fédérateur de Pink, l'imagerie avec les marteaux croisés (symbole de la dualité de l'Homme : un côté construit l'autre détruit) et les couleurs rouge, noir et blanc utilisées à outrance, les mi-skins-mi-gardes, les saluts de la foule ainsi que la stigmatisation de certaines personnes du public… tout ça rappelle les discours d'Adolf Hitler, l'imagerie nazie, les gardes SS et est à mettre en parallèle avec l'extrême sévérité de Pink envers lui-même qui ne s'autorise aucun débordement. La preuve, comme dans l'Histoire on se débarrasse de certains individus jugés "hors du moule" et "bons à rien" ("Waiting For The Worms") : "There's one in the spotlight, he don't look right to me", "That one looks Jewish !", "There's one smoking a joint"… (ahah celle-là je pense que c'est un joli clin d'œil pour le spectateur).
Cette volonté de perfection prend des proportions juste horribles avec des scènes de violence gratuite, de viol, de pendaison menées par les sbires du dictateur Pink ("Run Like Hell"). Ce dernier commence à se foutre lui-même les jetons à vouloir tout contrôler comme ça, une part de sa personnalité semble prendre le dessus sur le reste et mener un règne tyrannique dans son cerveau. Pink s'en rend compte, a peur et dit "Stop" à tout ça. Il vient de ressentir quelque chose et pour cet acte trop humain pour pouvoir être accepté dans le régime qu'il a lui-même créé derrière son Mur il sera jugé dans le morceau "The Trial".

Durant cette grossière mascarade qui ressemble à un procès ; son passé est passé en revue par un juge et des témoins (son prof, sa mère et sa femme) qui viennent un par un lui rappeler ses échecs et le rabaisser plus bas que terre (image de la poupée de chiffon qui dit s'être fait arracher les couilles). Jusqu'à ce que le juge, qui est symbolisé à la fin par une grosse paire de couilles (oui c'est important de le noter car jusqu'à maintenant c'était plutôt des vagins symbolisés par les femmes-plantes qui étaient représentés et avaient un rôle important à jouer chez Pink), ordonne que Pink soit exposé à ses pairs et qu'on abatte le mur.
Pink est finalement auto-expulsé de sa propre folie et le film se termine sur l'image de jeunes enfants qui symbolisent le renouveau et l'espoir en train de débarrasser une rue de ses débris (briques, cocktails molotov).

Voilà et je me suis pas attardée sur les critiques en parallèle de l'histoire du héros qui viennent taper sur les doigts de l'éducation (machine à broyer les personnalités qui ne sert qu'à fournir de la matière première docile à une société qui ne donnera pas de sens à la vie des individus qui la composent) ou de la société en général qui est violente et qui ne récolte que ce qu'elle sème (scène d'émeutes et flics qui tabassent des jeunes).

Ce film est un monstre d'intelligence et de sensibilité qui s'inspire énormément de la vie de Roger Waters pour nous narrer l'histoire de Pink mais où se cachent aussi des messages plus ou moins subliminaux destinés à faire réfléchir le spectateur.
Je l'ai vu plus d'une vingtaine de fois mais je ne m'en lasse jamais ! Même s'il peut sembler incohérent ou incompréhensible à la première approche il ne faut pas hésiter à le ré-aborder sous un autre angle pour en saisir toutes les subtilités.
Un chef d'œuvre.

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   CHAPOUK

 
  N/A



- Bob Geldof (interprétation pink, chant)
- Roger Waters (basse, chant)
- David Gilmour (guitare, chant)
- Nick Mason (batterie)
- Richard Wright (clavier)
- Michael Karmen (compositions, arrangements)


1. When The Tigers Broke Free 1
2. In The Flesh ?
3. The Thin Ice
4. Another Brick In The Wall Part.1
5. When The Tigers Broke Free 2
6. The Happiest Days Of Our Lives
7. Another Brick In The Wall Part.2
8. Mother
9. What Shall We Do Now ?
10. Empty Spaces
11. Young Lust
12. One Of My Turns
13. Don't Leave Me Now
14. Another Brick In The Wall Part.3
15. Goodbye Cruel World
16. Is There Anybody Out There ?
17. Nobody Home
18. Vera
19. Bring The Boys Back Home
20. Comfortably Numb
21. In The Flesh
22. Run Like Hell
23. Waiting For The Worms
24. Stop
25. The Trial
26. Outside The Wall



             



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