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BLACK METAL  |  STUDIO

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- Style : Satyricon, Cobalt, Abbath
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IMMORTAL - Northern Chaos Gods (2018)
Par PERE FRANSOUA le 3 Août 2018          Consultée 1918 fois

On pourrait s’interroger sur la légitimité d’un retour d’IMMORTAL sans Abbath, tête de proue charismatique - une marque à lui tout seul - chanteur au timbre unique et compositeur par défaut depuis vingt ans.
On apprend en interview qu’Abbath s’est tiré avec le matos prévu pour IMMORTAL qui s’est retrouvé en grande partie sur son premier album solo. On peut en déduire que sans le split, le prochain IMMORTAL aurait été simplement une autre version du premier ABBATH, c’est-à-dire composé par Abbath à la guitare dans la veine empruntée, que dis-je le filon surexploité, depuis "At The Heart Of Winter".
Tout ça pour dire que sans le départ d’Abbath, Demonaz n’aurait jamais eu la rage de se remettre autant à la guitare et ce présent "Northern Chaos Gods" n’existerait pas.

Le fait est qu’il existe. Demonaz chante, méchamment, on ne l’en savait pas capable, et il gratte tout aussi méchamment, en se ménageant tout de même pour aller jusqu’au bout de l’enregistrement et c’est ça qui constitue un petit miracle (merci à une opération de l’épaule qui a bien arrangé la chose).
C’est donc doublement un album de la revanche pour une nouvelle incarnation, un nouveau duo.
IMMORTAL serait-il définitivement immortel ?

IMMORTAL c’est d’abord une histoire à nulle autre pareille marquée par des coups du sort. L’histoire d’une amitié dure comme le roc, Abbath et Demonaz, totalement investis dans leur musique, y mettant une putain de niaque, y croyant dur comme fer, gagnant une des plus grosses renommées du Black sans avoir commis de crime et supportant une malédiction qui leur colle au cul : l’impossibilité d’un line-up stable.
Ce fût d’abord le cas des batteurs jusqu’à l’arrivée de Horgh. À ce moment c’est le bras de Demonaz qui explosa en plein vol à force de repousser ses limites. Un coup du sort qui faillit tuer le groupe mais comme IMMORTAL est immortel, ce fut l’occasion d’une renaissance, Abbath lâchant sa basse pour prendre une guitare qu’il ne lâchera plus, avec un virage Heavy Thrash qui paradoxalement rendit le groupe si célèbre ("At The Heart Of Winter" est toujours considéré comme un des plus grands disques de Metal extrême de tous les temps et il demeure le plus apprécié).
S’ensuivit un split après "Sons Of Northern Darkness" soi-disant à cause des "problèmes" d’Abbath (d’alcool ? comportementaux ?) puis un comeback mou du genou avec "All Shall Fall" en 2009 (j’ai l’impression que c’était hier... Fichtre que le temps passe vite !) avant de disparaître dans la nuit des procès pour aboutir à l’échappée en solo du mythique chanteur-guitariste.
ABBATH a donné plus qu’une longueur d’avance à Abbath, avec un disque téléphoné mais solide, prétexte pour tourner à l’infini, imposer sa marque et faire comprendre (ou croire) au monde que sans Abbath point d’IMMORTAL.

Qu’on ait placé ou non quelques espoirs fous dans le retour improbable d’IMMORTAL mutilé, nul ne peut nier que la curiosité l’emporte. Qu’est-ce que le duo Demonaz & Horgh peut avoir à offrir ? Qu’est-ce qu’un guitariste blessé qui n’a presque pas composé depuis la fin des 90s (mis à part son drôle d’album solo sorti en 2011) peut avoir à dire en 2018 ? Un artiste en congé maladie forcé peut-il revenir dans la course ?

Premier constat, l’album est solide et s’écoute bien. C’est pro, c’est bien produit, trop bien produit même, avec l’éternel Peter Tägtgren aux manettes (c’est aussi lui qui tient la basse), dans la ligne directe de "All Shall Fall".
Ça joue bien aussi, ça fait plaisir de retrouver Horgh (il est à son meilleur niveau ici) mais l’on ne peut que saluer la double performance de Demonaz. Premièrement, il assure au chant avec une voix glaciale et râpeuse, compréhensible et convaincante. C’est une surprise, surtout quand on se rappelle des déclamations faiblardes et sans intérêt servies sur son album solo. Sans aller jusqu’à dire qu’il éclipse les vocaux de corbeaux uniques d’Abbath, on peut affirmer qu’il fait carrément le job.
Ainsi le manager-parolier s’impose sans problème comme nouveau frontman.
Deuxièmement, il a retrouvé un niveau suffisant à la guitare pour balancer un album entier bien chargé de riffs acérés et véloces (même s’il ne propose pas de plans aussi dingues qu’avant), nous offrant un festival de Metal Noir venu du Nord, furieux ou épique, qui se boit comme du petit lait et qui sonne comme... Comme...
... Ben, comme du IMMORTAL.

Un peu trop même, au point que lors des premières écoutes on est submergé par une grosse impression de déjà-entendu que vient renforcer la tendance bien connue du parolier à faire des auto-références à ses autres textes et titres de chansons (on le sait, on en rigole, c’est une tradition chez lui).
Qu’on appelle ça fan-service ou grosse repompe, on voyage en terrain parfaitement connu et les références du passé nous sautent aux oreilles. Difficile de résister à l’envie d’étiqueter chaque passage, de faire la liste des ingrédients, 100 gr de "Battles In The North", 250 ml de "Blashyrkh, Mighty Ravendark", 3 "Moutains Of Might" montés en neige, le tout saupoudré de "At The Heart Of Winter".
Parfois c’est vraiment évident, comme sur "Northern Chaos Gods", titre d’ouverture et single, clone convaincant de "Battles In The North" LE modèle de furie furieuse et source inépuisable à laquelle Abbath s’est lui aussi maintes fois abreuvé, ou sur "Gates To Blashyrkh", répliquant en moins bien le mythique tube "Blashyrkh, Mighty Ravendark" jusque dans sa structure et ses gimmicks (sans compter les célèbres arpèges acoustiques qui se feront entendre ici et sur presque tous les titres).
D’autres fois ce sera plus subtil et l’on sera face à un smoothie de plusieurs parfums, tel "Where Moutains Rise", véritable mash-up de "Blashyrkh, Mighty Ravendark" et "Moutains Of Might" (sur le refrain il suffira de remplacer les paroles par "moutains of might" pour obtenir une copie carbone).
Il n’y a pas que de l’ancien car on retrouvera aussi de la sauce Heavy Thrash typique de la période post-tendinite, celle à laquelle Demonaz n’a théoriquement pas trop participé (il raconte maintenant avoir toujours continué à composer pour le groupe), notamment sur "Grim And Dark" et surtout "Called To Ice" aux réminiscences de "Tragedies Blows At Horizon".

Si cet effet "déjà-entendu" perdure au fil des écoutes, il en va de même avec le plaisir ressenti et la joie de pouvoir s’envoyer à nouveau un IMMORTAL pur jus qui a retrouvé la niaque d’antan et qui, paradoxalement, n’est pas exempt d’une certaine fraîcheur.
Souvent l’auto-référentiel marche du tonnerre et fait taire toute critique. L’exemple le plus réussi sera sans conteste "Into Battle Ride", pur instant de kiff sans retenu balançant d’énormes riffs rythmiques délicieux entre "Nebular Ravens Winter" et "One By One", entrecoupés de refrain aux bons airs de "Pure Holocaust" sur le célèbre contre-temps dont la bande a le secret.
Et puis en laissant vivre le disque on y voit se dessiner une patte, une personnalité, certes familière mais bien présente qui sera incarnée par les nombreux morceaux mid-tempo pour trouver son apogée sur le conclusif "Mighty Ravendark", qui déploie sa force tranquille sur neuf minutes quinze (ce qui en fait le morceau le plus long de leur carrière). Au-delà de sa mixture "Blashyrkh/Moutains Of Might" évidente ce sont les spectres du "Blood Fire Death" de BATHORY (LA référence absolue pour nos pandas) et de "March Of The Norse" de DEMONAZ qui viennent souffler un vent épique et insuffler une âme profonde, sincère et grandiose à l’œuvre. On vibre enfin à nouveau, à l’unisson du cœur noir et blessé du corbeau Demonaz. On pense fort à ses années dans l’ombre de SON groupe et on sera content d’accompagner son envol vers les terres glacées de Blashyrkh.

"Northern Chaos Gods" proposera à la fois les titres les plus violents et intenses depuis longtemps mais aussi les plus authentiquement épiques. Sans perdre de la puissance de feu acquise depuis "At The Heart Of Winter", on s’est débarrassé de la tendance Hard Rock d’Abbath pour se recentrer sur la froide noirceur qui habite l’entité depuis "Diabolical Fullmoon Mysticism".
Plutôt que d’évoluer ou de surprendre Demonaz a choisi de plonger au plus profond de sa tradition, et souvent la tradition, ça a du bon, au risque d’apparaître comme une redite. Quoi de plus naturel pour ce groupe qui s’est souvent copié lui-même ?

Voilà l’heure du verdict qui arrive pour ce disque attendu de pied ferme et de (trop) longue date. Soyons indulgents car il s’agit d’un groupe estropié. Ils réussissent à faire mieux que le trop moyen "All Shall Fall" mais ils n’atteignent que rarement le génie du passé glorieux. Par cohérence discographique je dois donc brider la note et résister à la tentation de surnoter ce bel album.
Mais c’est incontestablement une résurrection pour IMMORTAL et surtout pour Demonaz qui tient là une belle revanche, d’autant que le résultat s’avère déjà plus passionnant et moins rébarbatif que l’éponyme d’ABBATH.
À défaut d’être l’album de l’année ou d’égaler les chefs-d’œuvre de jadis, "Northern Chaos Gods" prouve par l’exemple, en le criant bien haut, qu’IMMORTAL est immortel.

Note réelle : un 3,5/5 un peu sévère (mais juste ?).

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   PERE FRANSOUA

 
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   (2 chroniques)



- Demonaz Doom Occulta (vocaux, guitares)
- Horgh (batterie)
- Peter Tägtgren (basse)


1. Northern Chaos Gods
2. Into Battle Ride
3. Gates To Blashyrkh
4. Grim And Dark
5. Called To Ice
6. Where Mountains Rise
7. Blacker Of Worlds
8. Mighty Ravendark



             



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