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YOB - Our Raw Heart (2018)
Par NEURO6 le 4 Juin 2019          Consultée 676 fois

Eugene, troisième ville de l'Oregon, État de la côte nord-ouest des États-Unis. Il fait froid, nous sommes en janvier 2017. Épaisse chemise en flanelle à motif tartan sur le dos, chevelure dense et lunettes rondes sur le nez, Mike Scheidt va tranquillement faire ses courses, entre deux sessions d'écriture de chansons pour son groupe YOB. Mais il n'atteindra jamais sa boutique : frappé d'une violente douleur sur son flanc gauche, Mike s'effondre, comme foudroyé. Le genre de douleur qui vous paralyse. Une peur mortelle l'envahit immédiatement. Transporté d'urgence à l'hôpital, les médecins lui diagnostiquent une diverticulite aiguë : pour faire simple, les diverticules - petites excroissances sur le gros intestin - peuvent s'infecter et, pour le cas de Mike Scheidt, être percées, répandant l'infection dans le ventre. Sans prise en charge médicale rapide, une péritonite peut s'avérer mortelle. Mike Scheidt en a bien pris conscience lorsque les médecins lui ont fait part de leur diagnostic. Il s'en est fallut de peu - quelques heures tout au plus - pour que le frontman de YOB succombe. Une opération et un staphylocoque doré plus tard, Mike débutait sa phase de convalescence. Naturellement, la tournée prévue est reportée. Cloué sur un lit d'hôpital, le chanteur a été bien aidé par son importante base de fans qui l'a soutenu et a récolté pour lui une jolie somme afin de l'aider à payer ses soins. Plusieurs semaines sans jouer de guitare, sans chanter : il lui a même fallu en passer par une phase de rééducation au chant. Aux dires de Mike Scheidt, ce travail technique et itératif a été bénéfique pour sa pratique, notamment par l'apprentissage de nouvelles méthodes. Résultat : fin juin 2017, le groupe donne une série de concerts à New York et reprend sa tournée. Le train repart et le groupe peut à nouveau plancher sur son futur album. "Our Raw Heart" a vu le jour le 8 juin 2018.

Pourquoi cette digression médicale ? Car il faut bien saisir le contexte dans lequel a été écrit ce nouvel opus, le huitième de la carrière d'un combo qui aurait pu disparaître. En relisant les diverses interviews du groupe et surtout du chanteur, on se rend compte que cet album a été nourri par cette épreuve. Les périodes de souffrance et de doute traversées par le chanteur et son groupe transparaissent dans l'écriture. Au moment de décortiquer ce nouvel album, il faut donc dépasser une double difficulté : d'abord, celle de juger une énième réalisation d'un groupe culte, voire sacré, fer de lance du Doom Metal ; ensuite, le caractère singulier de "Our Raw Heart", écrit dans la douleur et la crainte d'une fin prématurée du groupe.

Emmené par Mike Scheidt depuis 1996 et complété du batteur Travis Foster et du bassiste Aaron Rieseberg arrivés en cours de route, YOB s'est fait un nom international et au-delà de la sphère Metal avec "The Great Cessation" en 2009 avec ce trio, ce qui lui valut d'obtenir une visibilité dans les grands médias américains, comme le New York Times. Le groupe a également été salué par la critique avec "Clearing The Path To Ascend" (2014).
Comme à leur habitude, les trois gars d'Eugene livrent ici un opus dense et copieux à souhait : près d'1h15 de son à la croisée du Doom et du Stoner, dans la lignée de leurs précédentes productions. Toutefois, ce huitième opus apparaît moins psychédélique et moins Death que les précédents albums, avec un son qui évoque parfois MASTODON.

L'album démarre dans une certaine allégresse avec "Ablaze", un morceau épique de dix minutes qui réunit les ingrédients de prédilection du groupe : riffs lents et puissants, envolées lyriques du chanteur couplées à quelques saillies gutturales, émotivité à fleur de peau. Entre ombre et lumière, Mike Scheidt y excelle déjà, tant au chant qu'à la guitare, bien accompagné par ses deux compères. Le final bourdonnant nous laisse à peine le temps de respirer que le second morceau, "The Screen", démarre avec un gros riff gras, laminage continu inspiré de MORBID ANGEL. Assez inédit dans la discographie du groupe, le morceau s'impose comme le premier pilier de cet album. Le chanteur y module sa voix entre growl et saillies flirtant avec le Heavy des années 70. Son arrêt brutal cède place à "In Reverie". Porté par la batterie martiale de Travis Foster, un chant Heavy et un riff inlassablement répété, le troisième titre nous transporte dans une transe engourdie et étouffante.

Passés ces trois premiers morceaux pachydermiques (et déjà trente minutes de son !), l'énigmatique "Lungs Reach" est une plongée introspective dans une lente agonie : introduit par des sonorités Drone, le titre, le plus court de "Our Raw Heart" (5 min 39), propose ensuite un Doom Death des plus réussis. Mike Scheidt nous immerge dans des abysses de souffrance par son interprétation sans faille.
Ce morceau constitue une sorte de charnière dans l'album, car le titre suivant vient renverser l'auditeur : l’étonnant "Beauty In Falling Leaves" nous plonge en effet dans seize minutes de lévitation aux accents de ballade Rock progressive. C'est toutefois une demi-surprise car le tempo du morceau et sa mélancolie s'insèrent en fait parfaitement dans l'album. Le final (trois ultimes minutes), nous proposent un retour au calme d'une beauté touchante : on sent ici une interprétation très personnelle et sincère du frontman. "Beauty In Falling Leaves" vaut à lui seul de prêter une oreille à cet album. C'est pour moi l'autre pilier de leur opus.
Si l'album aurait pu se terminer là-dessus - ce serait mal connaître le trio - YOB nous propose encore deux titres. Et je le dis de suite, il aurait été extrêmement dommageable de passer à côté de "Original Face" tout comme du titre éponyme final, "Our Raw Heart". L'avant-dernier morceau vient crûment nous foutre un coup de pompe au cul avec sa hargne : porté par un chant guttural encore une fois parfaitement exécuté et de parfaits solos Heavy, YOB nous livre ici un pur morceau de Metal. Enfin, le titre éponyme, subtil et sensible, clôt l'album en nous offrant, avec ses quatorze minutes, un ultime moment d'éternité. Il illustre bien les sentiments contraires portés tout au long de cet album, entre rage, désespoir, violence et sérénité.

Avec ce huitième tableau dans sa très riche discographie, YOB a pris un risque, celui de produire un album long (75 minutes), sans doute non destiné aux auditeurs impatients. Mais le trio a eu raison d'occuper un maximum de temps pour créer une atmosphère riche et texturée aux sonorités variées : Heavy des années 70, Sludge, Doom Death, Rock, Drone. Bref, du Metal total. Le répertoire musical du groupe est impressionnant.

YOB fait figure de gardien du temple d'un Metal à l'ancienne, héritier des premières productions de BLACK SABBATH : le tempo lent, les structures complexes des titres rendent l'expérience d'écoute graduelle et différente à chaque fois.
Au-delà de la musique, l'album est traversé par le combat de Mike Scheidt et sa volonté de survivre : certaines chansons transpirent littéralement cette combativité dont il a dû faire preuve. "Our Raw Heart" constitue à lui seul un processus de guérison. Avec cet album exutoire, YOB est bien de retour et continue de marquer à la fois sa singularité et son rôle de locomotive dans la scène Doom.

Note réelle : 4,5/5.

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   NEURO6

 
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- Mike Scheidt (chant, guitare)
- Aaron Rieseberg (basse)
- Travis Foster (batterie)


1. Ablaze
2. The Screen
3. In Reverie
4. Lungs Reach
5. Beauty In Falling Leaves
6. Original Face
7. Our Raw Heart



             



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