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BLACK METAL  |  STUDIO

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BATUSHKA - Litourgiya (2015)
Par VOLTHORD le 4 Mai 2016          Consultée 3819 fois

Le Black Metal investit le sacré. Pas celui qui inverse les croix, mais celui qui les remet à l’endroit.

Il devient protéïforme dans ses représentations des ténèbres, quitte même à nous faire croire dans des formes de lumières noires. La transformation et reformation du Black Metal de SAMAEL pourrait en témoigner : le “Règne de la Lumière” laisse place à un pentagrame sur fond blanc, à un Satan spirituel.
Il faut bien dire, le Satanisme aujourd’hui n’a plus beaucoup de sens (en a-t-il jamais eu ? Même Varg Vikernes transforme le satanisme de l’époque en substrat de réaction politique dans le documentaire "Until The Light Takes Us"). On cherche alors du côté de l’occulte, plus sophistiqué et souvent plus intello, ou parfois, on revient dans le champ du religieux, sans forcément rendre son intention clairement identifiable comme un acte de foi.

Tout est permis, mais finalement, les questions métaphysiques et religieuses demeurent centrales. La subversion d’aujourd’hui n’est plus le satanisme de La Vey.

Je vous laisse digérer mon mauvais jeu de mot et vous présente les polono-russes de BATUSHKA (traduisez par “Père”), qui s’imposent comme parangons de réintégration du religieux dans l’Art noir. Ils prouvent une nouvelle fois que ce que l’on peut appeler aujourd’hui "Black moderne" n’a plus grand chose à voir avec une prod bien léchée et une batterie triggée jusqu’à la timbale. Plutôt, une démarche qui pose question, quitte même à faire lever quelques cils ou pouffer quelques puristes.

BATUSHKA se définit lui-même comme orthodoxe au point d’intégrer pleinement le chant byzantin/grégorien (les différences existent et je ne suis pas assez expert pour me tenter à trancher sur l’un ou l’autre) dans sa formule de départ, et en particulier comme un de ses chants principaux.

Le gimmick n’est pas nouveau, mais la maîtrise du groupe est telle qu’il est difficile de leur reprocher de reprendre le flambeau. Tant a été déjà dit sur la qualité des mélodies de cet album, la prestance de riffs qui rappellent les glorieux MGŁA ou CULT OF FIRE, le rendu à la fois épique et grandiose, sa fureur mystique... Il est en fait dur de trouver un titre faible là dedans. Propulsés au milieu d’un rituel dont le sérieux et le paradoxe va bien au-delà du simple gimmick fantaisiste, on se dit qu'il y a quelque de chose de vrai dans tout ça.

Foncièrement Black Metal, BATUSHKA se positionne dans une veine mélodique, et ses quelques rapprochements avec l’approche mélodique du soi-disant "Dark Metal" de DISSECTION lui valent une étiquette Doom malheureuse (je ne comprends toujours pas comment quiconque peut entendre du Doom là dedans). Le Doom a toujours été parmi les genres du metal l’outil évident pour inspirer l’occulte : dommage, BATUSHKA n'en fait rien.

Tant pis ou tant mieux, ce sera selon votre oreille.

Ainsi, même dans le plus irréprochable de ses titres, à savoir le sulfureux "Yekteniya 3", BATUSHKA essouffle son atmosphère, une sacralité prise à la gorge d’entrée de jeu. Prise au piège. Comme j’aurais aimé voir cette mélodie ralentir, l’atmosphère à la fois apaisée et morose du lieu de culte se former comme une image plus précise et fine...

Et au fil de l’album, malgré une écriture impeccable, le blast comme dernier recours semble finalement forcer le contraste jusqu’à plus soif, au risque d’étrangler la spiritualité à la source. Avis subjectif, mais si un "Mardraum" d’ENSLAVED me plaît principalement en cela qu’il élève le spirituel par la turbulence bestiale d’une formule Black sans pitié, BATUSHKA me donne l’impression qu’il fait ici fausse route, comme sa démarche semblait plutôt chercher à ce que le sacré porte le Black Metal et non l’inverse.

Le blast par défaut.
Le blast un peu bête face à une démarche qui se voulait plus subtile. On aurait voulu, nous autres qui sommes souvent aux antipodes de la croyance religieuse incarnée par l’album, nous élever plus haut dans cette spiritualité monastique. La solitude religieuse, cette vie aussi froide que proche d’une perfection divine, n'est pas ressentie viscéralement. "Yekteníya 7" et ses variations apaisées (ah ! le voilà, le Doom) prouve par ailleurs qu’un chemin vers plus de nuances aurait cassé l’homogénéité d’une galette construite comme un album de Black Metal traditionnel.

BATUSHKA manque tout juste de bousculer nos acquis. Pour cette première offrande, il ne fait QUE mélanger deux mondes opposés avec une ferveur toute particulière pour son sujet. Un sentiment d’homogénéité, parfois de déjà entendu, s’impose finalement.

Quant à la stratégie du line-up mystérieux (personne ne sait qui se cache derrière l’album), elle répond d’une approche de communication déjà presque épuisée jusqu’à la corde dans une communauté qui a la tâche absurde de vivre à l’heure des réseaux sociaux tout en se réclamant d’une démarche underground. Mi-sincère, mi-esbrouffe. On peut en tout cas deviner que la formation recèle de musiciens aguerris, Boys Band de l’ombre dans un concept attrayant qui on l’espère, verra une suite plus nuancée dans son agressivité. En attendant, si vous étiez comme moi passés à côté de "Litourgiya", il vous faut impérativement en prendre connaissance, ne serait-ce que pour vous armer contre les hipsters grimés.

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   (4 chroniques)



- Кристl (basse, guitare, chant)
- Мартиl (batterie)
- Варфоl (chant)


1. Yekteniya 1 (Ектен&#
2. Yekteniya 2 (Ектен&#
3. Yekteniya 3 (Ектен&#
4. Yekteniya 4 (Ектен&#
5. Yekteniya 5 Ектен
6. Yekteniya 6 (Ектен&#
7. Yekteniya 7 (Ектен&#
8. Yekteniya 8 (Ектен&#



             



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