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Steven WILSON - Grace For Drowning (2011)
Par JEFF KANJI le 25 Mars 2012          Consultée 3616 fois

Envoûtant et exigeant. Voilà sans doute ce que je dirais si je devais résumer en deux mots les sensations ressenties à l’écoute de ce deuxième opus du leader de PORCUPINE TREE.

Envoûtant.
Les ambiances et paysages sonores tissés par STEVEN WILSON sont à nuls autres pareils.
Bien entendu, on ressent la filiation évidente avec certains grands du rock progressif, notamment KING CRIMSON, MIKE OLDFIELD et PINK FLOYD et l’utilisation d’instruments aussi incongrus que le Chapman Stick et autres Warr guitar sont bien dans l’esprit expérimental inhérent à la musique progressive. STEVEN WILSON donne tout au long de son album une place privilégiée au saxophone et à la clarinette qui servent de fil conducteur. Theo Travis nous régale au passage d’impressionnantes improvisations qui donnent une couleur encore plus particulière à ce disque. En revanche on a affaire ici à un double-album, l’essence des deux galettes diffère donc grandement.
"Deform To Form A Star" est un ensemble très atmosphérique qui mêle expérimentations sonores (les quarante pistes de chant de "Grace For Drowning") et pièces plus accessibles comme la pièce-titre dont la mélodie est d’une pureté que seuls les Anglais semblent savoir ciseler. Le génie Anglais ne s’est fixé absolument aucune limite musicale en dehors de son concept et le chant n’est donc pas l’élément moteur de chaque compo. Il intervient sporadiquement au même titre que chacun des instruments, ce qui au final équilibre beaucoup les morceaux, même les plus complexes, et Dieu sait si la musique de STEVEN WILSON l’est !
La deuxième galette, "Like Dust I Have Cleared From My Eyes" est d’ailleurs la plus complexe des deux. Une pièce comme "Raider II" n’a aucun sens pour moi et pourtant je suis transporté et halluciné tout au long des vingt minutes de cette musique qui est à l’image de ce que l’on pouvait trouvait de péjoratif dans le rock progressif il y a quarante ans à savoir une trop grande soif d’expérimentation et une cohérence parfois ténue.
À croire que STEVEN WILSON a voulu jouer avec nos sens ! "Deform To Form A Star" paraît peut évident aux quatre premières écoutes alors que "Like Dust…" semble au départ plus accessible. Sans que je puisse véritablement expliquer pourquoi. Il s’avère au final que le premier disque est beaucoup plus digeste et accessible (si cet adjectif peut s’appliquer à cette musique) et l’introduction qui donne son titre à l’album et qui semble imiter le chant des anges cède place à "Sectarian" qui renferme quelques unes des parties les plus heavy de cet album. Les trois morceaux suivants étant ce qui se rapproche le plus de chansons dans l’acceptation naturelle du terme, même si "Remainder Of The Black Dog" prépare à sa façon le début du deuxième disque.
Les premières pièces du second, à savoir "Belle De Jour" qui porte son titre à merveille, "Index" et "Track One" sont relativement courtes, et on retrouve une certaine efficacité dans chaque mélodie ("Belle De Jour" articulée autour d’un leitmotiv de guitare simple et épuré). Mais c’est pour mieux préparer le terrain aux deux pièces les plus ambitieuses qui concluent le disque et l’album. Et si on peut ressentir dans le début de "Raider II" le désarroi de l’auteur (qui a perdu son père à l’époque de la gestation de ce "Grace For Drowning") à travers une noirceur musicale que la plupart des groupes de Black n’atteindront jamais, c’est pour faire place à une longue suite progressive que n’aurait pas renié GENESIS. STEVEN WILSON, à l’image de MIKE OLDFIELD, s’efface complètement pour qu’on ne s’attarde que sur sa musique. Démarche à la fois humble et payante. Le spleen de l'auteur est palpable à chaque instant et ne bascule jamais dans la caricature. Il reste en retenue ; les passages les plus sombres étant ainsi très mélancoliques mais jamais vraiment tristes. Un grand artiste.

Exigeant.
Ne vous attendez pas à trouver ici un prolongement de PORCUPINE TREE, ce dernier est quasi pop et accessible à côté.
L’écoute de "Grace For Drowning" doit être assidue et prolongée et surtout intégrale. L’album perd tout son sens si chaque pièce est jouée indépendamment. Et les sensations que procure son écoute complète sont indescriptibles. Tous les repères musicaux sont chamboulés et si on semble connaître maintenant STEVEN WILSON, cela doit beaucoup au travail et à l’ouverture musicale et sonore qu’il a su insuffler à des groupes comme OPETH ou ORPHANED LAND, transfigurant ou chamboulant leur approche musicale. Ses talents de producteur font aujourd’hui référence dans le métier. On connaît donc au final peu sa musique. Attention, ce disque n’a quasiment rien de Metal et n’a en conséquence absolument pas les mêmes codes. On ne peut pour ainsi dire pas se raccrocher à un riff, une mélodie ou un refrain. Je le déconseille donc aux amateurs qui recherchent efficacité et accroche, ils n’y trouveront pas leur compte. Le lit sonore, très mouvant et atmosphérique tout au long des deux galettes peut sembler assez abstrait, à part pour un musicien averti. Les progressions et mesures composées de "Sectarian" sont aussi désarçonnantes qu’haletantes et la rythmique saturée appuyée par la batterie qui suit son prolongement manifeste des accointances que STEVEN WILSON a pu trouver dans le Metal ces dernières années. Ce long final apocalyptique qui vient conclure la deuxième partie de "Raider II" est à l’avenant. Autre exigence de la musique du Sieur Wilson, écoutez là à volume raisonnable et sur un bon matériel (pas de mp3 ou de poste voiture donc) ; le travail sur les nuances et la dynamique étant particulièrement poussé, jusque dans la production qui offre de grandes respirations.

Un album donc passionnant et très riche. Le compte-tours du lecteur pourra défiler un moment jusqu’à ce que vous puissiez saisir les subtilités de cette musique. Et je peux vous dire qu’il s’en repère de nouvelles à chaque écoute (ce qui n’a pas facilité la rédaction de cette chronique). STEVEN WILSON jouit d’une crédibilité sans pareille. J’en veux pour témoignage l’importance et la qualité des guests qui ont contribué à cet album ; des pointures comme Jordan Rudess, Tony Levin ou encore Steve Hackett ne se seraient pas associés et impliqués à ce point dans le projet juste pour les beaux yeux de l’Anglais. J’aimerais à cet égard mettre en lumière le jeu de batterie monumental de Nic France, à la fois nuancé et habité par le groove, qui supporte très bien la comparaison avec Chris Maitland et Gavin Harrison (PORCUPINE TREE). L’appréciation de ce disque dépendra donc beaucoup des affinités de l’auditeur et de son degré d’immersion dans cette musique dense, descriptive, atmosphérique et sensible.

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   JEFF KANJI

 
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- Steven Wilson (chant, guitare, basse, claviers, harmonium, programmation, a)
- Jordan Rudess (piano,)
- Theo Travis (saxophone soprano, clarinette, flûte)
- Ben Castle (clarinette)
- Nick Beggs (chapman stick)
- Tony Levin (basse)
- Nic France (batterie)
- Markus Reuter (u8 touch guitar)
- Trey Gunn (warr guitare, basse)
- Pat Mastelotto (batterie électronique & acoustique)
- Steve Hackett (guitare)
- Mike Outram (guitare)
- London Session Orchestra (cordes)


- vol 1 – Deform To Form A Star
1. Grace For Drowning
2. Sectarian
3. Deform To Form A Star
4. No Part Of Me
5. Postcard
6. Raider Prelude
7. Remainder The Black Dog

- vol 2 – Like Dust I Have Cleared From My Eye
1. Belle De Jour
2. Index
3. Track One
4. Raider Ii
5. Like Dust I Have Cleared From My Eye



             



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