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BLACK METAL  |  DVD

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FILM - Metalhead (2013)
Par CITIZEN le 14 Décembre 2015          Consultée 3506 fois

Hera est une gamine joyeuse et normale. Elle joue au ballon avec son chien dans la ferme familiale, c’est l’été, il fait chaud : pour Hera c’est le bonheur. Las ! Toute bonne chose ayant une fin, son frère est tué dans un accident de moissonneuse-batteuse. Ce grand frère étant un… metalhead, Hera grandit en adoptant la personnalité du mort. La jeune femme est dorénavant une hardos livrée avec la poêlée des maux qui vont avec et qui vont sans nul doute rappeler des trucs à certains spectateurs (par ordre de gravité croissant : porter un t-shirt MOTÖRHEAD, bosser dans un abattoir, sombrer dans l’alcoolisme) ; aux aléas de nouvelles circonstances, sa manière de gérer son deuil va fluctuer jusqu’à [SPOILER SPOILER SPOILER] ce que le film s’achève dans une note d’optimisme (bon en fait en matière de twist c’est pas encore trop grave).

Woah, c’est un drame centré sur un fan de Heavy Metal ? Réalisé par un fan de metal qui plus est, voilà qui promet au moins un truc moins énervant que "Pop Redemption" et qui rendra une image plus juste et objective des traits de caractère des hardos (parce que malgré le sérieux du propos, ne nous leurrons pas sur le fait que la plupart des spectateurs dans le coup seront plus attentifs aux clichés qu’à la progression du scénario, au demeurant honnête). Et on tombe immédiatement dans un problème : même si l’histoire racontée fait appel à une expérience universelle, est-ce un choix judicieux de l’incarner dans un personnage qu’on a tendance à renvoyer automatiquement à ce genre de caractère ? L’universalité du ressenti est renvoyé à une façon particulière de l’extérioriser : est-ce que c’est juste une façon de faire porter un rôle sérieux et de donner une certaine profondeur à un personnage rendu visible essentiellement au travers de son look ? Au-delà de la particularité de l’histoire du personnage, est-ce que le film ne se base pas malgré lui sur le présupposé qu’il faut souffrir d’un traumatisme pour vivre ce genre de musique avec un certain degré d’investissement et de passion ? Sans s’attarder sur l’inanité de cette idée, est-ce que "Metalhead" parvient à se dépêtrer de ces clichés et à raconter une histoire convaincante en développant de manière satisfaisante son personnage, puisque c’est bien de ça qu’il s’agit : une bonne histoire peut être racontée et résonner avec l’expérience de tout un chacun que son protagoniste porte un Tshirt de BOB MARLEY, JOY DIVISION ou BURZUM.

Quoi qu’on en dise, le personnage d’Hera est plus le fruit de son ère qu’autre chose. Si une vingtaine d’années auparavant le personnage du hardos dans un "Detroit Rock City" ou dans un "Airheads" est soit jeune dont le look constitue la principale originalité et qui est à part ça capable de fonctionner plus ou moins normalement, soit Steve Buscemi. Maintenant, ce personnage est immature et avant tout prisonnier de sa condition, son salut repose dans une distanciation volontaire et symbolique de ses atours tribaux (c’est ce qui arrive à la fin de "Metalhead" comme à la fin de "Pop Redemption", ce qui est d’autant plus significatif que ces deux films appartiennent à des genres complètement différents).

On comprend que l’idée de faire un film à propos d’un métalleux et de raconter une histoire pour que attribuer un sens à son identité, au-delà du simple fait de larguer un fan de Metal dans une situation donnée sans chercher à expliquer d’une façon ou d’une autre son obédience musicale, est en elle-même un piège puisqu’elle revient à proclamer que ce personnage n’est intéressant que dans l’exploration de son vécu et ne peut donc donner lieu qu’à des développements prévisibles. C’est d’autant plus vrai que le scénario de "Metalhead" n’était pas parti pour être nécessairement ce qu’il est devenu : le réalisateur est parti de l’idée d’une hardos en corpsepaint entourée de vaches. Et voilà la façon la plus probable dont elle y arrivée : le cours normal d’une vie sans accidents n’est pas une option pour raconter une série d’événements intéressants (oui effectivement elle aurait pu simplement faire une rando avec ses potos mais alors c’était pas forcément de quoi faire un film).

"Metalhead" est parfois un peu maladroit, ainsi on n’a aucune idée que le film se déroule en Islande sauf si on le devine par l’idiome extraterrestre des personnages ou qu’on le puise dans sa culture perso (je pensais que le film était quelque part ailleurs en Scandinavie), hors ce n’est pas sans importance puisque ce cadre contribue à l’isolement d’Hera bien davantage que tout autre environnement, pas trop d’informations non plus sur l’âge des personnages (Hera en a 25, elle pourrait en avoir dix de moins, ce qui change sensiblement l’appréhension de l’histoire). De même on a aucune idée de l’époque où le film est situé, ce qui n’est pas sans importance puisque vers la fin du film on a droit à des reportages sur les incendies d’églises ainsi qu’à l’intervention d’un personnage qui n’est censé être autre qu’Euronymous lui-même (l’occasion d’ailleurs d’une des nombreuses tranches de rire du film lorsque le type s’exclame éberlué ("putain mais t’es une meuf ? ") que la démo qu’Hera lui a envoyé est la musique la plus sauvage qu’il ait jamais entendue. De même, cette toute première rencontre d’Hera avec ses fréro ov steel fait extrêmement forcé (pourquoi ses comparses lui payent une visite surprise en bravant les flots sans avoir eu de contact même épistolaire auparavant ? Une faille de scénario qui me fait gamberger presque autant que quand j’essaye de comprendre pourquoi Frodo a pas demandé aux aigles d’emmener l’anneau au mordor, si c’est pour avoir des potes aviaires crevards autant prendre un hibou). A propos d’aspects moins mesquins, on regrette l’absence de développement des personnages avant l’élément perturbateur, un vide qui conduit la fillette à réduire son frère à son seul look et évite au réalisateur d’avoir à montrer un glissement subtil d’Hera dans la personnalité de son frère mais permet une rupture immédiate grâce à laquelle Hera peut instantanément se fondre dans la peau d’un mec tiré d’un documentaire animalier de M6 sur les hardos, un protagoniste réduit donc à une poignée de clichés semblés à travers lesquels un autre personnage survit entièrement- un personnage censé être une personne réelle réduit à des traits superficiels. On peut postuler que la petite Hera est marquée par l’apparence de son frère et que c’est tout ce qu’elle en retient mais du fait du temps d’écran de dix secondes du frère tout mouru ça restera plus un trou dans son personnage qu’autre chose.

A part ça, on a droit à une scène quasi similaire à une autre de "Pop Redemption" (où Hera joue un concert de Black Metal devant un public hors sujet, une scène d’humiliation qui a l’air de prendre un caractère obligé à présent, parce qu’Hera n’est pas seulement déprimée mais également un peu dans la lune parfois) ainsi qu’à un florilège de situations sorties du confluent d’un sketch des Nuls et de Dédo (gardez en tête que "Metalhead" n’est pas une comédie, ça rend les éléments suivants d’autant plus drôles dans leur contexte impromptu) telles qu’un prêtre fan de VENOM, un vol de tracteur (le GTA islandais) des répliques à couper le souffle ("Waow tu connais DEEP PURPLE ? Je vois que tu connais ton sujet !!"), des dialogues intenses ("JUDAS PRIEST c’est bien et Rob Halford il est trop fort"). Autant de petits riens qui s’ajoutent à la répulsion d’un concept rédhibitoire mais qui égayent un film à part ça assez austère mais qui me permettent au moins d’en valider le visionnage pour vos soirées total Metal avec vos amis, une occasion à ne pas manquer de faire un jeu à boire (levez le coude pour chaque cliché volontaire ou non).

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- Ragnar Bragason (scénario et réalisation)


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