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NEUROSIS - Fires Within Fires (2016)
Par ISAACRUDER le 6 Janvier 2017          Consultée 1400 fois

Il y a des groupes avec lesquels le lien est charnel, passionnel, fusionnel. Leur existence semble entrer dans la nôtre comme une évidence. L'écoute de leur musique fait caisse de résonance avec notre vécu, et nous les comprenons plus aisément que d'autres, dans leurs choix, leurs orientations, leurs audaces. NEUROSIS est mon frère sur la Route, depuis bien longtemps maintenant. Je n'ai jamais cessé de voir en lui un prodige, un prophète, un astre. Parce que c'était lui, parce que c'était moi, dirait Montaigne.

Il me semble que l'on ne peut pas parler de NEUROSIS n'importe comment, et chaque fois que je dois écrire sur lui je tremble comme une feuille. Il y a une peur consciente du dire. Du dire trop, du dire trop peu, du dire pas assez. NEUROSIS est certainement parmi ces légendes que la plume d'un simple mortel souhaite approcher sans oser effleurer vraiment sa surface, de crainte d'y laisser une trace. De toute façon personne ne laissera de trace sur NEUROSIS, mais NEUROSIS en laissera une, et même davantage, une route. Et même, davantage encore : un territoire.

"Fire Within Fires" doit être pris pour ce qu'il est mais il est difficile de ne pas le percevoir comme l'album arrivant au bout de 30 ans de carrière. Oui. 30 ans. C'est énorme, difficile à concevoir, et incroyable au vu du parcours d'un groupe qui n'a cessé d'avancer dans son exploration musicale. Rejeton Punk-Hardcore énervé et tape-à-l’œil à ses débuts, la consommation sévère de drogues, la violence sociale et certainement une révélation mystique ont poussé ses membres à devenir ce monstre impossible à définir que l'on connaît. "Souls At Zero" venait faire éclater toute perception musicale, à une époque où tout le monde s'étripait sur le "Black Album" de METALLICA. Le produit d'une avancée excessive vers le format efficace pour l'un versus le jusqu'au-boutisme d'une musique expérimentale encore difficile à comprendre pour l'autre. Et "Enemy Of The Sun" n'est pas venu arranger les choses, avec son air de cataclysme. Mais c'était encore avant "Through Silver In Blood", qui verra NEUROSIS se faire inviter au Ozzfest. La performance est connue : le public se demandera qui sont ces types avec le feu dans le regard, en train de balancer une apocalypse que personne ne pouvait encore créer à l'époque.

Si "Times Of Grace" reste mon préféré, la suite de NEUROSIS est magnifique aussi. Le feu intérieur qui l’habitait s'est changé en purification mystique. Sa fascination pour le divin, la violence et l'Homme face au silence l’ont fait accoucher de chefs-d’œuvre, tels que "A Sun That Never Sets" ou "The Eye Of Every Storm". Les projets Folk respectifs de Von Till et Kelly ont amené NEUROSIS à varier ses possibilités. L'émotion, l'intime, la profondeur étaient plus présents. La subtilité venait prendre la place de la force. La musique de NEUROSIS se faisait plus douce, comme si le doigt d'une déesse venait se poser sur les lèvres du combattant immortel pour lui dire de se poser, avec tendresse. NEUROSIS a changé oui, et beaucoup considèrent que depuis "Times Of Grace" il n'est plus le même. Ces débats sont amusants, ils sont les mêmes pour tous les grands groupes de ce monde. Mais quand le lien est charnel comme entre eux et moi, et que l'amour pour un groupe est puissant, on avance avec lui et on comprend davantage. Ce qui ne veut pas dire que l'on excuse tout. Mais la condamnation n'existe pas, surtout quand, dans le cas de NEUROSIS, la qualité est toujours là.

De fait, cette longue introduction prouve mon attachement à un groupe que je suis depuis plus de 10 ans. "Fires Within Fires" est une autre pierre posée sur les fondations de l'église NEUROSIS. Une pierre magnifique, sculptée avec talent, par des ouvriers désormais habités, définitivement, par leur art. Pourtant il est juste de reconnaître que ce dernier album ne révolutionne rien. Il est un condensé de son parcours, un pont entre sa période plus douce et ses aspirations plus Sludge comme le prouve "A Shadow Memory", avec son ambiance typique de "The Eye Of Every Storm" et son accalmie inquiétante qui s'achève avec un riff terriblement efficace.

Pourtant il y a des éléments surprenants dans ce "Fires Within Fires". La rage, d'abord. Absente depuis des années elle refait surface, chez ces vieux briscards et leurs 30 ans de carrière. Des titres comme "Fire Is The End Lesson", très Sludge, avec Kelly en forme, montrent un NEUROSIS qui revient jouer avec le feu qu'il a lui-même apporté sur Terre. Il est bon de retrouver un groupe plus intense et furieux, plus à même de jouer entre le calme et la tempête que sur "Honor Found In Decay", qui accusait de la torpeur. Noah Landis n'est également pas en reste, apportant dans ce "Fires Within Fires" le meilleur de son travail depuis "Given To The Rising", en distillant sa bizarrerie psychédélique dans des titres déjà fournis en sons étranges. Bien sûr, il continue de faire décoller des morceaux magnifiques en leur conférant une grâce céleste, comme dans l'énorme "Broken Ground", certainement un des meilleurs morceaux de NEUROSIS depuis le meilleur de "The Eye Of Every Storm". Son introduction habitée par le chant subtil, son riff Doom écrasant, le double-chant épique et la fin tragique emportent l'adhésion, dans une atmosphère de naufrage que n'aurait pas renié "A Sun That Never Sets".

Et quand "Reach" arrive, et que l'on a l'impression de redécouvrir les voix de Kelly et Von Till, qui nous ensorcellent depuis 30 ans, on comprend que NEUROSIS a réussi l'exploit de continuer à produire un souffle dans ses œuvres. "Fires Within Fires" commençait pourtant faiblement, avec ce "Bending Light" poussif, dans la lignée de "Honor Found In Decay". Mais c'est pour mieux happer par la suite, dans une confrontation éternelle entre forces de la Nature, dieux, et hommes, au cœur d'un chaos où la voix des puissances est un phare mourant dans le noir. Toujours beau, puissant, impressionnant de constance, NEUROSIS signe là son meilleur album depuis "The Eye Of Every Storm". Après 30 ans de carrière, certains devraient mettre un genou à terre.

"We seek the sun in endless night
And burn in its forbidden light".

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   ISAACRUDER

 
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- Scott Kelly (chant, guitare)
- Steve Von Till (guitare, chant)
- Dave Edwardson (basse, chant)
- Jason Roeder (batterie)
- Noah Landis (claviers, programmation)


1. Bending Light
2. A Shadow Memory
3. Fire Is The End Lesson
4. Broken Ground
5. Reach



             



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