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METAL ALTERNATIF  |  STUDIO

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THERAPY? - Nurse (1993)
Par BAAZBAAZ le 27 Octobre 2005          Consultée 3566 fois

Le temps de trois albums mythiques dans la première moitié des années 90, Therapy? s'est taillé un empire. Tout cela, aujourd'hui, est tombé en poussière. Mais peu importe le déclin commercial ou l'effondrement artistique. Ce qui compte, c'est le bref flirt avec l'histoire du rock que le groupe s'est autorisé à l'occasion d'une trilogie culte amorcée aux lisières de l'underground alternatif avec Nurse, puis poursuivie avec Troublegum – le rugissement métallique – et achevée avec le fragile et instable Infernal Love. Opportunément signé dans la foulée de la mode grunge, Therapy? a de loin dépassé le rôle dérisoire de pont jeté entre Nirvana et Metallica que les médias ont voulu lui attribuer : mieux valait foncer vers le soleil pour s'y carboniser avant de s'écraser au sol. Ce qui fit le groupe, dont les errements musicaux ont découragé depuis lors la majeure partie de ceux qui l'ont connu à une époque où – intouchable – il avait cloué sur place toute concurrence.

Oui, même Nirvana, même Metallica.

Trois albums, trois conquêtes distinctes qui lui apportèrent successivement une crédibilité et une légitimité dans les trois catégories où Therapy? avait choisi de boxer : celle de l'alternatif, spontané par son côté punk, cérébral par son aspect parfois torturé et sinueux ; celle du metal avec Troublegum où s'alignent en grondant des remparts de riffs ; celle enfin des charts, des clips en rotation lourde, des places gagnées ou perdues chaque semaine dans les hits MTV partout en Europe. Chaque album fut une rupture avec le style ou la stratégie artistique du précédent. A chaque fois, les fans furent déstabilisés et forcés de redéfinir l'image qu'ils se faisaient du groupe. Mais à chaque fois aussi, ce fut une progression, la réalisation de nouvelles idées, le dévoilement infaillible d'une facette jusque-là inconnue.

Trois fois, Therapy? sortit plus puissant, plus dominateur que jamais de sa carrière en rupture. Après, les idées désertèrent, les fans aussi.

Avec Nurse, c'est d'une victoire typiquement underground dont il est question. Suite à deux EPs qui ont tout raflé dans les charts alternatifs, le groupe mené par son leader Andy Cairns s'est imposé avec un mélange sombre de hardcore et de sonorités froides et industrielles, accompagné d'une forte dose de rythmiques en acier trempé, puissantes et entraînantes : on reconnaît par moment l'influence de Nirvana, mais surtout on croise dans la musique de Therapy? tant Black Sabbath et le thrash que le hardcore mélodique de Hüsker Düe ou le punk minimaliste des Ramones. Le son est sec. Beaucoup de morceaux sont construits autour d'une ligne aride – presque expérimentale dans son inspiration indus / techno – martelée d'une batterie en cascade au son très typique du groupe à l'époque : à la base de Nurse, on a ce sillon famélique et répétitif par-dessus lequel un type vient poser un groove complexe et déstructuré en frappant des boites de conserve.

Pas de quoi faire un chef d'œuvre ? Si. A condition que l'on ajoute encore deux choses.

D'abord, et c'est peut-être le plus important si l'on garde en tête qu'après ce disque surgira le dantesque Troublegum, le groupe possède cette chose si rare et si précieuse : l'art du riff. Et pas n'importe lequel, bien évidemment. Le riff metal.

Aux côtés de Metallica – on pourrait à la limite ajouter Iron Maiden si l'on s'en tient à la période Killers – c'est à Therapy? qu'il revient d'avoir poussé cet art jusqu'à son aboutissement le plus ultime. Certes, c'est à l'occasion de l'album suivant que le groupe va graver au fer rouge certains des passages rythmiques les plus terrifiants du genre. Mais Nurse, qui n'est donc sous cet aspect qu'une sorte de prémice, est parsemé de multiples fulgurances métalliques qui se plaquent sur les chansons et s'agrippent à elles dès qu'elles menacent de s'enliser dans leurs propres expérimentations. En lieu et place de la sécheresse alternative explosent les bombes acérées du heavy metal.

Le résultat, à la manière d'un « Teethgrinder » fiévreux et millimétré ou d'un « Accelerator » dynamité sur la fin par un riff implacable, prouve la maîtrise d'une écriture qui sait tirer le meilleur de tous les styles musicaux qu'elle synthétise. Une maîtrise traduite par la cohérence du disque, où les passages purement metal sont parfois à peine esquissés, ajoutant à la force intrinsèque du morceau comme dans le cas de « Perversonality », à moins qu'ils ne prennent carrément le dessus : c'est ce qui arrive deux fois dans Nurse. Et jamais l'ombre du géant Troublegum n'est aussi forte, imposante – ou écrasante – que ces deux fois là. Le vrai tube de l'album est l'un de ces morceaux, « Disgracelands », tout entier articulé autour d'un unique riff hallucinant d'évidence et d'efficacité, et que l'on pourrait croire unique si l'on ne savait avec le recul que Therapy? sera ensuite capable d'en aligner sans faiblir sur un album entier.

Autre chanson dans ce style, « Nausea » ouvre Nurse et révèle le plus l'influence du grunge. Des barbelés plantés par la guitare sur la crête des couplets y prennent en tenaille les mélodies vocales de Cairns, mélodies qui sont l'autre grand atout du groupe. Non pas qu'il s'agisse là d'un grand chanteur selon des critères purement techniques. Mais après tout, Johnny Rotten ne l'était pas non plus, ni Kurt Cobain. Mais ils avaient un timbre, un style, une palette vocale personnelle immédiatement reconnaissable. C'est aussi le cas de Cairns. Capable aussi bien de hurler des refrains punks que d'adopter un style plus intense ou mélancolique – notamment lors de la longue ballade « Gone » qui serpente au cœur de l'album – il renforce par la variété de ses voix et ses intonations rêches l'identité appuyée du groupe.

Bien sûr, ce n'est pas un album parfait. C'est un premier jet qui, en tant que tel, n'est pas exempt de déchets. La fin de Nurse, surtout, ne se hisse pas à la hauteur du reste. Certains crissements repoussoirs et certaines boucles expérimentales un peu maniérées rappellent d'où le groupe est en train de s'extirper, le milieu alternatif et ses aléas artistiques – on se souvient aussi de moments pénibles sur le premier Nirvana. Et cet aspect n'est pas si anecdotique si l'on rappelle que Therapy? renouera avec cette stridence initiale, sans pouvoir en retrouver la spontanéité, dans sa période la plus désastreuse – juste après son incroyable trilogie discographique.

Mais tout cela est encore loin quand sort Nurse en 1993. Un an plus tard, c'est Troublegum, et Infernal Love juste après. Trois années seulement comme preuve éclatante d'une inspiration de tous les instants dont ce premier album, premier acte d'une suprématie soudaine et éphémère, est la révélation bruyante.

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   BAAZBAAZ

 
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- Andy Cairns (chant, guitares)
- Martin McKeegan (basse)
- Fyfe Ewing (batterie)


- Nurse
1. Nausea
2. Teethgrinder
3. Disgracelands
4. Accelerator
5. Neck Freak
6. Perversonality
7. Gone
8. Zipless
9. Deep Sleep
10. Hypermania



             



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