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BLACK METAL  |  COMPILATION

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- Style : God Seed

BURZUM - From The Depths Of Darkness (2011)
Par PERE FRANSOUA le 22 Décembre 2016          Consultée 943 fois

Que se passe-t-il lorsqu'un artiste profane sa propre légende ?

Varg Vikernes, né Kristian, artiste controversé comme chacun sait, a osé jouer et réenregistrer ses titres préférés issus des deux premiers albums "tels qu'ils auraient dû être" à l'époque de sa fougueuse jeunesse. Il va sans dire que ce disque, présenté comme étant une compilation, fait débat et divise les fans.
Ses titres enregistrés à l'époque avec une intention iconoclaste sont devenus depuis des icônes intouchables que chacun idolâtre dans son coin depuis plus de vingt ans.
Et voilà que l'auteur même de ces icônes se permet de leur faire une restauration, ou pire encore, une relecture, une révision, que dis-je un ravalement !
-"Mais non, Chri-chri d'amour, de quel droit touches-tu à nos précieuses reliques ?"
C'est que le monsieur a tous les droits, c'est sa musique, son art et sa propre légende. On sait tous bien qu'il ne fait que ce qu'il veut, c'est d'ailleurs pour ça qu'on l'aime, étant seul capable d'avoir pondu à l'époque des œuvres aussi originales, alors si ça lui plaît de regarder dans le rétroviseur, on le suit ou l'on fuit.

Mais d'abord pourquoi une telle envie ? J'y vois un ultime désir de se confronter à son passé le plus brut, de s'y replonger comme on replongerait dans ses souvenirs en regardant de vieilles photos retrouvées dans le grenier de ses parents. Qui n'a pas rejoué secrètement avec ses vieux jouets avant de les ranger pour toujours ?
Ce disque de reprises servira donc à clore le cours chapitre du retour au Metal entre la sortie de prison et le glissement vers une musique plus en accord avec sa vision, et disons-le sans intérêt.
Pour autant était-il vraiment nécessaire de réenregistrer une partie de ses deux premiers albums en les adaptant à ses goûts du jour, à savoir une production et un chant proche de "Belus" et "Fallen" ? Où est l'intérêt pour nous, simples auditeurs ?

J'avoue qu'aux premières écoutes je fus plutôt choqué par le résultat. La voix soufflée à peine grinçante et les guitares au son énorme dissipent la nuit et le brouillard en rendant chaque détail trop audible. En un mot Vikernes dilue sa propre magie. Après tout, en se faisant rare et n'ayant jamais joué en concert, il avait toujours préservé BURZUM de la démystification qui frappe tous les autres groupes qui offrent leur musique en pâture.
De plus le choix de reprendre une majorité des titres du premier album mais seulement deux du second album est plus que discutable. On ne regrettera évidemment pas l'absence des instrumentaux comme "The Crying Orc" ni celle du récréatif mais trop BATHORYesque "War", mais on déplorera celle de bien des pistes de "Det Som Engang Var", à commencer par "Lost Wisdom" que j'adore depuis ma tendre adolescence. Le seul titre instrumental à avoir été conservé est "Channelling The Power O f Minds Into A New God" mais il est dorénavant joué à la guitare électrique.

Pourquoi les versions originales sont-elles si sacrée ?
Écouter "Burzum" et "Det Som Engang Var" dans leur jus, c'est un aller simple pour la terrible et fascinante période de l'éclosion du Black Norvégien. Un témoignage sonore radical d'une époque mythique et chaotique, issu de la création fiévreuse et prolifique par un seul homme parallèlement responsable de la radicalisation idéologique et criminelle d'un noyau de musiciens devenus des légendes.
Les quatre premiers BURZUM sont formidables car ils représentent une affirmation artistique forte et révolutionnaire, par leur enregistrement et leur production délibérément brute et par leur écriture narrative et immersive.
"Burzum" a été enregistré en quelques heures et généralement en une seule prise, avec les premiers instruments venus, par un seul et même garçonnet. Bien qu'enregistré dans un vrai studio pro (le fameux Grieghallen à Bergen), avec la complicité du producteur Eirik "Pytten" Hundvin (LE grand coresponsable du son norvégien), le but était de se rebeller contre ces "bonnes productions" sans âmes et toutes semblables qui tuaient le Death Metal, de retrouver le son des vieilles démos pleines de vie et de capter la fraîcheur et l'authenticité d'un artiste frais et authentique, exprimant pleinement sa vision personnelle à travers le one-man band. Il n'en reste pas moins qu'au-delà de la posture artistique le son était faible et bien des passages peu audibles. On pourrait donc penser qu'aujourd'hui Varg se tire une balle dans le pied en tombant dans les travers de la "bonne" production qu'il fustigeait à l'époque, ce nouveau son plus audible ruinant la démarche artistique et tuant l'ambiance originelle. Mais ce serait oublier que le son s'est très légèrement amélioré dès "Det Som Engang Var", (enregistré en avril de la même année avec des titres issus du même vivier que le premier album) et que "Filosem", bien qu’archi-radical et totalement anticonformiste, possède un son hallucinant. Reconnaissons enfin que le son des guitares de "From The Dephts Of Darkness" est tout bonnement excellent. Une fois passé la stupéfaction, on se rend bien compte que le travail avec Pytten (le complice de toujours) est une réussite. Le son des guitares mord sauvagement, avec une disto idéale au fuzz bourdonnant qui laisse pourtant se révéler toutes les subtilités de la musique. On entend désormais assez distinctement chaque note. L'entremêlement des deux guitares s'apprécie enfin pleinement. Elles s'épanouissent à travers ce son puissant si surprenant au premier abord.

Mais il n'y a pas que le son qui rendait les premiers BURZUM si cultes, le plus important étant les chansons dont l'écriture était excellente et les structures novatrices. Composées comme des histoires avec une progression dramatique, elles tranchent avec le song-writting en vigueur dans le Metal Extrême à l'époque. Ses trémolos mélodiques et ses arpèges étouffants porteurs de désespoir demeurent des joyaux. Et là il n'a heureusement presque rien changé. Les titres sont joués à la note prés avec quelques exceptions notables (comme ses quelques disparitions de notes sur "My Journey To The Stars"), avec une plus grande maîtrise instrumentale et généralement avec des tempi un peu plus soutenus (à l'exception des passages lents qui semblent encore plus lents) voire carrément déchaînés (comme "Key To The Gate", qui devient carrément endiablé).
C'est le chant qui décontenancera le plus évidemment. Les cris aigus de bête désespérée mais enragée, hurlé à pleins poumons par le jeune homme, sont remplacés par les mêmes raclements contenus, comme dans un souffle fantomatique, que ceux de "Belus/Fallen". Un peu faiblarde sa voix retrouve du mordant et de la folie sur le virulent "Turn the Sign of the Microcosm (Snu mikrokosmos' tegn)", dont les blasts répétitifs annoncent déjà l’album suivant. En revanche, toute l'expressivité des vocaux écorchés et plaintifs de "Key To The Gate" a disparu et privent le morceau de son exubérance. On se doutait bien qu'il ne pourrait ou ne voudrait plus hurler comme à l'époque. Et si on s'habitue finalement à ces vocalises loin d'être mauvaises on regrettera toujours ses célèbres cris qui faisaient une grande partie du charme sulfureux des premiers disques.
Un mot pour finir sur la batterie qui toujours aussi épurée sonne différemment. Varg confesse dans ses petites vidéos que son niveau de jeu, déjà assez basique, a été ruiné par les années sans pratique en prison. Il sauve les meubles en faisant des copier-coller répétés de courtes parties jouées de son mieux. Le résultat conserve néanmoins la simplicité et l'efficacité originelle.

L'heure du bilan a sonné. En reprenant l'essentiel du premier album et deux titres du second dans des versions soi-disant améliorées, Varg Vikernes a commis un sacrilège envers ses propres créations et donné l'occasion à ses fans de cracher sur une démarche forcément mercantile. Néanmoins si l'on comprend que les nouvelles versions ne remplacent pas les originales (elles gardent toute leur force artistique et historique) il est fort agréable de savourer tous ces chefs d'œuvre dans des atours plus saillants. Est-ce que la magie originelle est intacte? Non. Est-ce que les titres sont assez forts pour souffrir une révision, aussi bonne soit-elle? Oui, mille fois oui.
Varg lui-même sait bien qu'il ne pourra plus composer de telles pièces, de toute façon ça ne l'intéresse plus. De même il ne marquera plus jamais l'histoire. On ne peut être révolutionnaire qu'une fois. Il ne lui reste plus qu'à se faire plaisir en rejouant ses classiques, comme le font tous les artistes, et à se filmer en train de les jouer, assis à son bureau, ultime démystification et pourtant cent pour cent fan-service.
Les deux versions se laisseront écouter parallèlement, l'une et l'autre se répondant à travers les âges, pour au final réaffirmer une chose simple qu'on a pourtant des fois tendance à oublier: BURZUM est immense, unique et formidable.

Notes réelles : 5/5 pour l'écriture; 3,5/5 pour l'exécution; 2/5 pour la voix; 2,5/5 pour la démarche.
3,5/5 au global.

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2. Feeble Screams From Forests Unknown
3. Sassu Wunnu (introduction)
4. Ea, Lord Of The Depths
5. Spell Of Destruction
6. A Lost Forgotten Sad Spirit
7. My Journey To The Stars
8. Call Of The Siren (introduction)
9. Key To The Gate
10. Turn The Sign Of The Microcosm (snu Mikrokosmos' T
11. Channelling The Power Of Minds Into A New God



             



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