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METAL INDUS  |  STUDIO

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KILLING JOKE - Pandemonium (1994)
Par SHUB-NIGGURATH le 4 Décembre 2007          Consultée 4966 fois
Impossible de renifler la moindre fragrance métallique dans la musique protéiforme que proposait Killing Joke dans le courant des années 80, alors que l’influence de Jaz Coleman et Geordie Walker s’est répandue tous azimuts, bien au-delà du salmigondis rock-pop-cold-new wave dont ils étaient déjà les meilleurs VRP l’époque. En effet, si Metallica avait su leur rendre un sympathique hommage avec la reprise crypto punk de « The Wait », d’autres ne se sont pas gênés pour faire tranquillement leurs commissions au rayon synthétique, sans parler du célèbre copier coller de Nirvana. Il est donc plus que temps, en 1994, de remettre tout ce petit monde à sa place.

Chose faite avec « Pandemonium », œuvre immense et incontournable. Killing Joke sort les grands couteaux et découpe en rondelle tous ceux qui, appliquant sa méthode sans vergogne, ont tenté de passer le genre métallique à la moulinette électronique. S’il reviendra aux amateurs de Nine Inch Nails d’en juger, la cause semble définitivement entendue pour Ministry.

Basse au son énorme et ferrugineux, riffs qui scotchent au plafond sans surenchère biscornue ni pachydermique, voilà des bases qui en renvoient déjà plus d’un à l’école. Jaz Coleman n'y voit qu'une nouvelle manière de façonner les aspérités tranchantes de son univers tourmenté. Un simple matériau donc, fondu dans le creuset de compositions nourries des origines égyptiennes du chanteur, cordes et percussions en avant, le tout tamisé et remodelé au moyen de la batterie de cuisine industrielle étrennée lors de la période cold wave (samples, synthés, boîte à rythme, vocal box, filtres, etc. tout y passe). L’alchimiste en chef, bien secondé par son disciple et guitariste, obtient la formule parfaite pour densifier, sans jamais la surcharger, l’atmosphère mystique, empreinte d'un orientalisme halluciné et enivrant, qui poisse dans son pandémonium torturé. Un travail minutieux, riche et cohérent, à côté duquel l’efficacité de « Psalm 69 » devient toute relative et ressemble davantage à un bricolage d’amateur.

Le titre éponyme plante le décor, terrifiant et fascinant. L’intro entrouvre les portes d'une Byzance fantasque et mystérieuse, dont explose soudainement le vacarme ahurissant où la guitare pleure des arabesques déchirées, avant que la basse et le riff, colossal, ne les referment violemment. Jaz Coleman, dont les accents pop sur les couplets se muent en cri d’écorché vif sur le refrain, y annonce des lendemains qui ne chantent vraiment pas. Le medium prodigue, avec « Millenium » la même consultation anxiogène, perlée de séances d'hypnose, sur fond de riff lourd et martial. Le climat sensuel et les vapeurs doucereuses de narguilé de « Communion » anesthésient les dernières velléités de résistance et invitent les nouveaux convertis à la transe générale, là où « N.W.O » et « Just One Fix » parvenaient juste à garantir l’ordonnance de paracétamol.

Le gourou avait déjà étalé la force de ses pouvoirs, personne n'ayant pu sortir indemne de la démonstration opérée sur « Exorcism ». Ambiance tribale, synthé vintage, riff abrasif, boîte à rythme qui commence à chauffer, encerclent un Jaz Coleman qui crache, invoque et ordonne à l'auditoire de laisser s'exprimer ses propres démons. Let it rise ! Eprouvant. Certaines de ces invocations auraient été d’ailleurs été enregistrées (d’après le livret) dans la chambre royale de la grande pyramide de Kheops. Barré pour barré, autant l’être jusqu’au bout. Même delirium, brutal et technoïde, avec « Whiteout », au refrain plus Ministry tu meurs et qui envoie Al Jourgensen au tapis. Pas besoin d’empiler les mêmes lignes de riff, ni d’une voix trafiquée « lonely tunes » pour déboucher la tuyauterie auditive et lessiver le cortex. La démonstration s'achève sur le jovial et apocalyptique « Mathematics Of Chaos ». Emporté par la motrice déchaînée de Geordie Walker et un beat sudorifique, Jaz Coleman harangue et transcende ses troupes enfin réunies. Beaucoup courront derrière cette sonorité techno indus sans jamais pouvoir la reproduire.

Surtout, Jaz Coleman est un gros malin. Sachant que par définition, un pandémonium ne peut qu’être hétérogène, celui de Killing Joke ne se contente pas d’en mettre plein les mirettes et les esgourdes. Il se drape, par moment, d’une lueur blafarde et plus conventionnelle, afin de rassurer, par la même occasion, les fans traditionnels du groupe qu’emporterait sinon ce flot de magma. La formule est donc modifiée pour que les traces métalliques jusque là bien présentes restent collées sur le verre de la cornue. Les compositions n'en retiennent qu’un aspect rock plus affirmé, et les paroles, moins ésotériques, deviennent plus accessibles. « Black Moon » est l’emblème de ce net retour à l’essentiel cold wave. « Labyrinth » laisse ainsi entrevoir, au centre du capharnaüm, un dédale de ruelles étroites, miroir rassurant d’une réalité sans issue, dans lequel les habituels clowns tristes seront libres d'errer pour y ruminer leurs insolubles contradictions, rappelées par « Jana » et « Pleasures Of The Flesh ». Ces titres déstabiliseront sans doute les forçats du pilonnage. La technique sûre et légère de la guitare, le chant toujours hargneux de Jaz Coleman, leur donnent néanmoins une jolie fluidité et suffisamment d’allant pour être agréables.

L’album suivant, « Democracy », insistant davantage sur cet aspect, gagnera une homogénéité qui ne lui permettra pas de dégager pas la même brutalité, ce qui sera vite corrigé avec « Killing Joke 2003». Vu le nombre de bourre-pifs distribués, « Pandemonium » reste à l’heure actuelle la référence incontournable du Metal Electro Indus. Ministry n’arrivera jamais à reproduire une telle richesse, dont l’empreinte est encore présente chez tous les rejetons plus (Nine Inch Nails) ou moins (Rammstein) déclarés. Le chant habité de Jaz Coleman continuera lui aussi d’inspirer ses nombreux émules, au premier rang desquels Burton C. Bell de l’usine à peur.




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   SHUB-NIGGURATH

 
   RENERION

 
   (2 chroniques)



- Jaz Coleman (chant, claviers, batterie)
- Kevin "geordie" Walker (guitare)
- Martin "youth" Glover (basse)
- Geoff Dugmore (batterie)
- Tom Larkin (batterie)
- Larry De Zoete (batterie)
- Hossam Ramzy (percussions)
- Said El Artist (percussions)
- Aboud Abdel Al (violon)


1. Pandemonium
2. Exorcism
3. Millenium
4. Communion
5. Black Moon
6. Labyrinth
7. Jana
8. Whiteout
9. Pleasures Of The Flesh
10. Mathematics Of Chaos



             



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