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- Style + Membre : Bagarre Générale

YEAR OF NO LIGHT - Tocsin (2013)
Par ISAACRUDER le 7 Octobre 2014          Consultée 1907 fois

L'écoute de YEAR OF NO LIGHT fait inexorablement resurgir en moi ces quelques vers de René Char : La seule lutte a lieu dans les ténèbres. La victoire n'est que sur leurs bords. Davantage prométhéens et résistants que spirituels, ces mots illustrent tout de même parfaitement la musique des Bordelais, qui semblent être sur le fil ténu tracé entre l'ombre et la lumière. René Char en parle comme du lieu primordial pour le combattant, toujours à la limite de céder, toujours dans le doute, et par là-même puissant dans son humanité. Pour YEAR OF NO LIGHT, guetter à la frontière revient à se laisser envahir par les aspects les plus sombres de la musique, et d'autres fois à entrevoir l'éclatante majesté du soleil dans les moments où les ténèbres semblent avoir pris le dessus sur notre âme désespérée. Si le chant dans "Nord" pouvait guider davantage vers l'un des deux côtés, la transformation en groupe instrumental avait permis à "Ausserwelt" de donner une dimension plus suggestive et mystérieuse à la musique des Français, même s'il s'orientait finalement vers le Noir, avec ses chœurs apocalyptiques en fin d'album. Dans "Tocsin", l'histoire racontée par YEAR OF NO LIGHT est un échange constant entre la Grâce et le Fracas, une illustration superbe des Derniers Jours de l'Homme.

Tocsin est la cloche qui résonnera dans les Cieux à l'heure du Jugement. Le bel artwork la met en position centrale. Le cri qu'elle lance à la face du monde résonne comme des vagues de souffre sur une terre de coton. Couronnée de montagnes et de nuées laiteuses, elle est à la fois le signe de la Fin et du Commencement. Les tons majoritairement grisâtres sont à l'image du propos de YEAR OF NO LIGHT : le Tocsin sonne la Justice. Il n'est ni entièrement douleur ni entièrement joie. La vision du groupe de l'Apocalypse est merveilleuse ; il joue avec l'imagerie traditionnelle des prophéties bibliques. "Géhenne", ce gouffre infernal infini mentionné par les prophètes juifs et le Christ, est dans la bouche de l'entité YEAR OF NO LIGHT un instant de beauté, où les guitares viennent s'harmoniser sur une ligne mélodique majestueuse, emportée par un rythme rapide, qui s'accentue, encore et encore, jusqu'à ce que toute cette magie mute en un magma de feu, le son parfait pour cette géhenne qui emportera comme une tempête les Condamnés.

Plus que jamais, YEAR OF NO LIGHT maîtrise les poids dans sa balance atmosphérique. Le chef-d’œuvre d'émotion "Désolation" est par exemple un tableau parfait, scindé en deux spectacles : la vue peu à peu claire d'une plaine dévastée, balbutiante derrière son manteau de fumée. Les réminiscences Post-Rock du groupe viennent clairsemer l'espace sonore de délicates notes mélancoliques, et apparaissent alors pour s'y ajouter, nécessaires et impériaux, les cuivres, sublime et grande nouveauté dans leur musique, qui ajoutent une dimension orchestrale à un son déjà fortement imprégné de grandeur et de profondeur. À la fois discrets et majeurs, ces cuivres confèrent à l'ambiance de Tocsin de la majesté, de l'intemporalité et un ton épique plus grand encore que celui de "Ausserwelt". À ce titre, notons l'échange constant qui s'opère entre le tragique ("Désolation"), le massif ("Stella Rectrix", monumentale) et le contemplatif ("Tocsin", cependant trop banal pour marquer les esprits). Des ambiances sans cesse différentes, et ce au sein d'un même morceau. L'évolution est discrète, le glissement souvent infime, du sublime à l'effrayant, car le groupe manie aussi bien l'art du Doom écrasant que celui du Post-Rock le plus calme et le plus magique ("Alamüt", final en feu de joie).

Pourtant il y a quelque chose qui fait de "Tocsin" un album moins mémorable que "Ausserwelt". Peut-être est-ce la surprise du changement entre "Nord" et ce dernier qui est passée. Peut-être est-ce le son, toujours extrêmement bien travaillé et mesuré, mais moins fantastique que celui de "Ausserwelt". Les cinq pièces qui composent "Tocsin" sont pourtant des pièces d'orfèvres (le titre éponyme, écarté, car trop simple et sans effet) et le temps passe à une vitesse folle en compagnie de cet univers unique. Pour le coup l'album paraît court, on en veut encore ; le rêve proposé par YEAR OF NO LIGHT est d'une telle qualité qu'il laisse sans mouvement après son déroulement. Le voyage est onirique, puissant, millimétré dans ses artifices, mais c'est encore trop peu. Et puis l'aspect bien plus doux de "Tocsin" jure avec la lourdeur que proposait le précédent album. "Vampyr" est passé par là, Ambient à souhait, et "Tocsin" fait apparaître cet amour de l'ambiance. La structure des morceaux peut également vite être assimilée, elle repose sur le même glissement de tons, et la surprise pourra ne pas être constante, même si elle réside entièrement dans la puissance des mélodies. Moins mémorable donc, mais superbe, spirituel et dégageant une nouvelle fois une aura des plus palpables, "Tocsin" est le type d’œuvre qui propose une vision, et pour cela, il mérite toute votre attention.

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   ISAACRUDER

 
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- Pierre (guitare)
- Jérôme (guitare, claviers)
- Johan (basse, samples)
- Bertrand (batterie, claviers)
- Shiran (guitare)
- Matthieu (batterie, samples)


1. Tocsin
2. Géhenne
3. Désolation
4. Stella Rectrix
5. Alamüt



             



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