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- Style + Membre : Bagarre Générale

YEAR OF NO LIGHT - Ausserwelt (2010)
Par ISAACRUDER le 15 Janvier 2015          Consultée 1778 fois

YEAR OF NO LIGHT. A quand la récolte de l'abîme ? Tu n'as fait qu'augmenter le poids de la nuit. Montagne des grands abusés, au sommet de vos tours fiévreuses faiblit la dernière clarté. René Char aurait pu écrire sur YEAR OF NO LIGHT. YEAR OF NO LIGHT pourrait chanter du René Char. Mélanger des vers épars montre seulement que la poésie dualiste du Géant résume toujours ce qu'il se passe à l'écoute de la musique des Bordelais. Placez des vers divers dans le désordre, ils perceront toujours l'acre beauté de leur œuvre.

Si "Nord" a été moderne, "Ausserwelt" est sombre et païen, et "Tocsin" chrétien et triomphant. Il est intéressant de revenir sur les œuvres passées après avoir analysé leur place dans un ensemble qui s'élargit. "Tocsin", dans la lutte qu'il propose entre la Grâce et le Fracas, est chrétien dans ses thèmes et sa fascination pour la transcendance. Avant l'ordre et la sagesse pourtant, YEAR OF NO LIGHT est un disciple du chaos et de la révolte. Révolte interne déjà, car le chant n'a plus sa place, l'instrumental est désormais leur moyen d'expression, et Shiran (déjà maître du vrombissement dans MONARCH) saura apporter les séismes à une terre déjà fascinante.

Lorsque "Perséphone (Enna)" démarre, c'est l'aube qui se lève, le soleil noir comme le jais et ses lèvres de lumière qui viennent embrasser un monde inconnu que YEAR OF NO LIGHT dessine d'abord ensommeillé puis peu à peu dressé et fier, dans une œuvre contemplative à la beauté rarement atteinte par d'autres. Les guitares n'en sont plus, elles sont la preuve que la lumière a une voix, et ses paroles charnelles ont la couleur de l'or et le toucher de la plume, léger, et si intense dans le frisson qu'il procure. Le travail sur le son est incroyable, le parti pris magistral. A la manière de BLUT AUS NORD, YEAR OF NO LIGHT a trouvé un son, une voix, et elle habite un éclair.

Au cœur de ce soulèvement, l’œuvre est elle-même un renouveau. Exit les pièces parfois non liées entre elles, et bienvenu album-fleuve, pièce unique pourtant découpée en quatre actes, mais qui se doit d'être jouée en intégralité pour saisir l'acmé, la chute et les rebondissements. Le diptyque "Perséphone" est l'illustration de cette progression. Le monde païen dépeint par les bordelais, lent à l'éveil, délicat dans son apparition aux lueurs d'une aube d'obsidienne, éclate en vol dans sa part de ténèbres. "Perséphone (Coré)" montre le visage obscur d'un monde où la crainte des dieux subsiste, loin de la rassurante proximité du Pardon dans Tocsin. Les guitares sont des alarmes dans un brouillard grondant avant de venir écraser en poings de pierre un peuple fasciné mais craintif face à leurs créateurs. Le sol irisé de flocons d'étoiles, encore tiède du sommeil des proscrits, devient maintenant gercé, meurtri, purifié du feu éphémère. Mais, toujours en combat à la frontière, la tête baignée de lumière, les pieds figés dans le cauchemar de la nuit éternelle, YEAR OF NO LIGHT alterne les crescendo vibrants en forme d'espoir, avant de nous faire chuter impuissants dans une fin effrayante et hypnotisante, vision hallucinée d'un dieu gigantesque devenu vivant et sans pitié sur une terre maudite.

Païen et sombre donc, car privé de la Justice Divine, Sa Justice, en témoigne le final diabolique "Abbesse", à nouveau œuvre tiraillée entre pure contemplation émerveillée d'une nature éteinte et dressage d'un dernier bûcher pour le Châtiment. La beauté accompagne sage la mort dans un dernier bain nuptial. La conclusion d'"Ausserwelt" est certainement une des plus incroyables qui puisse être entendue, avec ses chœurs infernaux et conquérants s’abattant comme une marée de poix sur les innocents. "Tocsin" est loin, lui si intime avec le divin, plus chaud et rassuré face à Sa Présence qui promet et protège. Dans "Ausserwelt", le monde est magnifique, sauvage, mais froid, et les divinités qui y règnent sont celles des païens : craintes et respectées, sans l'espérance du repentir, et qui précipitent le monde vers la fin qu'elles souhaitent, au rythme soutenue de ces deux batteries qui sonnent comme une cadence effarée dans une galère romaine.

Puissant, intense et épique, "Ausserwelt" est une œuvre à part, construite comme un court-métrage halluciné sur un monde antique habité par l'obscurité, où la mythologie de YEAR OF NO LIGHT révèle toute sa poésie (massive créature que le « Hiérophante »). Dans "Nord", il était un artisan de talent. Avec "Ausserwelt", il est devenu ce que beaucoup aspirent à devenir : un artiste, habité, avec une vision qui transperce la surface opaque de nos impressions.

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   ISAACRUDER

 
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- Pierre (guitare)
- Jérôme (guitare, claviers)
- Johan (basse, samples)
- Bertrand (batterie, claviers)
- Shiran (guitare)
- Matthieu (batterie, samples)


1. Perséphone (enna)
2. Perséphone (coré)
3. Hiérophante
4. Abbesse



             



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