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BLACK METAL  |  DVD

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GORGOROTH - Black Mass Kraków 2004 (2008)
Par PERE FRANSOUA le 8 Mai 2017          Consultée 611 fois

Disons-le tout de suite ce concert a été un événement sans précédent dans l'histoire du Metal. En lui-même le show fut un pinacle du Black Metal tirant jusqu'au cirque caricatural, intronisant la bande de Bergen comme le dernier des grands méchants. Mais ce sont surtout les démêlés avec la justice qu'occasionna le spectacle qui achevèrent de transformer GORGOROTH en superstar de la scène, apportant une renommée sans précédent à certains de ces membres. Que s'est-il donc passé ? Diable je n'en puis plus de tout ce suspense. 

Lors de leur passage en Pologne pour se faire filmer sur la célèbre scène du studio Krzemionki (sur laquelle on avait déjà vu ENSLAVED filmé pour son DVD "Live Retaliation"), nos amis Norvégiens venaient de sortir "Twilight Of The Idols" en 2003, un album très particulier entièrement composé par leur nouveau bassiste King Ov Hell et leur nouveau batteur Kvitrafn (trois titres de ce nouvel album seront joués ce soir-là). Infernus, le maître de la bête, fondateur et principal compositeur, avait commencé à reculer pour laisser faire ces comparses plus inspirés, résultant en un changement notable de la musique. 

Le line-up pour ce show rassemble une galerie de personnages hauts en couleurs, tous talentueux à leur manière. Le maître de cérémonie est Kristian "Ghaal" Espedal, recruté comme remplaçant du chanteur Pest depuis le pseudo album "Destroyer". Ces vocaux versatiles et hallucinants dont il avait fait une probante démonstration avec son groupe TRELLDOM ont perdu en variété avec GORGOROTH pour se concentrer sur ses cris les plus stridents (qui remplissent ce Live, à l'exception de quelques passages avec des vocaux graves comme sur la seconde moitié de "Forces Of Satan Storms"). Faisant reposer tout son jeu de scène sur sa présence pesante et sa stature imposante, le grand odiniste, les bras bardés de piques, se déplace avec lenteur et parcimonie, se contentant de toiser le public de son regard bleu acier et, pour seule expression, lever le bras gauche pour faire le signe des cornes. De tout le show jamais il ne headbanguera, rien, pas même un petit hochement du chef. Cette austérité un peu exagérée dont le stoïcisme confine au ridicule lui sied pourtant assez bien et paradoxalement fait son effet. 
À la batterie se tient le blond Kvitrafn, quasi inconnu à ce moment-là mais qui marquera ensuite l'histoire de la musique sous son vrai nom, Einar Selvik, avec l'immense WARDRUNA, qu'il commencera avec Ghaal. C'est d'ailleurs assez amusant rétrospectivement de le voir grimé, sans barbe et avec une longue toison blonde, marteler ses fûts sur un groupe aussi peu fin. L'autre nouvel homme fort est le bassiste Tom Cato Visnes dit King, que l'on retrouve déjà ici avec son jeu de scène caractéristique, jouant de sa quatre cordes aux doigts et se tordant dans des poses de guitar hero. Le second guitariste invité n'est autre que Ole Jørgen "Apollyon" Moe de AURA NOIR (et DØDHEIMSGARD, et LAMETED SOULS, et IMMORTAL, et... etc.) qui affublé de cartouchières assura une prestation professionnelle. Et enfin il y a notre cher Infernus, Roger Tiegs à la ville, qu'on sent déjà un peu exclu, caché derrière ses cheveux noirs mais qui semble se libérer lorsqu'il interprète avec entrain ses meilleurs riffs.
Une telle collection de personnalité extrêmes et d’egos surdimensionnés ne pouvait qu'exploser ce qui arriva quelques petites années plus tard et finit, comme chacun sait, en procès, s'étripant pour savoir qui garderait le nom et profiterait des dollars. 

Histoire de bien marquer le coup, le show accumule tous les gimmicks du Black Metal et pousse la mise en scène jusqu'à l'abus. Fidèle à son style plus noir que noir, GORGOROTH fait dans le corpse paint décrépi, le cuir lourd, les clous, les balles et assez de piques pour exciter un hérisson. Classique. C'est au niveau du stage-set qu'ils bâtent tous les records. Le devant de scène est un vrai rempart de bois et de barbelés, embelli par des torches et des têtes de moutons plantées sur des piques. Comme depuis MAYHEM le public doit être blasé par les têtes de bestioles (la bande à Necrobutcher fait plutôt dans le cochon), pour l'événement GORGOROTH en aligne toute une ribambelle, mais surtout en fout des tonnes partout, étalés au sol sur toute la longueur de la scène, en petits tas de-ci de-là, des jolis monticules qui décorent aussi sympathiquement les pieds de quatre énormes croix en bois sur lesquelles sont attachés comme le Christ quatre figurants, tous nus, avec des sacs noirs sur la tête. 
Attardons-nous un instant sur cette drôle de mise en scène. Pour la parité on a deux mecs et deux nanas, plutôt bien de leur personne, qui sont copieusement filmés. On ne peut que compatir avec les quatre prestataires car ça doit être sacrément dur de tenir plus d'une heure sans bouger, les bras écartés suspendus par des cordes, le sang qui circule mal, l’ankylose, l'envie de se gratter et suant comme des cochons. Pas étonnant donc de voir que la fille à droite de la batterie jette l'éponge et se fait décrocher dès la troisième chanson, suivi de peu par sa camarade, celle crucifiée à l'avant gauche, décrochée discrètement au début du cinquième morceau. En revanche, les deux messieurs ont tenu tout le show la quéquette à l'air, sans bouger. Bravo les gars !

Le blasphème était donc à son comble en ce soir de février 2004 (inutile de parler des deux énormes pentagrammes disposés de part et d'autre) dans la ville de Cracovie, qui n'est pas n'importe quelle bourgade de la très catholique et réactionnaire Pologne, car oui c'est bien la ville natale de Karol Józef Wojtyła A.K.A Jean Paul II (enfin presque, il est né juste à côté à Wadowice). Pas étonnant donc que les autorités se soient intéressées de près au concert et que tout cela finisse en procès pour maltraitance animalière et offense religieuse. Et même si le groupe s'en est finalement bien sorti, les bandes de l'enregistrement furent confisquées, ceci expliquant en partie pourquoi le concert fut édité seulement quatre ans plus tard (en 2008 via Metal Mind Productions). Entre-temps le groupe a explosé (après un ultime opus sorti en 2006), Ghaal et King se barrant avec le nom et du matos pour un futur album qui sortira finalement sous le nom de KING OV HELL. Infernus gagnera finalement le droit de rester propriétaire de l'entité qu'il a créée et dont il a été le principal compositeur sur cinq albums. Il récupéra son bébé en même temps que la niaque perdue, s'acoquinant avec le très sataniste producteur suédois Tomas Asklund (connu aussi comme batteur pour DISSECTION et DARK FUNERAL).

Revenons à nos (têtes de) moutons. Filmé de façon très pro par de nombreuses caméras dont une montée sur bras qui vole au-dessus de la foule et une sur rails qui glisse sur tout le long de la scène, le show est d'un haut niveau. Bien que perpétuellement baigné dans des lumières orangées (se déclinant du jaune au rouge) telle les flammes de l'Enfer, généré par un light show haut de gamme (des lumières qui bougent de partout) les musiciens sont bien visibles (quoique des fois un peu surexposés). Filmés sous tous leurs angles ont profite du spectacle. On voit beaucoup l'imposant Ghaal (il doit être d'autant plus facile à shooter qu'il ne bouge presque pas) et si parfois le montage est nerveux l'on savourera aussi les plans s'attardant sur les bons riffs joués par Infernus. C'est d'ailleurs là que réside pour moi l'intérêt principal de voir GORGOROTH en live. Les nouveaux titres composés par King extraient de "Twilight Of The Idols" ne sont pas si dégueu, dans leur genre mur de son (je ne crache pas sur "Of Ice And Movement..." et son côté "Transilvanian Hunger"), mais c'est clairement sur les hits composés par Infernus, à la fois vindicatifs et catchy, que l'on vient prendre son pied.
En effet, au-delà des postures misanthropes et diaboliques exagérées et ridicules, l'intérêt du groupe réside dans la qualité des morceaux de ses trois premiers albums, avec ce feeling Thrash/Rock très accrocheur tout en étant totalement Trve. Et malgré l'absence totale de titres issus du premier opus, le concert nous fera kiffer avec de nombreux tubes infernaux tirés de "Antichrist", comme "Bergtrollets Hevn" mon titre préféré, avec son passage mythique en trémolo, et surtout de l'album "Under The Sign Of Hell" (particulièrement à l'honneur avec 4 titres) dont "Projetens Upenbaring" et son chant clair viking et emphatique, "The Rite Of Infernal Invocation" aux riffs entraînants ou le véloce "Revelation Of Doom" offert en fin de set. Tous ces titres, correctement exécutés et bénéficiant d'un son idéal, nous ravissent et sont une raison suffisante pour se mater ce Live. 

Au-delà de la polémique et des procès, par-delà le sensationnel sataniste éculé juste bon à offenser la très conservatrice Pologne, ce show à Cracovie demeure un bon spectacle de bon Black, très pro, bien joué et bien filmé. C'est également le témoignage de la puissance de feu d'une certaine incarnation de GORGOROTH, qui n'est pas ma favorite il est vrai (je lui préfère par exemple sa configuration plus récente avec Hoest de TAAKE en frontman terrifiant) mais qui demeure sa plus célèbre. La horde sauvage, agrégat improbable de personnalités extrêmes, très créatives mais très égotistes, toujours au bord de l'explosion, n'était pas faite pour durer. 
Ce Live constituera donc une bonne entrée en matière pour s'initier au vrai Black de grands méchants, qui saurait rester séduisant tout en envoyant du lourd, à coup de têtes d'agneaux, de gens tous nus crucifiés, de piques, de clous et de Rock'N'Roll diabolique. Pour d'autres ce sera la dernière grande messe noire et grand-guignolesque d'un groupe instable et inconstant mais qui est aussi capable de délivrer un Black orthodoxe et authentique de tout premier choix. 
En plus du concert, le DVD propose quelques bonus assez inutiles : deux titres lives mal filmés datant des années 2000, et des galeries de biographies et de photos. Pas de quoi casser cinq pattes à un mouton sans tête. C'est bêêêêête !

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   PERE FRANSOUA

 
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- Kvitrafn (batterie)
- Gaahl (vocaux)
- Infernus (guitare)
- King Ov Hell (basse)
- Apollyon (guitare)


1. Procreating Satan
2. Forces Of Satan Storms
3. Possessed (by Satan)
4. Bergtrollets Hevn
5. The Rite Of Infernal Invocation
6. Profetens åpenbaring
7. Of Ice And Movement...
8. Ødeleggelse Og Undergang
9. Blood Stains The Circle
10. Unchain My Heart!!!
11. Revelation Of Doom
12. Destroyer
13. Incipit Satan



             



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