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BLACKLODGE - T/me (3rd Level Initiation = Chamber Of Downfall) (2010)
Par PERE FRANSOUA le 15 Octobre 2016          Consultée 796 fois

Perdre la félicité de l’Éternité et s'enfoncer dans la temporalité en même temps qu'il chute dans la vile matière, tel est la tragique punition que reçu Lucifer, premier des anges, pour avoir défié le Tout-Puissant.
Non, Pascal (le chauve chanteur de guimauve, pas le philosophe mathématicien), le Temps ce n'est pas de l'amour. Le Temps est Matière. La Matière est corruption, doute, frustration et vice.
Voici le point de départ du propos de ce troisième album des français, "T/me – 3rd Level Initiation = Chamber Of Downfall", une œuvre qui tente de retranscrire le doute, la confusion et l'isolement spirituel (paru conjointement avec "Time Is The Sulphur In The Veins Of The Saint" de ABIGOR). Faisant suite à l'illumination provoqué par la drogue en pleine montée il représente la descente, le bad-trip, la chute.

Très judicieusement la musique perd en lisibilité et gagne en expressivité émotionnelle. Le son trituré se brouille, se distord. Les couches s'accumulent et s'entremêlent, le Metal et l'Electronique se fondent désormais l'un dans l'autre pour créer une machinerie Industrielle protéïforme.

Nous avons déjà vu qu'en matière de Black Metal Industriel, le Metal et l'Electro cohabitent seulement, l'un prenant souvent le pas sur l'autre. "Solarkult" second album de BLACKLODGE représentait une tentative de fusion plutôt réussie, riffs et beats se complétant efficacement sans toutefois estomper leurs différences irréductibles.
Voilà justement le tour de force de Saint Vincent sur ce nouveau disque: créer une synthèse sonore homogène qui lui permet, en plus, de façonner des ambiances cauchemardesques et oppressantes.

Dés l'ouverture de l'album avec "Lambda" on a l'impression saisissante de pénétrer pas à pas dans une usine sombre et possédée. Une rythmique mécanique de guitare se rapproche de nous comme un engin à vapeur menaçant, puis la machine s'enclenche, rythmique Techno-Metal entraînante. Un son lancinant, pourvoyeur de solitude et d'isolement, se répète tout du long. Maître de cérémonie funeste, Saint Vincent déclame un texte de Anna Kingsford, femme d'avant-garde, écrivaine, médecin (la première en Angleterre) et théosophe mystique. Extrait de "Clothed With The Sun" (publié en 1889 à titre posthume), il y est question de la chute de Satan, jeté hors de l’Éternité et emprisonné dans les limites du Temps et de la Matière. Celui qui fut nommé par le Tout-Puissant de bien des façons (l'Adversaire, le Destructeur, le Vengeur, le Tentateur, etc.) devint prince de ce monde de limites et de frustrations.

Le calme relatif de cette première piste ne dure pas longtemps car la machine infernale s'emballe sur les titres suivants. On retrouve le style extrême et versatile du trio, son déluge de riffs acérés associés à un arsenal électro-mécanique foisonnant, bénéficiant ici d'une production et d'une écriture illustrant la confusion et l'isolement. L'apparent chaos sonore se révèle vite jouissif et addictif tant les passages prenants et les riffs biens sentis sont nombreux. On sera surtout stupéfait par la maîtrise de l'énergie noire de la musique : BLACKLODGE sait désormais parfaitement jouer avec sa puissance, faisant osciller le rythme et l'intensité subtilement (donnant l'impression de retenir ou d'amplifier ses coups selon les besoins) ce qui confère un dynamisme impressionnant, encore renforcé par le son de la basse, qui une fois de plus prend une belle place dans le mix. On entend claquer la quatre cordes de façon spectaculaire sur "Sulphuric Acedia", accompagnant les beats techno-hardcore qui propulsent le titre.
Quand le groupe décide d'envoyer la sauce mieux vaut être bien accroché à son slip, comme sur le terrible "SaturN", ode fataliste au noir titan dont la faux s'abat impitoyablement sur nous. La chimère musicale, machine monstrueuse fait d'agrégats d'électronique, de pistons et d'aciers noirs, pilonne en tous sens. Pour accompagner cette déferlante Saint Vincent énumère en vociférant toutes les déceptions que le Maître du Temps (Saturn s'appelle Cronos dans la mythologie grecque) fera advenir inévitablement. Car "avec le temps va, tout s'en va" chantait tristement LEO FERRE tandis que le cinéaste Gaspard Noé lui répondait quelques décennies plus tard en conclusion de son film choc "Irreversible" que "le temps détruit tout". Tout périra et notre seul horizon de mammifère perdu sans but dans le cosmos est de finir noyé dans les eaux du Styx (bonjour l'ambiance!) Le titan, père infâme des Dieux de l'Olympe, prêtant son joli nom à un astre gigantesque et mystérieux ("il porte un joli nom Saturne, mais c'est un dieu fort inquiétant" chantait aussi GEORGES BRASSENS), symbole funeste en astrologie, est une figure sombre qui sied particulièrement bien à la philosophie sinistre du Black Metal. C'est d'ailleurs surprenant qu'aucun groupe du genre (en tout cas à ma connaissance) n'ait utilisé la sublime peinture noire de Goya, où le titan au regard fou dévore sa progéniture (on pourra l'admirer au Musée du Prado à Madrid), comme pochette de disque.

Un clip a été réalisé pour "Vector G", mettant en scène le trio jouant le morceau dans un vaste hangar désaffecté aux murs taggés. Le montage épileptique de la vidéo en noir et blanc restitue bien la folie de la musique fait d'enchaînements frénétiques de riffs bourdonnants poussés par des percussions électroniques en constante mutation. Un break arrive, qui permet de faire monter la sauce avant le reste du morceau basé sur un motif rythmique mid-tempo répété jusqu'à la fin sur lequel le groupe headbang à l'unisson. Les trois chevelus en tenue noire sobre portent des seringues sur leurs bracelets à la place des piques habituels. Saint Vincent, forcément au centre du trio, chante avec conviction de sa voix Black au timbre humain et changeant, légèrement brouillé au vocoder. Comme à son habitude il interprète toute une palette d'émotions noires en écho avec les paroles qui, dans la ligné du thème du premier morceau, parlent de la chute dans le temps et la matière (satané gravité) mais vécu cette fois de l'intérieur, auquel s'ajoute un brin de SF à la "Matrix". Les paroles citent un autre extrait de Anna Kingsford qui résume la problématique: "Evils is the result of limitation, and SataN is the Lord of limit/He is the father of lies, because matter is the cause of illusion/For the kingdom of SataN is the house of matter".
La thématique de la drogue vécue comme relais d’une spiritualité sataniste omniprésente sur "Solarkult" est heureusement dépassée par ces textes profonds et bien ficelés, au mysticisme intellectualisé à la limite de la Théosophie.

Le seul défaut de ce disque est sa durée trop courte, 33 minutes pour 5 titres. Seulement trois vrais morceaux, tous excellents, forment le corps de l'album. Il reste "Lambda", le progressif titre d'introduction, et le lancinant "...Stupefying" qui conclu le disque avec ses 8 minutes 58. La lente et longue pièce, répétant le même motif, génère un climat de désespoir et de solitude qui vous étreint l'âme (rappelant les meilleurs et plus glauques moments Darkcore de "Biomechanic 2" de MANU LE MALIN). La pesante rythmique de Trip-Hop glacial bat la mesure pendant que les guitares grésillent et que des sons Electro hantés dépeignent le vide. Le texte, ôde à la gorgone Méduse qui vous stupéfie par son regard, semble hurlé depuis le fond de l’abime. On retrouvera cette figure de Méduse stupéfiante rencontrée grâce aux stupéfiants sur l’album suivant.

Ceux qui pensent que le Metal Industriel est toujours un peu bordélique trouveront forcément ce disque-ci trop touffu et trop confus à première vue. Il faut passer effectivement un certain nombre d’écoutes pour se familiariser avec cet arsenal sonore exigeant. Les réfractaires à la Techno dure pourront se laisser séduire par cette musique complexe, aussi puissante qu’atmosphérique, qui réussi de façon bluffante à fusionner le Metal et l’Electro. Avec ce disque BLACKLODGE propose une musique encore plus inventive et élaborée et s’impose comme étant la référence en matière de Black Indus. Ce n’est pas étonnant que Season Of Mist leur offrit un deal pour le prochain "Niveau d’Initiation" qui sera la "chambre" du Contrôle.

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1. Lambda [or The Last Of The Gods; Being The Secret
2. Vector G [gravity Xvi]
3. Sulphuric Acedia
4. Saturn
5. ...stupefying [suicide Tutorials Pt 11]



             



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