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AMENRA - Mass Vi (2017)
Par ISAACRUDER le 9 Octobre 2017          Consultée 5859 fois

Il y a trois ans de cela j’ai eu la chance de visiter ce monument spirituel qu’est le Mont Saint-Michel. Battu par les vagues d’une mer sauvage, il est isolé des côtes, comme une île à mi-chemin entre la terre et le ciel. Un espace préservé, une époque figée dans la pierre millénaire, forteresse céleste aux tours-prières lancées vers l’espace. Pour y accéder il faut attendre que la mer cède la place aux fourmis que nous sommes, afin de dévoiler un chemin praticable. C’est elle qui décide, et il faut se plier à cette exigence, première forme de respect envers un lieu en contact avec la nature, et pourtant chef-d’œuvre de la main de l’Homme. Arrivé dans ce sanctuaire, c’est une belle marche qui attend le promeneur. Marche touristique, il est vrai, cela est dommage. Les magasins qui vendent des épées pour les visiteurs côtoient heureusement les authentiques échoppes de croyants qui exposent leur foi avec des icônes artisanales. La longue et lente progression vers le sommet pourrait rappeler au chrétien le parcours du Christ sur le Golgotha, la Croix en moins, si ce n’est celle des péchés de chacun. Enfin, atteindre le toit de ce monde c’est profiter d’une vue magnifique sur la Normandie, et ses plaines verdoyantes maculées par le soleil. Puis c’est entrer dans l’abbaye, antique, et assister à l’office, chanté depuis plus de mille ans. Les moines qui habitent le Mont Saint-Michel vivent une vie d’ermite, retirée en grande partie du monde. Ils s’avancent en file indienne, comme une procession ancestrale. Le geste est pensé, et leur démarche tranquille donne une idée des pèlerins qui venaient au IXème siècle ployer le genou devant cet autel central, inondé par la lumière du soleil qui s’infiltre dans le toit prévu à cet effet. Ces religieux habités par le lieu se placent en cercle autour de l’autel. Leurs visages sont apaisés, leurs longues barbes se devinent sous la capuche d’une longue robe blanche. Ils ont l’aspect de magiciens venus d’une terre lointaine pour endiguer des pestes et apporter une Parole perdue. Puis, au premier son de cloche, la voix du plus ancien résonne dans l’abbaye, et le silence se fait. La puissance du chant grégorien se développe dans l’acoustique d’une salle pensée pour faire s’agenouiller les rois. À son chant se mêle celui des autres, et le corps frissonne devant tant de beauté, de maîtrise et de foi. Personne n’ose chanter, pas même les plus dévots, car ce serait rompre une harmonie, un équilibre, une force spirituelle qui clouerait sur place le plus athée des hommes. Alors on s’abandonne, dans une écoute et une communion qui ne s’expérimenteront peut-être plus jamais à l’avenir.

C’est ce que j’ai pensé en sortant de l’abbaye et en regardant de nouveau la mer immense depuis le sommet du Mont, où trône le Saint tueur de dragons. Et pourtant, il y a un groupe qui me fait constamment revivre ce moment, d’une manière différente, par sa propre voix et sa propre foi. AMENRA est, depuis "Mass III", l’énergie spirituelle la plus nourrissante pour moi. C’est un de ces rares groupes qui vivent leur musique et s’en servent comme d’une expiation. Ils transmettent ce qui les habite à travers la puissance d’un son devenu unique, d’une voix écorchée reconnaissable entre mille, et de progressions parfaites, dont le crescendo ne peut qu’amener à laver l’âme de toute émotion négative. Dans son parcours sépulcral, AMENRA a évolué vers une musique plus progressive encore, comme un véritable office, et ce avec "Mass V", messe plus intime et plus lourde que jamais. Mais c’était sans compter sur "Mass VI", qui s’avère être leur communion la plus intense et la plus personnelle.

"Children Of The Eye", dans la droite ligne de "Boden", sur "Mass V", est la première pierre d’un édifice bâti sur la puissance et la beauté. Le son, définitivement pur et pourtant terriblement organique, écrase le fidèle comme le pèlerin contemple avec peur et respect l’immensité de la cathédrale de Milan. Le riff final est magnifique, tout en délicatesse, avec cette lead qui apporte une paix à un ensemble pourtant imposant et massif. Le chant clair de Colin, apaisé et suppliant, entre dans l’âme comme un verset d’Évangile. Sa voix accompagne un album intime, plus fragile, comme si AMENRA avait décidé de passer de la liturgie romaine antique à une liturgie en langue vernaculaire, moderne, plus proche de l’Homme, mais définitivement toujours autant tournée vers le divin. À ce titre, "Plus Près De Toi (Closer To You)", avec son chant clair en français, surprend par sa proximité, son lien privé créé entre un groupe réputé pour son mystère et son public fasciné par son art depuis des années. "Mass VI" est un album qui donne le sentiment qu’AMENRA se dévoile davantage, dans ses questionnements, sa relation au spirituel et sa douleur intérieure.

Oui, "Mass VI" est habité. Il rappelle "Rheia" d’OATHBREAKER dans cette volonté de mêler à la puissance une douceur sensible. Le sommet de cette quête est atteint avec "A Solitary Reign", monument dans le cheminement d’AMENRA. L’influence de TOOL se ressent dans le chant clair de Colin, ce qui était déjà le cas dans "Mass V", mais donne à "Mass VI" une profondeur mystique plus grande encore que son prédécesseur. La guitare lead aux influences Folk renvoie à la fascination du groupe pour les gammes orientales. "A Solitary Reign" est une œuvre dont les riffs semblent venir d’une civilisation immémoriale, sur lesquels Colin vient chanter avec une sensibilité nouvelle. Astral, "A Solitary Reign" fait à lui seul de "Mass VI" une expérience sensorielle unique. En guise de final apocalyptique, "Daiken" est une procession de silhouettes maquillées de suie. Un AMENRA plus sombre, plus traditionnel – trop peut-être – mais qui délivre une nouvelle fois des instants de grâce mémorables, dont la dernière partie du titre, avec sa mélodie paisible, cristalline, comme un Post Rock qui viendrait apporter de la poésie à un ensemble déjà terriblement romantique, si ce n’est même parnassien.

Quand le riff final de "Daiken" occupe l’espace, c’est tout "Mass VI" qui semble revenir en mémoire, qui éclate dans une cohérence incroyable. Comme si tout avait mené à ce point de chute, ce dernier cri lancé au ciel. "Je te cherche toujours / Je te cherche partout" chante Colin dans "Plus Près De Toi (Closer To You)". Ou la quête éternelle de l’Homme qui scrute l’univers en cherchant son architecte. Là, face aux moines bénédictins du Mont Saint-Michel, je l’avais trouvé. Et quand leur chant s’est arrêté, et que je suis entré en contemplation face à l’immensité de bleuet qu’est la mer, je me suis senti heureux et pourtant seul à nouveau. "Dans mon cœur j’emporterai la désespérance" chante AMENRA. Et pourtant je sais que je reviendrai le chercher à nouveau, sur cet îlot immortel. J’écouterai de nouveau l’office millénaire et je frissonnerai. Je reviendrai m’accouder sur la roche ancienne et j’observerai la mer. Mais face à elle cette fois, je ne serai plus seul. Car AMENRA résonnera dans mes oreilles comme la voix d’un vieil ami, d’un proche, d’un fidèle en quête lui aussi.

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- Colin H. Van Eeckhout (chant)
- Levy Seynaeve (basse)
- Mathieu J. Vandekerckhove (guitare)
- Maarten P. Kinet (batterie)
- Lennart Bossu (guitare)


1. Children Of The Eye
2. Edelkroone
3. Plus Près De Toi (closer To You)
4. Spijt
5. A Solitary Reign
6. Daiken



             



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