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BLACK METAL  |  STUDIO

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CARPE NOCTEM - Vitrun (2018)
Par PERE FRANSOUA le 18 Février 2019          Consultée 1516 fois

À longueur de chroniques j’ai rabâché mon constat que les groupes de Black Islandais n’arrivaient pas à sortir un second album, à l’exception notable de AUÐN, les outsiders autoproclamés, ce qui confirme la règle.
En plus de cinq ans la scène Islandaise a eu le temps de muter, de multiplier les groupes et les EP. Les auditeurs, vierges à l’époque, ont eu le temps de l’explorer à fond. Avides et intransigeants, pleins d’espoirs et d’appréhensions, ils attendaient comme le messie une seconde vague d’œuvres qui n’arrivait pas. C’est à se demander si faute de pression il n’y aurait jamais de nouveau geyser.

2018 se terminait et voici que la terre tremble enfin. Les choses ont changé. En décembre, les maîtres absolus SVARTIDAUÐI ont enfin donné un successeur à "Flesh Cathedral".
Oh là ! Pas si vite, un autre groupe du cru a publié un second opus quelque temps avant (octobre), devenant par là-même le premier groupe de Reykjavik à dégainer un deuxième opus (les leaders ont été pris de vitesse.) Seulement (!!) cinq ans après "In Terra Profungus", CARPE NOCTEM nous offre "Vitrun".

CARPE NOCTEM est vachement moins connu du public alors que c’est un des vétérans de la scène. Il faut dire que sa renommée est éclipsée par les deux autres groupes où son batteur (Helgi Rafn Hróðmarsson) et son guitariste (le prolifique Tomás Ísdal) s’éclatent, à savoir NAÐRA & MISÞYRMIMG.
Ainsi quand le blocbuster ultime est prévu pour Noël (SVARTIDAUÐI) mieux vaut sortir son petit film avant si l’on veut garder un peu d’audience.
Nous avons donc eu deux mois et demi pour profiter de "Vitrun" avant la déferlante de "Revelation Of The Red Sword".
Il est amusant de noter que, avec leurs nouveaux opus, CARPE NOCTEM et SVARTIDAUÐI affichent tous deux une évolution prononcée de la production et un approfondissement de leur dynamique créative, le tout délivrant des résultats qui tranchent nettement avec leurs premiers LP.

Maelström cauchemardesque lacéré par des clairs obscurs dissonants au milieu duquel rugit le conteur dans sa langue gutturale et magique, CARPE NOCTEM sonne comme la quintessence du Black Islandais, tous les meilleurs et typiques ingrédients sont là, mais il les conjugue avec des passages atmosphériques et une écriture évolutive, ce qui faisait déjà la force et le charme de "In Terra Profungus".
"Vitrun" est une réussite grâce à son écriture et s’impose avec la force de l’évidence, tout coule de source, tout s’enchaîne, tant et si bien qu’on arrive à la fin du disque sans même s’en apercevoir.
Tout en s’épanouissant joyeusement dans les noirs et chaotiques cumulonimbus CARPE NOCTEM parvient à rester totalement lisible et cohérent. Ainsi les relatifs défauts de "In Terra Profungus" sont tous corrigés, que ce soit la batterie bordélique où les changements trop abruptes.

Lorsqu’on décortique la bestiole on se rend compte que rien n’est gratuit, rien n’est en trop, et que bien au contraire chaque élément est utilisé avec parcimonie et pertinence. C’est le cas par exemple des parties rapides qui sont, en général (peut-être à l’exception notoire du premier titre très rentre-dedans), l’apothéose préparée de longue date par d’implacables montées et qui sont là pour signifier véritablement que le paroxysme émotionnel a été atteint. La vitesse et l’intensité reprennent du sens et du coup de l’importance. Le groupe en joue habilement et l’on verra même ces blasts dépasser les bornes de la frénésie jusqu’à littéralement dérailler, par deux fois, sur l’excellent "Og Hofið Fylltist Af Reyk", ce qui permet d’ailleurs au titre de rebondir.

L’autre originalité de CARPE NOCTEM, déjà explorée sur "In Terra Profungus", c’est sa dimension atmosphérique et progressive qui se déploie à travers des passages "calmes" (ce qui n’empêche pas une tension sous-jacente) aux accents nocturnes. Nous les retrouvons sur "Vitrun" au service de l’écriture évolutive, conférant souffle et mystère à l’ensemble. Ce sera une intro faite d’étranges cornes dans la brume et un final Ambiant Noisy pour "Upplausn" par exemple, ou un long break Noisy tribalo-Rock fiévreux et tellurique au milieu de "Og Hofið Fylltist Af Reyk", battu par les coups de tonnerre de la basse et traversé de stridences guitaristiques.
Le cœur du disque est à ce titre particulièrement éloquent. "Hér Hvílir Bölvun" est en montée constante, à partir d’une longue introduction constituée de délicats arpèges acoustiques réverbérés et de cymbales feutrées qui génèrent un climat crépusculaire, doux mais inquiétant (bruitages discordants derrière), la distorsion prend son temps pour arriver (à 3 minutes 27) et quand le blast irrésistible et entêtant prend finalement le pouvoir, il s’est déjà écoulé cinq minutes et vingt-et-une secondes.
Après cela il semble tout naturel que
"Úr Beinum Og Brjóski" assure une transition non-Metal (acoustique étrange et presque aquatique, basse grasse), une respiration judicieuse avant de replonger pour le titre final.

La production est ample, telle la fumée épaisse du volcan Eyjafjöl, elle sature tout l’horizon. Les guitares ont un beau grain léger qui sied aussi bien aux vastes murs de sons, aux puissants soubresauts qu’aux trémolos mélodiques qui déchirent le ciel d’orage de leur clarté éraillée. On saluera le travail de leur bassiste Árni Bergur Zoëga (ÁRSTÍÐIR LÍFSINS), qui derrière les manettes dote ce second album d’une sonorisation maison idéale où atmosphère et virulence fusionnent. On appréciera de constater qu’il existe une autre voie que celle des Studio Emissary de Stephen Lockhart (SINMARA, SVARTIDAUÐI, et à peu près tout le monde en Islande.)
La batterie opte pour une sonorisation brute parfaitement équilibrée dans le mix, le jeu de
Helgi, pour moi le meilleur batteur de la scène, assure dans tous les registres, de la pulsation jaillissante (le blast vitalisant qui propulse "Sá Sem Slítur Vængi Flugunnar Hefur Náð Hugljómun") aux plus délicats climats. Malgré la belle intensité de ses blasts il saura demeurer en deçà de la nervosité frénétique mise au service de MISÞYRMIMG ou NAÐRA.

Je vous dépeins une franche réussite, d’autant plus satisfaisante qu’elle était pour partie inattendue, que les écoutes très soutenues et l’écriture pointilleuse de cette chronique ne font que confirmer, mais j’avoue avoir mis du temps à me rendre compte de l’évidence. Aux premières écoutes, l’impression était certes plaisante mais pas forcément satisfaite et j’étais loin de me douter que je finirais par le considérer, avec je crois beaucoup d’objectivité, comme une des plus grandes réussites de la scène, et que j’irai même jusqu’à oser penser qu’il puisse être quasiment supérieur au nouveau SVARTIDAUÐI.
Il est vrai que le Black Metal venue d’Islande est rarement facile d’accès. Tumultueux, chaotique, ritualiste, il ferait presque passer le Black Norvégien pour du Rockabilly. Il faut systématiquement multiplier les écoutes afin que votre cerveau décante le maelström et il faut se méfier de la première impression. "Vitrun" ne fait pas exception. Néanmoins, une fois apprivoisé, il s’avère plutôt limpide, imparable dans sa cohérence, follement agréable et absolument pas épuisant. On ne peut pas en dire toujours autant de tous les méfaits Islandais.

CARPE NOCTEM vient de lancer officiellement la deuxième salve du Black Islandais avec tout ce qu’on peut espérer d’un vétéran accompli, tout et bien plus encore. On peut remercier le quintette soudé (le line-up n’a jamais bougé, fait rare dans cette scène agitée) pour cette œuvre qui prouve au monde que la scène peut évoluer tout en restant elle-même.

Note réelle : 4,5/5.

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   PERE FRANSOUA

 
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1. Söngurinn Sem Ómar Milli Stjarnanna
2. Upplausn
3. Og Hofið Fylltist Af Reyk
4. Hér Hvílir Bölvun
5. Úr Beinum Og Brjóski
6. Sá Sem Slítur Vængi Flugunnar Hefur Náð Hugljómun



             



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