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PAYSAGE D'HIVER - Paysage D'hiver (2000)
Par PAZUZU le 15 Octobre 2007          Consultée 11871 fois

PAYSAGE D’HIVER : PAYSAGE D’HIVER (2007)(1)

One man band suisse né en 1997, PAYSAGE D’HIVER – désormais abrégé « PH » dans la suite de cette chronique –, est l’auteur de nombreuses démos déjà considérées comme des albums à part entière et il est présent sur deux splits (2). Aux commandes de PH, Tobias Möckl, alias "Wintherr", dont on sait seulement qu’il officie aux côtés d’autres musiciens dans un side-project nommé DARKSPACE (3). La Suisse n’étant ni la Scandinavie, ni l’Europe de l’Est ni l’Ukraine, le propos de PH est, officiellement et jusqu’à preuve du contraire, différent de celui de bon nombre des formations issues de ces régions. Ici, nul désir d'enflammer d’antiques églises, aucun démon malsain de l’histoire récente à réveiller, point de référence obligée au Malin et, surtout, point d’exaltation, même subtile, d'un quelconque nationalisme ou paganisme. Officiellement, PH se préoccuperait plutôt du côté sombre de certaines expériences mystiques vécues en pleine nature. Si le Black Metal est, parfois, cette musique unique qui peut aussi bien piéger que libérer les âmes tourmentées et si nous ne nous trompons pas sur son propos (4), alors PH représente donc très certainement l’incarnation la plus originale d’un Black Metal enfin débarrassé de ses attributs les plus dérangeants. Mais il y a plus. PH est en effet un janus bifrons. Semblable à cette divinité de l’antiquité romaine, PH possède ainsi deux visages dont chacun regarde dans une direction opposée. D’un côté, PH est alors attiré par une ambient sombre – écoutez par exemple « Die Festung », tandis que, de l’autre côté, PH se tourne vers un Black Metal original, "underground", donc sans prétentions quant à la production et dont « Paysage d’Hiver » fournit le plus bel exemple. La cohérence de chacune des œuvres de PH étant une des préoccupations majeures de leur auteur, nous respecterons ce choix artistique en présentant l’une après l’autre les trois pistes d’environ dix-huit minutes chacune qui composent « Paysage d’Hiver », avant de livrer quelques réflexions personnelles concernant PH en général et ce titre en particulier.


Ne disposant pas des éventuelles paroles en allemand qui accompagneraient la musique (4), nous nous en remettrons essentiellement au pouvoir évocateur de la musique dans la suite de cette chronique. La première piste a pour titre, traduit de l’allemand, "Monde de glace". De fait, à peine quelques secondes se sont écoulées qu'un monde fait de glace et de musique nous happe dans la tourmente d’une tempête de neige et de notes pour ne plus nous lâcher, nous entraînant dans un périple tortueux à une vitesse incroyable tandis qu’une voix, lovée dans la musique comme un insecte dans sa toile, crie et hurle et déchire tout espoir que cela cesse jamais. La batterie, légèrement en retrait, accompagne avec obstination et ponctue un propos dont on devine qu’il est inspiré par les passions les plus sombres. Les distorsions des guitares, quant à elles, provoquent de tels grésillements qu’il faut concentrer son attention pour distinguer, dans cet avalanche de notes, tantôt la mélodie apaisante d’un violon qui s’envole vers un ciel lourd de menaces, tantôt un chœur qui entame un hymne martial, tantôt enfin un passage acoustique qui égrène des idées fixes tout en aménageant un bref moment de répit aux alentours du premier tiers du morceau. Le contenu de cette première piste, longue de près de dix-huit minutes, est donc très éloigné de la répétition d’une même formule modulée par d'infimes variations. Ainsi, régulièrement, de providentielles accalmies continueront jusqu’à la fin d’aérer l’atmosphère oppressante et de redonner un peu d’espoir avant que ne reprenne cette course folle jusqu’au bout de nous-mêmes. Vers le second tiers de la première piste, après une ultime accalmie offerte par un violon joyeux et le départ pour une nouvelle course encore plus loin en direction de nous-mêmes, toujours rythmée par la même batterie impitoyable, la première piste s’achèvera alors lentement sur les tintements d’étranges clochettes ralentissant la course et scintillant dans la musique tandis que les claviers se chargeront, en soufflant leurs notes, de relever au-dessus de nos têtes l’horizon et le ciel.

L’analyse de la première piste va nous permettre à présent d’avancer plus vite. Prenant en effet pour acquis le fait que les trois pistes sont liées l’une à l’autre dans un souci de cohérence, il nous suffira de mentionner en quoi la seconde piste – " Respiration gelée" –, et la troisième piste – " La Route "–, diffèrent de la première et la complètent. Le début de la seconde piste est moins abrupt que ne le sont ceux de la première et de la troisième piste. Pour autant, la menace plane déjà et de nouveau la même course folle reprend et nous emmène encore plus loin. Cette fois, la boîte de Pandore de nos espérances déçues est ouverte et il s’en échappe dans un flot continu ce passé qui n’était jamais passé, cependant que la voix se fait plus que jamais furieuse, hurlant notre misanthropie retrouvée, alibi de notre désespoir. Ici point d’accalmies, les claviers ne sont là que pour esquisser les virages aussitôt disparus de notre périple et la batterie, imperturbable, mesure seulement la distance qui nous sépare du point d’impact avec notre vérité. Il faudra attendre près de douze minutes pour que s’achève enfin cette chute à l’horizontale, pour que vienne une nouvelle accalmie initiée par des claviers malgré tout menaçants et pour que se révèle dans la musique cette antique vérité : « Memento mori », « Souviens-toi que tu es mortel ». Des chuchotements énigmatiques précèdent alors un passage aux accents de Funeral Doom, puis c’est sur un long silence que s'achève la seconde piste. La troisième piste débute aussi abruptement que la première et, très vite, le violon nous rejoint sur la route, puisque tel est d'ailleurs le titre de ce morceau. Bientôt, c’est au tour d’un clavier de remplacer le premier instrument et les notes qui tombent comme des flocons nous rappellent les plus douloureux moments de nos précédents périples. Vers le premier tiers du morceau, une nouvelle accalmie, assez brève, ralentit le tempo et, vaincus, nous sommes désormais bien plus traînés qu’entraînés par la musique. La voix elle-même semble l’avoir deviné et se fait moins vindicative. C’est ce moment que choisissent les claviers pour tisser un ciel rempli d’étoiles, le voyage entrepris semble donc prendre fin là-haut, parmi les étoiles, et tandis que battent à l'unisson les pulsations de notre cœur et de la musique, un vent de musique souffle dans nos poitrines un nouvel avenir, sans lien avec ce passé enfin laissé là où il s’est passé. Désormais, les claviers dictent seuls leur loi et cette loi est celle de l’éternel recommencement. Peu à peu, les instruments se taisent comme s’éteignent les étoiles à l’approche de l’aube, quelque chose d'indéfinissable enveloppe tout ce qui nous entoure et, sur un ultime chuchotement, presque un souffle, tout s’arrête...pour un nouveau commencement.

PAYSAGE D’HIVER est à n’en pas douter une entité à part, qui a su aussi bien tenir compte de son héritage musical -on peut penser à DARKTHRONE et aussi, sans doute, à EMPEROR- tout en ne cessant jamais d’affirmer sa personnalité propre. Car il y a bien, dans cette œuvre, au moins l’ombre portée du « Transilvanian Hunger » de DARKTHRONE – cette atmosphère pesante, cette impression d’étouffer, ce minimalisme apparent –, mais aussi quelque chose d'une formation moins connue comme OBTAINED ENSLAVEMENT (période « Witchcraft » et « Soulblight ») – je pense notamment à cette façon qu’ont des instruments tels que le violon de venir égayer et aérer ce qui ne serait sinon qu’une chape de plomb musicale. Il y a également ici quelque chose de l’ambient sombre de VINTERRIKET, elle-même en partie inspirée du meilleur de celle de BURZUM et, enfin, une utilisation ingénieuse des claviers qui rappelle le travail effectué dans « In The Nightside Eclipse » d’EMPEROR. Aux amateurs des formations citées, je ne peux ainsi que recommander cette oeuvre de PAYSAGE D’HIVER. Elle nous invite en effet à éprouver que, parfois, lorsqu’enfin nous sommes rendus à nous-mêmes, lorsque nous acceptons de déposer notre fardeau, la tristesse aussi caresse comme caresse la tendresse. Le piège que j’évoquais au début, en somme, n’était là que pour nous libérer de nous-mêmes et nous rendre à la vie. Si le Black Metal révèle bien des surprises, cette œuvre de PAYSAGE D’HIVER en est donc, sans conteste, l'une des plus somptueuses et des plus recommandables.


(1) Une démo du même nom est parue en 2000. La chronique porte sur la réédition de 2007. A ma connaissance et aussi incroyable que cela puisse paraître, la chronique de l'éponyme de Paysage d’Hiver, en français et de ce format, est la seule existante à ce jour sur internet.

(2) Des MP3 de très bonne qualité, tirés des principales démos de Paysage d’Hiver, sont disponibles en téléchargement sur le site de l’artiste:
http://www.kunsthall.ch/kunsthall/bands/paysagedhiver/mainpage.html
Je vous conseille de les télécharger maintenant car il est prévu que la plupart des démos soient rééditées sous la forme de digipacks au format A5 courant 2007-2008.

(3) Seront chroniqués dans un proche avenir les albums de DARKSPACE, dont le troisième devrait paraître prochainement.

(4) Ni mon digipack ni aucun site, à ma connaissance, ne fournissent les textes de ces paroles. J'ai pris l'initiative de contacter l'auteur mais comme Roman Saenko - HATE FOREST, DRUDKH -, il semble injoignable et désireux de ne laisser filtrer à son sujet que le moins possible d'informations. Pour autant, les textes des autres démos, en allemand, semblent confirmer mon intuition.

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