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EPIC HEAVY DOOM  |  STUDIO

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ATLANTEAN KODEX - The White Goddess (2013)
Par CANARD WC le 31 Octobre 2016          Consultée 1186 fois

Autant le Doom façon SHAPES OF DESPAIR m’emmerde au plus haut point, autant il y a quelque chose dans les vieux SAB’ mais aussi dans CANDLEMASS ou même SAINT VITUS qui me ravit au plus haut point. Quand le Heavy se mid temporise un tantinet, se pare de couleurs automnales tout en prenant des airs solennels, quand il évoque le désespoir, la mélancolie et joue avec des lignes de chants laconiques (j’adore cet adjectif) alors c’est irrésistible pour bibi. Si on me pousse un peu, j’aurais même tendance à dire que cette évolution des codes du Heavy pour tendre vers le Doom rentre dans l’ordre naturel des choses. On peut préférer quand il vire « technique » (façon RAGE), symphonique « tut tut pouet pouet » (made in RHAPSODY ON ICE) ou ose le mélange des genres (CHILDREN OF BODOM) ; pour ma part cette nuance grisâtre Doom/Epic s’accouple harmonieusement avec le Heavy Metal d’antan. Sauf qu’en général, tout ce qui est Epic/Pagan/Doom a tendance à se décliner dans la force, les riffs d’outre tombes chiants comme un jour de pluie le dimanche et voix de déterré en puissance. Quel dommage.

Heureusement, v’là-ti pas ATLANTEAN KODEX pour remédier à mes envies de tout et son contraire.

Pourtant, sur le papier, c’était pas gagné. Rien que les titres des chansons laissaient augurer une petite tendance Black façon terres du Mordor : "Sorcery And Witchcraft", "Anthem", "Enthroned", "White Goddess" ou encore "Crown Of The Sephiroth"… on pouvait se préparer mentalement à du peinturluré, du cri perçant de sorcière en rut, des riffs aigus et de la double pédale de dérangé mental. Sauf que non, vous avez tout faux, moi en tout cas, alors je vous arrête tout de suite. Dépassons les clichés un instant.

ATLANTEAN KODEX est Heavy avant tout : du chant clair, du riff épique qui s’allonge pour faire des grands écarts. Les titres sont longs, il y a de la recherche d’ambiances, des envies de claviers et une recherche constante d’émotions. L’ensemble de l’œuvre rappelle d’ailleurs fortement le "Secret Of Steel" d’un certain MANOWAR des temps antiques. Quelques touches de CANDLEMASS, du MANILLA ROAD aussi et une linéarité mélodieuse qui n’est pas sans rappeler PRIMORDIAL. Voilà pour la cartographie des couleurs, avouez que ce mélange est inédit.

Quoiqu’il en soit, ATLANTEAN KODEX surprend, se positionne à contre-courant des tendances actuelles et a la bonne idée d’aller chercher des idées du côté du Metal Pagan, toujours les pieds dans un Heavy comme on n’en fait plus, passéiste et mystérieux. Le groupe occupe admirablement l’espace, étire ses compos pour que les émotions émergent, pour dessiner des reliefs, il prend son temps à l’ancienne, mise sur le feeling, les variations saupoudrées avec amour et parcimonie. L’écueil était cette linéarité patentée de nature à plomber les compositions. Mais ATLANTEAN KODEX réussit à rester prenant tout du long, alternant les plaintes humides, les poings serrés et j’aurais pu vous faire défiler ici même tout le champ lexical autour de la lutte guerrière : vaillant, combattif, valeureux ou encore courageux. On en reviendrait aux émotions que nous procuraient feu le grand MANOWAR d’où ma comparaison initiale avec "Secret Of Steel" (donc "Battle Hymns" aussi, oui). ATLANTEAN KODEX a ce charme de l’avant, évolue tout le long de l’album avec ses atouts surannés sans jamais être ridicule. Le tour de force de ce "White Goddess".

Saluons au passage les interludes, véritables petites compositions instrumentales au nombre de trois. Elles créent l’ambiance, introduisent les compos et ajoutent au dantesque. D’ordinaire, je déteste ce parti-pris, ici j’ai été charmé. Puis il y a aussi les voix gutturales (façon Orson Wells qui cause à l’instar de vous savez-qui) ou mieux la conclusion tout de piano vêtue dans les dernières minutes de l’album. Magnifique, sincèrement. ATLANTEAN KODEX a le bon gout de l’emphase bien dosé, sait se montrer grandiloquent sans se soucier de ce qui est True ou pas. A l’heure du Metal trop souvent cantonné à la violence too much, ce "White Goddess" trouve un écho particulier, nous rappelle les vieilles quêtes des années 80, la recherche du souffle antique et du riff monolithique qui se joue du tempo.

Forcément, l’album a le défaut de sa grande qualité : ATLANTEAN KODEX n’a pas de mélodies fortes, sait juste se montrer mélodieux durant les 55 minutes de ses huit pièces. D’aucuns diront que ça riffe en boucle aussi pour combler le silence des grands espaces. En prenant son temps, en abandonnant toute idée d’efficience, "White Goddess" laissera davantage une impression générale que la force d’un moment en particulier. Cette linéarité ne plaira sans doute pas aux amateurs de riffs de deux accords et moins de cinq minutes pour le dire, aux amateurs des maximes qu’on hurle, celles qu’on n’oublie jamais. Non, ATLANTEAN KODEX se diffuse, s’administre comme un traitement longue durée, c’est une course de fond, un voyage et sans doute la caractéristique propre au Metal qui se veut épique (souvent synonyme de cache-misère artistique). De fait, il vous faudra vous en imprégner dans son intégralité, plutôt que de zapper entre les morceaux. Reste les émotions évoquées, comme sur "Twelve Stars" (qui fait mouche, le meilleur morceau pour ma part) entre émotion et combativité, comme sur "Enthroned" grandiloquent et épique (avec ses faux airs de "Battle Hymns")… Bref, chaque titre joue sa partition, son panel de couleurs, a ses nuances de gris-clair, apporte sa pierre à l’édifice pour former un tout d’une cohérence monolithique qui plaira aux fans du MANOWAR premier et autres amateurs de périple à la Conan le barbare.

Chaque fois que le moment de la note arrive, je réfléchis. Notamment quand il est question de Revival Thrash par exemple, quelle échelle de valeurs ? Que vaut un album qui marche dans le sillon d’un Metal de plus de trente ans d’âge ? Je me retrouve souvent à retrancher une étoile nimienne dans un souci de cohérence, par « respect » du passé, des mythes et de ce qui est culte ou pas. Le cas de ATLANTEAN KODEX pose un problème différent vu qu’on parle d’un Metal « secretofsteelien », soit un Heavy qui ne vaut guère plus qu’un 3/5. Pourtant, ce "White Goddess" mérite davantage parce qu’homogène, réussi tout du long et parce qu’en 2013 arriver à raviver de telles flammes là où tant d’autres tombent dans la caricature tient davantage du miracle. Comme un symbole, les dernières minutes de l’album s’achève sur un bout de piano, juste du piano, quelques notes jouées doucement empreinte d’une telle sensibilité. On se quitte en beauté, pour de vrai. Quand le Metal a tendance à miser sur le bruit et la fureur, "White Goddess" invite au recueillement. Pas d’explosion, ni de fracas au sol. Juste du piano pour rabattre sur le champ de bataille une délicate couverture.


Note : 4/5 (mérité).


Morceau préféré : "Twelve Stars".

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- Mario Weiss (batterie, piano)
- Michael Koch (guitare)
- Markus Becker (chant)
- Florian Kreuzer (basse)
- Manuel Trummer (guitare)


1. Trumpets Of Doggerland
2. Sol Invictus
3. Bilwis
4. Heresiarch
5. Twelve Stars And An Azure Gown
6. Der Untergang Der Stadt Passau
7. Enthroned In Clouds And Fire
8. White Goddess



             



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