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- Membre : Metalucifer

SABBAT [JAP] - The Dwelling (1996)
Par CITIZEN le 3 Décembre 2015          Consultée 1394 fois

"The Dwelling" est un album qu’on n’attendait pas de la part de SABBAT. Un album extrêmement ambitieux et un gap tel par rapport aux opus antérieurs que la fanbase type de SABBAT, estomaquée en découvrant cette nouvelle vomissure (une gerbe glacée et délicatement sculptée cette-fois), est à deux doigts de passer par-dessus le garde-fou de l’abîme. Fait qui vous résume un album à tel point qu’on risque de le balancer vite fait en intro pour désarmer le lecteur et poser le micro pour planter là une chronique avec une info aussi badass et signe sinon d’une inspiration qui se sent plus, du moins d’une volonté de repousser les limites de la part d’un combo suffisamment sûr de sa technique, comme pour un film en plan-séquence : un album de plus d’une heure et d’un seul trait, une unique piste ininterrompue qui court et qui court, ça cloue le bec un bon coup. "The Dwelling" est aussi tellement fouillé, tellement composé, qu’on est pourtant loin d’en avoir fait le tour de manière satisfaisante en livrant d’emblée son trait de caractère premier : SABBAT abat son jeu et se trouve un intérêt qu’on ne lui connaissait pas encore, et exacerbe l’excentricité qui l’anime, cassant la dynamique qui le voyait accumuler les albums dans une fièvre de toujours plus muscler et "evilliser" la formule de VENOM, SABBAT dame le pion aux anglais en concevant une "At War With Satan" (la chanson) trois fois plus longue et ouvre un nouveau pan de sa carrière, dont les aspirations imprègnent encore totalement les deux albums suivants.

De groupe faisant ses classes en même temps que ses camarades internationaux et qui doit montrer exagérément les dents pour se faire plus intéressant, SABBAT change complètement de dimension et se propulse d’un grand bond en terre inconnue, adressant par là une vraie leçon au Black Metal européen contemporain avec cette production inimaginable qui ne s’embarrasse pas de son amoché de façon extravagante, qui ne recourt quasiment pas au blast, qui dédaigne les riffs retartinés à longueur de track. SABBAT organise une cérémonie au cornu et ne l’insulte pas à la façon d’un rituel improvisé à la va-vite dans une cave osloïte, il fait descendre une ambiance surnaturelle et qui finit par être étouffante, perdu que l’on est à travers un dédale de portes qui s’ouvrent sur toujours plus de plans inquiétants, de mélodies faussement douces, d’ombres qui dansent au coin de l’œil, égaré dans les interstices d’une mélopée répétitive dont on ne sait pas trop si est effectivement un thème unique ou un assemblage de variations à l’infini jouant le même rôle lugubre et occulte, des pas feutrés qui vous invitent toujours plus profondément dans l’ombre.

Une chanson, pas de triche, pas d’arnaque : "The Dwelling", dont le contenu à proprement parler a reçu le nom de "The Melody Of Deathmask", n’a rien d’un simple assemblage de plans pris à droite à gauche, ni même de vraie structure discernable qui laisserait penser à une tentative d’opéra rock satanique – ce long morceau très tortueux est extrêmement dynamique et joue à perdre l’auditeur malin qui cherche à s’agripper à un point de repère pour rester à flot au cours de l’épopée ténébreuse. La musique trompeuse repart constamment sans s’affaiblir ou durcir le ton d’un coup pour se sortir d’un faux pas, c’est une composition qu’on sent construite au fur et à mesure. Une tentative moins exaltée aurait par réflexe construit sa chanson-fleuve autour de plans dont la durée reste plaquée sur celle des morceaux dont ils ont l’habitude, quitte à recourir à des automatismes en comblant les intervalles du riff répété qui va bien et d’enchaîner ni vu ni connu. Pas de fusion adroite déguisée, pas de poudre aux yeux, la paire de sbires de l’enfer Gezol/Osmond crachent un flot continu qui redémarre de façon imprévisible, et au-delà de l’efficacité générale du riffing la force globale de "The Dwelling" est dans l’effacement complet de toute frontière entre les plans, d’où une impression de s’enfoncer de plus en plus au cœur de ténèbres labyrinthiques et imprévisibles. Avec une distribution régulière et savante de quelques types d’ambiance, on pourrait presque piocher arbitrairement quelques minutes de musique et avoir un morceau complet avec ses éléments dans un ordre aléatoire- le solo, plein d’espace pour de longues parties d’ambiance, des accélérations violentes et les piaillements de Gezol.

Pour suivre le propos d’une façon plus linéaire et plus focalisée sur les impressions ponctuelles et esthétiques que sur une grande idée de l’album en son tout, la pâte blafarde que triture SABBAT en direct devant vous prend tour à tour des formes bourdonnantes et indécises (intro), souvent étirées dans une longueur lugubre, une mélodie sournoise dont on guette le retour litanique entre les multiples plans bastonnants bricolés par Gezol et Temis (entre Speed furieux, Heavy posé et Black à faire frémir les norvégiens de ce monde), ritournelles de chant aigu incantatoire, piano incongru qui rompt des cavalcades débraillées en des interventions d’autant plus marquantes qu’elles sont rares, cordes traditionnelles parcimonieuses et d’un exotisme désarçonnant, UGHs et un superbe AYAYAYA qui salue le cap de la moitié de l’album ; et pour finir ce leitmotiv, ce riff glacial dont on a l’impression qu’il plane de plus en plus souvent et de plus en plus pressant au fur et à mesure que la conclusion se profile, qu’il chasse les extravagances et les digressions plus guillerettes et impose un paysage final plus austère et morbide. Évidemment, ce séquençage revient à faire un track-by-track fastidieux pour un album dépourvu de tracklist et va à l’encontre de la logique d’une écoute pertinente de "The Dwelling"- s’en laisser capturer et fasciner (à un niveau de détail supérieur la chronique se confondrait avec l’œuvre elle-même).

Une heure de tourment dans la dimension sonique merveilleuse de cette pochette désolée, de capture par un flux organique malicieux, des coups d’œil derrière le voile occulte tressé par les japonais de l’enfer… Et pour se vautrer à 100% dans les charmes orientaux et inquiétants de SABBAT, rien de tel que d’écouter cet album à la bougie et surveillé du coin de l’œil par le bouc d’un poster géant de BATHORY, frissons garantis !

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- Gezol (basse, chant)
- Temis Osmond (clavier, guitare, chant)
- Zorugelion (batterie, chant)


1. The Dwelling - The Melody Of Death Mask



             



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