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INTER ARMA - Sulphur English (2019)
Par NEURO6 le 1er Juillet 2019          Consultée 1154 fois

S'attaquer à la chronique d'un album d'INTER ARMA n'est pas une tâche facile. Ses productions ne se laissent pas dompter facilement : il faut s'accrocher pour en découvrir les subtilités, pour traverser la torpeur inhérente à son style. De même, accoler une étiquette précise au groupe serait dérisoire : INTER ARMA se situe en effet au croisement du Doom et du Sludge et emprunte allègrement au Death atmosphérique, au Black et au Prog. Bref, un Metal extrême. Claustrophobe, passez votre chemin.
Leur premier album est sorti en 2010 ("Sundown"), suivi de de "Sky Burial" en 2013 et de "Paradise Gallows" en 2016. Le quintet avait démontré qu'ils maîtrisaient un large éventail de styles et d'ambiances psycho, sombres et sensibles. Avec cette régularité trisannuelle, il était également attendu que les gars de Richmond en Virginie proposent un nouveau disque cette année. Ce fut fait avec "Sulphur English" le 12 avril dernier.
La pochette, illustrée par un arbre en flammes, colle parfaitement bien à l'état d'esprit d'un groupe qui s'inspire de la violence du monde actuel et qui évoque, dans un registre assez cabalistique, les tribulations de l'Amérique contemporaine (en particulier le mandat de Donald Trump) : le son est dur, sinistre, sombre mais toujours dynamique et cohérent.

L'album démarre dans l'angoisse d'un son strident et de coups métalliques. Cela annonce le début d'un interminable combat nocturne dont les plaines du Mordor pourraient faire office de décor. Car, en effet, j'ai eu le sentiment que cet album pourrait coller à un remake du Seigneur des Anneaux uniquement tourné depuis le point de vue du Seigneur des Ténèbres et de ses armées ! Quoi de plus naturel quand on se nomme INTER ARMA, qui signifie « en temps de guerre » en latin ? Cette intro donne le ton d'un album (presque) entièrement obscur et corrosif, et ouvre sur un premier triptyque.

"A Waxen Sea", crossover Black/Death, est porté par les blasts du batteur T.J. Childers, leader officieux du groupe, et la voix caverneuse de Mike Paparo. Les riffs chaloupés nous mènent sur un océan tourmenté. Pour se situer, le morceau évoque les productions de BLOOD OF KINGU.
Dans "Citadel", funéraire à souhait, le batteur livre tout au long de l'album une performance de haut niveau marquée par des rythmes dévastateurs et des phases au tempo plus posé mais non moins martial. Les solos cachés ici et là rappellent MORBID ANGEL.
Ces deux morceaux attestent bien du tournant pris par le groupe vers des paysages sonores plus lourds et élaborés selon une construction lente et progressive.
Dans "Howling Lands", le poison s'insinue définitivement en nous avec la voix venimeuse du chanteur accompagnée d'incantations de baryton tout aussi inquiétantes. La batterie est tribale, tandis que les riffs s'intègrent progressivement au morceau : le mixage est ici particulièrement réussi. La rythmique nous porte dans les tréfonds poisseux desquels il semble impossible de ressortir. Et pourtant...

En effet, certains morceaux cachent des moments où le ciel se dégage : c'est le cas du duo "Stillness" et "Observances In The Path". Sur le premier, les quelques notes d'arpèges à la guitare acoustique accompagnent parfaitement le chant clair et la batterie d'un tribalisme primitif. INTER ARMA est coutumier de ce type de morceaux flirtant avec le Blues, bien que cela sorte du registre initial du chanteur Mike Paparo. "Stillness" est donc une berceuse folk similaire à "The Long Road Home", présent sur l'album "Sky Burial", ou encore à "Where The Earth Meets The Sky" sur "Paradise Gallows". Bref, si vous aimez les ambiances de feu de camp en milieu post-apocalyptique, foncez !
Les deux superbes soli posés au milieu du morceau renforcent cette sensation de profiter d'un moment méditatif et aérien dans un océan de pétrole déchaîné. Le mur de guitares qui nous frappe au deux tiers du titre – juste avant le second solo, exquis - nous rappelle d'ailleurs que cette détente ne sera que passagère.
"Observances In The Path" nous offre un dernier répit avec son court moment de piano venant conclure cette parenthèse lumineuse. Il introduit le second triptyque extrême de l’album.

"The Atavist's Meridian" est le morceau le plus long de "Sulphur English" (12 minutes 34). D’une grande intensité et d'une noirceur considérable, il impressionne par son ambiance Doom et par la performance du chanteur qui transmet ici toute sa souffrance. Mike Paparo fait en effet de son chant un remède contre ses états dépressifs. "Blood On The Lupines", chanson incantatoire et envoûtante, et "Sulphur English" suivent. Le titre éponyme constitue une charge politique à destination de Donald Trump, jamais nommé mais pointé du doigt à travers les textes : « Méfiez-vous du charlatan », « Méfiez-vous de sa langue fourchue, sa diction grossière et impénitente » et de ses yeux « fixés vers le trône ». Ambiance. Cet ultime morceau vient clore l’album. Il est déjà temps de le repasser.

Entre accumulation de tension et libération soudaine, INTER ARMA a inscrit ces changements de ton dans l'ADN du groupe. On retrouve cette structure dans la plupart des titres, tous bien rythmés. La batterie y est pour beaucoup. Très présente aux côtés des modulations vocales du chanteur – grognements, hurlements, en growl ou en voix claire ("Howling Lands" en est le parfait exemple) – batterie et voix remplissent l'espace et apportent l'essentiel de l'atmosphère suffocante de l'album. Les solos offrent quant à eux du contraste dans les compositions, comme sur "Citadel".

Groupe de Metal profondément moderne, travaillant beaucoup sur la base de l’intuition et de l’impro, redéfinissant et bousculant les codes et les catégories, INTER ARMA nous plonge avec "Sulphur English" dans un songe profond, complexe et enveloppant. Le duo "Howling Lands" et "Stillness" constitue mes deux morceaux préférés. Le second est même une véritable valeur ajoutée à cet opus qui fait que "Sulphur English" sort du statut d'album ordinaire pour entrer dans la catégorie des galettes à écouter et réécouter. Voyage souterrain, dans la touffeur d'une caverne volcanique et des émanations de souffre, "Sulphur English", dans la veine d’un "Souls At Zero" de NEUROSIS, apparaît aussi sensiblement plus sombre que les productions précédentes. Il en est également le plus abouti, souffrant de très peu d’imperfections (peut-être tire-t-il un peu trop en longueur sur la fin).

INTER ARMA semble encore une fois vouloir échapper aux cases dans lesquelles on souhaite les ranger, si ce n’est dans la catégorie des très bons groupes à suivre de près.

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   NEURO6

 
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- T.j. Childers (batterie)
- Steven Russell (guitares)
- Trey Dalton (guitares)
- Mike Paparo (chant)
- Andrew Lacour (basse)


1. Bumgardner
2. A Waxen Sea
3. Citadel
4. Howling Lands
5. Stillness
6. Observances Of The Path
7. The Atavist's
8. Blood On The Lupines
9. Sulphur English



             



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