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BETHLEHEM - Dark Metal (1994)
Par PERE FRANSOUA le 2 Février 2019          Consultée 613 fois

Ces titres d’albums ou de chansons qui sonnent comme la création d’un nouveau style sont toujours un peu de la publicité mensongère. Il ne suffit pas de dire pour faire.
Il y a certes une belle intention de proposer du neuf derrière l’annonce tonitruante aux allures de manifeste mais l’Histoire jugera rétrospectivement qu’ici il n’y avait en fait le commencement de rien du tout, si ce n’est une invention terminologique dont la seule force sera d’ouvrir une brèche inattendue. Ce seront d’autres qui s’y engouffreront, remplissant une coquille vide par leur propre imaginaire.
Il en va ainsi des célèbres "Black Metal" de VENOM ou "Death Metal" de POSSESSED.

Vous l’aurez compris c’est le cas de l’album chroniqué présentement. "Dark Metal" n’inaugure ni ne crée le style Dark Metal. Disant cela on n’est pas bien avancé car le dit style est en réalité une des catégories les plus floues de notre méchante musique. En effet Dark Metal est une étiquette fourre-tout qu’on sort du chapeau quand on ne sait plus si c’est Black, Death ou Doom et qu’on n’ose pas dire que c’est Post ou Core. Vous suivez ? Au pire on s’accordera pour dire que c’est noir et sombre. Bravo, on ne peut pas être moins précis.

Alors la musique proposée par nos amis Allemands de BETHLEHEM ça donne quoi? C’est très simple, c’est du pur Doom Death, tantôt mélodico-mélancolique tantôt funéraire, avec de rares passages rapides de Black très primitif.
Donc, "Dark Metal" n’est pas vraiment Dark Metal, si ce n’est qu’il est Doom-Death-un-peu-Black-beaucoup-Funeral, mais en ayant recours à une création d’appellation stylistique l’entité teutonne nous dit tout autre chose : il s’agit de se démarquer conceptuellement du Black Metal renaissant, dont ils étaient pourtant très fans, et de se distancer en particulier du satanisme censé le caractériser (ce qui ne les empêche pas d’avoir orné le logo de pentagramme et croix renversée). On est ici dans une conception des étiquettes en vigueur dans les 80s où le Black Metal était uniquement caractérisé comme "Metal qui parle du diable".
BETHLEHEM tente péniblement de s’extirper des thématiques diaboliques, et disons-le s’y vautre encore pas mal, mais l’on sent poindre les thématiques introspectives, évidemment sombres, qui dériveront vite vers le suicidaire et la dépression. C’est là où la bande rentrera une seconde fois dans l’histoire, à partir de leur second album, en créant ce que d’aucuns appelleront le Depressive Black Metal. Mais ceci est une autre histoire.

Si "Dark Metal" est si chouette, c’est parce qu’il suinte la sincérité.
Sincérité, c’est bien le mot qui s’impose lorsque l’on se penche sur l’histoire du groupe.
Grâce au remarquable travail de Dayal Patterson ("Black Metal: Evolution Of The Cult") dans son ouvrage "The Cult Never Dies" on en apprend de belles sur la vie du groupe. Enfin, de belles, façon de parler car ils n’ont pas vraiment eu la vie facile. On peut même dire que ce qui a caractérisé la cohésion du premier line-up (qui opère sur "Dark Metal") c’est une similitude des destins chaotiques et d’enfances très difficiles. Ce fut le ciment de leur amitié, en particulier entre Bartsch et Matton, et de leur rage commune de s’exprimer artistiquement.

Dayal Patterson a su recueillir les confessions inédites de Jurgen Bratsch, bassiste, leader et seul membre permanent. Celles-ci nous permettent de comprendre d’où vient cette noirceur authentique et pourquoi elle frappe par sa sincérité. Ceci éclaire la proposition artistique utilisée par ces petits gars perdus comme canalisatrice de leur détresse avec effet cathartique à la clef. Violence, suicide, misère, abus de drogue, ceci était leur quotidien, une triste réalité dont ils cherchaient pourtant à échapper. On est loin de la posture du petit bourgeois qui veut choquer et tape des poses iveul dans sa chambre douillette.

Mais alors vais-je finir par parler concrètement du contenu de l’album, oui ou zut ?!
Voilà, voilà, j’y arrive.
Dans son registre austère la production est idéale, plutôt claire dans son obscurité, la réverb' est marquée, le grain moyen, les graves sont légers et l’on gratte souvent dans les hauts médiums. Tout est parfaitement audible. Les percussions sont franches et austères, chaque frappe sur la caisse claire sonne comme un coup de pioche dans la terre froide du cimetière. Les vocaux d’Andreas Classen, classiques mais très convaincants, alternent entre Death et Black selon les besoins et couvrent tout le spectre du criard au guttural.

Le paysage morne couleur gris très foncé est dominé par une version décharnée et dépouillée de MY DYING BRIDE période "Turn Loose The Swans", notamment à travers un sens mélodique certain. Une jolie tristesse infinie se déploie (sur "Second Coming" ou ailleurs), conduite par la tragique mélancolie de la guitare qui strie les ténèbres de quelques rayons de lumière poussière et blanchâtre. Du petit blast épuré surgit de temps à autres et fait penser au vieux ROTTING CHRIST époque "Thy Mighty Contract".

Toutes ces variantes de noir s’alternent au sein d’un même morceau. Ainsi le Funeral Doom surgit au cœur d’un "The 11th Commandment" majoritairement Black. À l’inverse, sur "Funereal Owlblood" c’est entre deux tranches de pur Funeral sans espoir qu’on nous insère un passage Doom Death mélodique puis un blast à la grecque. Idem sur "Veiled Irreligion" qui joue à merveille des deux facettes du Doom Death, la tristesse mélodique et les rythmiques musclées. "Apocalyptic Dance", lui, nous passe en revue toute la panoplie, Funeral, mid-tempo, agression rapide pour un finir dans un calme nocturne où s’égrènent quelques notes de piano.

Pour finir, ce "Dark Metal" conçu dans les ténèbres par de vrais marginaux en détresse profonde ne révolutionne pas le schmilblic puisqu’il est stylistiquement bien trop identifiable. La liberté créative qui donnera des petits sera atteinte dès le méfait suivant, pour mieux se perdre ensuite au gré des turpitudes de Bratsch qui change de vie et d’avis comme de seringue.
Mais pour l’heure, ce qui fait le charme et l’intérêt de ce premier album c’est la belle overdose d’excellent Doom Death, lourd, sombre, dépressif et sans espoir, austère et dépouillé, du simple et du bon, comme on en fait plus, du qui regarde vers le Black parfois et vers le Funeral Doom très souvent. En somme il s’agit carrément d’un de mes albums de Doom Death préférés, toutes périodes confondues.

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   PERE FRANSOUA

 
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- Jürgen Bartsch (basse, claviers)
- Klaus Matton (guitares)
- Chris Steinhoff (batterie)
- Andreas Classen (vocaux)


1. The 11th Commadment
2. Apocalyptic Dance
3. Second Coming
4. Vargtimmen
5. 3rd Nocturnal Prayer
6. Funereal Owlblood
7. Veiled Irreligion
8. Gepriesen Sei Der Untergang



             



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