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PINK FLOYD - The Wall (1979)
Par DARK BEAGLE le 20 Mai 2018          Consultée 2900 fois

Certains disques deviennent cultes pour des raisons obscures, qui défient parfois certaines lois métaphysiques voire tout simplement l’entendement, ce qui est le cas de "The Wall" de PINK FLOYD. Culte, ce double-album l’est indiscutablement, d’autant plus qu’il a été adapté en film par Alan Parker. Pour en savoir plus, je vous invite à (re)découvrir la chronique qu’en a fait Chapouk début 2017, elle vous en parlera nettement mieux que moi. Mais une chose est sûre avec cet opus : il ne laisse pas indifférent. On aime ou on déteste, souvent les avis sont très tranchés, il déchaîne les passions.
En guise de préambule, je tiens à préciser qu’il n’est pas dans mon habitude d’entamer une discographie par ce qui pourrait quasiment être la fin de la carrière de PINK FLOYD. Il n’est pas certain que je poursuive le cheminement du groupe non plus après cela, mais il est bon de parler de cet album sur un site comme Nightfall, ne pas se fermer cette porte en particulier (je ne parle même pas du Rock Progressif en général dont les accointances avec le Metal sont nombreuses). Bande de veinards, vous avez eu droit à deux introductions pour le prix d’une. Oui, on ne vous refuse rien sur Nightfall.

"The Wall", c’est un peu le début de la fin chez PINK FLOYD donc. Tout commence par un concert où Waters commet l’irréparable : cracher sur un fan qui l’énervait particulièrement aux premiers rangs. Après cela, il va rêver de pouvoir s’isoler du public en fabriquant un mur autour de lui, qui ne l’empêcherait pas de jouer, mais tout simplement de voir le public. À partir de là, le concept va être mis en place rapidement par le bassiste, qui va composer presque toutes les chansons de l’album, dans une ambiance qui devenait détestable, avec son lot de tensions, notamment entre Wright et Waters. Ce dernier a fait appel à Bob Ezrin, connu par le biais de ses productions pour ALICE COOPER – et ayant popularisé la bande à Vincent Furnier grâce à son travail dans l’ombre – ou pour KISS, connu également pour certaines boursouflures dont il a le secret. Wright voulait être impliqué à la production en compagnie de Ezrin, Gilmour et Waters, mais selon certains, il ne bougeait pas de sa chaise. Selon le claviériste, Waters se montrait parano avec les bandes. Ambiance, ambiance.

"The Wall" se détache complètement des deux dernières productions en étant double, déjà. C’est une bonne façon de se démarquer d’ailleurs. Bref, il est double et ce n’est pas un détail, mais il est surtout de composé de titres très courts principalement. Beaucoup font d’ailleurs office d’interludes et sur les vingt-six morceaux qui forment "The Wall" seuls trois dépassent les cinq minutes. Waters ne laisse en revanche aucun temps mort, tout est lié, l’histoire se déroule, sombre, implacable, pleine de réminiscences de la jeunesse de Waters : le père mort à la guerre, une mère trop possessive, un système scolaire qui tente de le faire entrer dans un moule. Tout cela, l’auditeur va le vivre également à travers le personnage de Pink (ouais, alors pour les noms, le bassiste ne se foule pas trop) qui se construit un mur imaginaire pour se protéger de ce qui l’entoure, avec tous les dysfonctionnements qui suivent. Il va devenir une Rock Star, se marier, être cocu et sombrer dans une folie quasi schizophrénique qui va le conduire à s’imaginer comme un dictateur fasciste. Seul un procès, où il est à la fois l’accusé et le plaignant, pourrait lui rendre son humanité. Difficile aussi de ne pas y voir des indices quant à la mégalomanie qui s’emparait de Waters.

Le concept est donc très ambitieux. La musique de PINK FLOYD va se faire moins aérienne, moins éthérée. Elle se veut plus directe, certainement moins fine également. "In The Flesh" surprend d’ailleurs avec son aspect très rude. On remarque rapidement le travail fait sur la guitare, limpide, quand la rythmique se contente de ses aspects les plus primaires, elle ne se montre jamais aventureuse. Mais Gilmour est toujours bien présent, son jeu permet de rehausser certains passages, pourtant sujets à caution ("Another Brick In The Wall Part II", adulée ou détestée, tellement loin des standards auxquels nous avaient habitué le groupe). De nombreux moments forts ressortent, comme ce morceau-titre, parcellé en trois parties, dont la seconde sera devenu un tube planétaire et un véritable cri de révolte pour tout élève comprenant l’anglais, "Comfortably Numb", qui porte la patte de Gilmour et qui ressemble le plus au PINK FLOYD traditionnel et qui divise également ; entre ceux qui y voient un des plus grands titres des Britanniques et ceux qui n’entendent qu’une tentative ruinée par la production de Ezrin. Chacun se fera son avis. Mais le fait que beaucoup de groupes (dont ANATHEMA) aient repris cette chanson devrait pourtant donner une idée de sa qualité.

En revanche, certains passages s’avèrent étranges. La fin de l’album part en roue libre et on sent là l’influence de Bob Ezrin. Ce dernier est d’ailleurs crédité sur "The Trial", mais à l’écoute de ce morceau, on se dit que ce n’est pas du PINK FLOYD. On se croirait plus face à une chute de studio de "Welcome To My Nightmare" de ALICE COOPER avec ses chœurs presque dissonants, dans l’exagération, pour apporter la théâtralité nécessaire à un tel concept. On grincera peut-être des dents face aux paroles de "Waiting For The Worms", racistes et dérangeantes, qui expriment la haine du Pink version dictateur, on soufflera face aux nombreux titres servant d’interludes, qui font entre trente secondes et une minute trente et qui ne servent vraiment qu’à faire du liant, pour que la musique ne se taise pas, même si cela plombe parfois la dynamique.

On peut faire un parallèle avec l’album "The Lamb Lies Down On Broadway" de GENESIS, qui partage de nombreux points communs : vision différente de la musique pratiquée (chez GENESIS, cela se traduisait par des parties instrumentales plus développées, avec une guitare qui savait se faire Heavy quand il le fallait), le format double, le départ d’un membre important à l’issue (Peter Gabriel chez les uns, Richard Wright chez les autres). Mais surtout, "The Wall", malgré son concept qui parle d’enfermement volontaire, brise les murs entre les genres. Il est devenu l’archétype du concept-album grand public et il est devenu certainement le disque le plus connu de PINK FLOYD avec sa pochette simple mais d’une efficacité rare et son hit que l’on fredonne plus facilement qu’un "Shine On You Crazy Diamond" par exemple. Et surtout, il a été un pont, une source d’inspiration pour de nombreuses formations Metal pour enrichir leur discours. Trent Reznor, pour ne citer que lui, ne s’est pas caché de s’en être inspiré pour le terrible "The Downward Spiral" de NINE INCH NAILS, il apportera un souffle nouveau au Prog’ Anglais en s’inspirant du nihilisme Punk, et conduira donc à sa mutation.

D’où le paradoxe de "The Wall". Album culte, précurseur, inventif et fédérateur comme rarement un album a pu l’être, mais qui tourne le dos à ce qu’était PINK FLOYD à ce moment-là, au point où des petits malins affirment qu’il s’agit tout simplement du premier album solo de Waters, avec des guests de luxe. La production, menée par Ezrin, modifie également le langage d’une formation en y amenant ses propres idées, ses propres délires, qui ne sont pas forcément ceux des Anglais, mais qui se marient tant bien que mal, à condition qu’on adhère à cela. "The Wall", c’est un album en déséquilibre constant, où le meilleur peut côtoyer le pire, mais qui demeure malgré tout une pierre angulaire du Rock dans sa dénomination la plus large. Et il sera donc le début de la fin pour un groupe qui se dissolvait petit à petit et qui malgré la gloire, vivait ses derniers moments avant un split inévitable.

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- Roger Waters (basse, chant)
- David Gilmour (guitare, chant)
- Nick Mason (batterie)
- Richard Wright (claviers)


- disque 1
1. In The Flesh
2. The Thin Ice
3. Another Brick In The Wall Part I
4. The Happiest Day Of Our Lives
5. Another Brick In The Wall Part Ii
6. Mother
7. Goodbye Blue Sky
8. Empty Spaces
9. Young Lust
10. One Of My Turns
11. Don't Leave Me Now
12. Another Brick In The Wall Part Iii
13. Goodbye Cruel World
- disque 2
14. Hey You
15. Is There Anybody Out There ?
16. Nobody Home
17. Vera
18. Bring The Boys Back Home
19. Comfortably Numb
20. The Show Must Go On
21. In The Flesh
22. Run Like Hell
23. Waiting For The Worms
24. Stop
25. The Trial
26. Outside The Wall



             



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