Recherche avancée       Liste groupes



      
BLACK METAL INDUS  |  STUDIO

Commentaires (2)
Lexique black metal
L' auteur
Acheter Cet Album
 

 

- Style : Blacklodge, Thorns
- Membre : Aborym, Ulver
 

 Site Officiel (145)

MYSTICUM - In The Streams Of Inferno (1996)
Par PERE FRANSOUA le 3 Septembre 2016          Consultée 990 fois

MYSTICUM est une véritable légende du Black Metal, un groupe mystérieux et archi-culte, à la discographie quasi inexistante mais qui, comme pour leur compatriotes de THORNS, n'entrave ni la réputation ni l'influence du combo. Bien au contraire... Initiateurs sans le vouloir du courant Black Metal Industriel, leur art infâme où se mêlent satanisme, techno et drogues dures a totalement influencé des pointures comme ABORYM et BLACKLODGE, aussi bien musicalement que spirituellement.

Nous sommes ici en présence de ce qui a longtemps été leur seul et unique album (leur second opus "Planet Satan" dont la sortie était pourtant annoncée comme imminente sur la jaquette de "In The Streams Of Inferno" en 1996 n'a finalement vu le jour qu'en 2015). Maintes fois réédité par d'obscurs labels à la distribution confidentielle et en partie disponible sur le site internet rudimentaire du groupe, il a longtemps été tout ce qu'on pouvait se mettre sous la dent durant des années (à l'exception de la compilation de leurs démos et autres raretés, intitulée "Lost Masters Of The Universe", tout aussi difficile à dénicher) jusqu'à la résurrection récente du groupe et les rééditions remasterisées chez Peaceville (ma chronique se base sur la dernière version sortie en 2013).

Les malfaiteurs sont un trio d'inséparables amis venus de la petite ville de Asker. Robin "Mean" Malberg alias Dr Best (basse et programmations) et Ravn/Prime Evil (guitare, chant) qui se connaissent depuis l'école et leurs premiers groupes de Punk/Grind, vite rejoints par Cerastes alias Herr General (également à la guitare et au chant), un colosse aux yeux fous et aux énormes paluches de tueur, dont le goût pour les produits illicites contaminera les deux autres. Les trois amis "à la vie à la mort" partagent depuis lors leur passion pour la musique, la spiritualité sataniste, les grosses défonces et les poses pour des photos torses nus dans des caves ou des celliers poussiéreux.
Leur art qui prit forme entre guitares extrêmes, vocaux gutturaux et boîte à rythme cheap sous le nom de SABAZIOS, publiant une première démo intitulée "Wintermass" en janvier 1993 au son approximatif mais à la musique unique et à la personnalité déjà très affirmée (malgré ses petits restes de Death Metal) puis prendra le nom de MYSTICUM dès leur seconde démo "Medusa's Tears" en juillet de la même année.

Plus de culte ? MYSTICUM arrive sur la petite scène norvégienne en pleine effervescence avec une formule unique, suffisamment malfaisante et originale pour enthousiasmer le pape noir du Black, feu Euronymous. Le guitariste de MAYHEM est en effet tombé sous le charme de leur démo en l'écoutant en boucle lors du mythique voyage en voiture que fit le groupe (avec à son bord Attila Csihar) entre Oslo et Bergen pour aller enregistrer "De Mysteriis Dom Sathanas" au fameux studio Grieghallen en juillet 1993. Les gars de MAYHEM reçurent la démo des mains de Dr Best, tout ce petit monde étant en contact car Prime Evil, grand fan de serpents, vendait à Euronymous de la nourriture pour ses propres bestioles rampantes (culte, n'est-ce pas ?).
Totalement bluffé par la musique de MYSTICUM, le leader de MAYHEM les signa dans la foulée avec en vue la sortie d'un premier disque (qui devait s'intituler "Where The Raven Flies") sur son label Deathlike Silence Productions. Mais tout fut brutalement stoppé quand il fut assassiné sauvagement quelques jours plus tard.
Il s'en suivit une longue traversée du désert avant d'être enfin signé sur Full Moon Productions (un petit label de Floride) et d'enregistrer ce tant attendu premier album, qui ne vit le jour qu'en 1996 (une vie de débauche n'aide pas à être carré et à envoyer les masters du disque au label dans les temps). Entre temps ils publièrent une ultime démo en 1995, composée d'enregistrements bruts de chansons de l'album, et dont le titre "Piss Off!" résume bien leur état d'esprit du moment.

Encore plus de culte ? Gros fêtards et surtout gros drogués, le trio est responsable d'avoir initié bien des membres du terrible Inner Circle norvégien à la défonce sérieuse, eux qui ne connaissaient que la bière. Le mode de vie très extrême du trio, fait de prises quotidiennes de substances illicites, a choqué ceux qui les ont côtoyés, notamment les groupes avec qui ils ont tourné.

L'essentiel de la musique et des textes de MYSTICUM ont d'ailleurs été écrits sous l'influence de drogues diverses, durant leur phase active ou en "descente", après des nuits et des nuits sans sommeil. Ainsi inspirés, on comprend mieux la radicalité inhumaine de leur art. Et comme ces produits narcotiques étaient copieusement consommés lors de fêtes techno et autres joyeuses rave parties, l'incorporation de l'électronique s'est faite d'autant plus naturellement que le groupe utilisait déjà une boîte à rythmes quasiment dès leur origine. Arrivée d'abord part accident (remplacer un premier batteur vite parti qui refusait de jouer du Black), la boîte à rythmes (une bonne vieille Roland TR-505) a finalement été privilégiée, pour son côté mécanique et glacial, à de vrais batteurs, malgré la candidature de Hellhammer et son incroyable capacité à jouer avec la précision d'une machine (dont il fera la démonstration avec THORNS ou MEZZERSCHMIDT).

Si l'on s'attend à une musique mêlant au Black la puissance des basses bondissantes de la Techno Hardcore pour une mixture noire mais dansante il faudra passer son chemin et attendre l'arrivée des Français de BLACKLODGE. La formule de MYSTICUM est bien plus primitive et dépouillée. La boîte à rythmes lancée à plein BPM balance des percussions épileptiques mais qui restent dans le sillon de ce que peut délivrer une vraie batterie, à l'exception de quelques rares grosses basses Techno ("The Rest") de toute façon noyées dans le mix. Néanmoins la programmation à la précision militaire et le son impersonnel des percussions électroniques sont redoutables et donnent à la musique une froideur robotique infernale qui vous maltraite le cerveau.
Cette boîte à rythmes inhumaine tabasse méchamment au pied d'un immense mur de guitares grésillantes fait d'accords joués "cordes ouvertes" à la vitesse maximale, typique du Black norvégien le plus âpre. Pas de rythmique ni de trémolo mais un unique nuage électrique de riffs noirs et froids dont la répétitivité possède une force hypnotique redoutable. Cette masse de guitares façon tronçonneuses dans le brouillard, avec une basse inaudible noyée dans le fuzz, ne ralentit jamais, même quand les percussions tentent le mid-tempo.
Comme si cela ne suffisait pas des nappes inquiétantes de claviers ou de sons Electro venus d'un autre monde ainsi qu’un duo de vocaux criards et glaçants (dont les gargouillis maléfiques rappellent le GORGOROTH des débuts) viennent enduire l'édifice d'une couche de folie furieuse, étrange et flippante.
Le chaos sonore fait de multiples couches étonne par sa linéarité, jeté qu'il est sur les rails infernaux des percussions martiales. Quelques cassures habiles apportent la diversité nécessaire, comme ce break à l’orgue effrayant sur l’excellent "Let The Kingdom Come", où ces alternances entre tabassage supersonique et parties plus lentes sur "Wintermass". Une fois que l'on rentre dans leur musique et qu'on se laisse capturer par leur univers râpeux et hypnotique, on est cloué par la radicalité et la dinguerie obscure de l'ensemble. On se surprend à adorer ce viol méthodique et débridé de nos oreilles et de notre santé mentale.

"In The Streams Of Inferno" est un agrégat de chansons qui existaient déjà sous d'autres formes et sous d'autres productions et qui ont été réenregistrées et améliorées pour l'occasion. "Wintermass" tiré de la démo du même nom (la toute première, quand le groupe s'appelait encore SABAZIOS) subit un lifting important, de même que "The Rest", particulièrement vénère avec ses percus arythmiques doublés de beats féroces et ses vocaux aigus et terrifiants. Tiré de la seconde démo ("Medusa's Tears", celle-là même qui fit une si forte impression à Euronymous) "Crypt Of Fear" impressionne, déboulant à fond après une intro Ambiant angoissante, et continue de vous glacer le sang avec ses guitares étouffantes accompagnées de claviers aussi simples que flippants. Le génial "Let The Kingdom Come" (sans doute le morceau le plus abouti, pleins de breaks et d'airs prenants) et le bourrin "In Your Grave" souffrent en revanche de la production brouillonne et peu lisible infligée à l'album. Le son malheureusement trop compressé (une volonté du groupe à l'époque et qu'ils regrettent depuis) se remarque d'autant plus quand on le compare avec d'autres versions, celles très brutes mais plus vivantes de la démo "Piss Off!", et surtout celles de la mythique compilation "Nordic Metal: A Tribute To Euronymous" sortie en 1994 où figurent " Kingdom Come" et "In Your Grave" avec un son plus naturel et dynamique. Le seul morceau jamais entendu avant est l’excellent "Where The Raven Flies" porté par un riff sombre et accrocheur.

Ce premier album, culte et original, souffre d'une production perfectible mais on lui reprochera surtout d'être difficile d'accès à cause de sa formule radicale et excessive et de ses compositions en apparence peu chatoyantes, à la fois répétitives et chaotiques. Mais on l'aimera aussi pour ces mêmes défauts car "In The Streams Of Inferno" est une drogue à accoutumance qui lorsqu'on finit par tomber dedans vous bousille le cerveau et laisse de lourdes séquelles. On redemandera encore et encore de cette musique diaboliquement dérangée. Les autres ne comprendront pas, vous serez seuls dans votre coin à vous envoyer en enfer avec leur art malsain, isolé, accro mais heureux

La version remasterisée sortie chez Peaceville en 2013 propose deux bonus de choix : l’inédit "Eriaminell" et son break symphonique impressionnant, initialement sorti sur une compil’ du label Full Moon en 1998, et le sauvage "Black Magic Mushroom" et ses percus à contretemps (ode à la prise de champignons hallucinogènes évidemment) paru en 2003 sur un split avec AUDIOPAIN, qui fut à sa sortie une surprise en même temps que la preuve que le groupe existait encore.

A lire aussi en BLACK METAL par PERE FRANSOUA :


ABORYM
With No Human Intervention (2003)
Chronique écrite sans intervention humaine




SINMARA
Aphotic Womb (2014)
The Reykjavik Connexion

(+ 1 kro-express)

Marquez et partagez







 
   PERE FRANSOUA

 
  N/A



- Mean Mamlberg/dr. Best (basse, programmation)
- Prime Evil (guitare, chant)
- Herr General Cerastes (guitare, chant)


1. Industries Of Inferno
2. The Rest
3. Let The Kingdom Come
4. Wintermass
5. Crypt Of Fear
6. Where The Raven Flies
7. In Your Grave
8. In The Last Of The Ruins We Search For A New Plane



             



1999 - 2017 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod