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YOB - Atma (2011)
Par NEURO6 le 23 Août 2020          Consultée 652 fois

L’atma, mot sanskrit, est un concept-clef de la pensée philosophique indienne. S’il désigne originellement le « souffle vital », il a fini par symboliser également l’âme, entendue comme la pure conscience d’être, le « Soi ». À la différence des conceptions nées dans les religions occidentales, ce Soi revêt un double caractère, à la foi personnel et transcendantal, puisque l’atma désigne aussi le principe de vie supérieur aux autres éléments constitutifs de la personne que l’on peut réunir avec l’âme universelle, le brahman. Mike Scheidt y voit une façon d’illustrer notre façon d’évoluer, de changer avec le temps : le Moi du passé n’est pas le Moi d’aujourd’hui, pourtant, une fois ces couches successives associées, cela forme un tout, une sorte de Moi supérieur. Difficile de ne pas tisser de lien entre ce concept philosophique et le parcours – chaotique – du groupe. "Atma" est en effet le deuxième album réalisé après la vraie-fausse séparation de YOB, et le sixième au total. C’est donc un album très attendu ; YOB débarque en effet dans la peau d’un groupe solidement établi, avec une réputation flatteuse. Le risque est donc plus grand de rater le coche…

Alors, que cache la bête ? Au programme, cinq sorties qui tournent autour de sept à seize minutes chacune, soit près d’une heure de Stoner Doom Sludge (*) cosmique renforcé aux opiacés (* choisissez la proposition qui vous convient). Une production brute de décoffrage qui maintient l’élan donné dès les premières notes de "Prepare The Ground". Avec sa base et sa batterie omniprésentes, le premier morceau marque l’intromission de la voix Heavy old-school et implorante de Mike Scheidt. L’entrée en matière est un coup de pied bien senti qui propulse l’auditeur dans l’univers psychédélique du trio américain. Difficile de ne pas se balancer mécaniquement en entendant le pont qui s’ouvre à nous à partir de de 5’42.
Ces vers tirés du premier morceau illustrent bien ce qui est proposé par YOB dans cet album : du lourd, de la boue, du gras, du bitume brûlant inlassablement tartinés, couche après couche, dans notre conduit auditif.

« One hundred thousand repetitions
Recite the mantra. »

Ces réjouissances passées, il n’est pas question de faire une pause. Le groupe enchaîne avec le titre éponyme, dont l’intro rend hommage au morceau "Black Sabbath" (on y retrouve l’orage, la pluie et la cloche). Avec ses riffs éléphantesques (dont celui qui, à 5’54, vient limer nos oreilles) et son chant des plus furieux, le morceau est taillé pour le live. Tout dans ce titre transpire le style de YOB, un Metal total, sans fioriture, puisant partout son inspiration (dont le Rock psychédélique, le Stoner, le Blues) et dont les paroles portent sur les questionnements philosophiques et religieux de Mike Scheidt. Ce morceau est le mastodonte de l’album. L’impulsion est définitivement donnée : la machine YOB sera inarrêtable.

Avec ses sonorités hindoues et ses samples, "Before We Dreamed Of Two" vaut déjà le détour. C’était sans compter sur la surprise du chef, la présence de Scott Kelly de NEUROSIS sur ce morceau. Il débarque au milieu du titre : l’ambiance change brutalement, on a presque la sensation que la température baisse d’un coup. Instinctivement, on devine que quelque chose se prépare. Dans un minimalisme musical, les quelques accords et le bruit des vagues introduisent progressivement le chant éraillé de Kelly qui surgit comme une bête, avec un grognement inquiétant. Récitant ses incantations, le morceau repart de plus belle dans son Doom teinté de Post Hardcore. Plus qu’une invitation, Scott Kelly dispose carrément d’un demi titre taillé pour lui où Mike Scheidt se contente simplement de l’accompagner. Le morceau se termine dans un Drone entêtant, plus d’un quart d’heure après son ouverture. Le fan de NEUROSIS et de YOB que je suis ne peut que s’esbaudir devant une telle magnificence.

Après cet incroyable crossover (j’en tremble encore), "Upon The Sight Of The Other Shore" tente de remettre les pendules à l’heure avec le retour du Sludge caractéristique de YOB. Pourtant, face à l’étendue du parcours réalisé jusque-là, nous faisant traverser un marécage couvert d’un épais brouillard, face aux seize minutes cathartiques et bourdonnantes du morceau précédent, "Upon The Sight Of The Other Shore" semble plus fade, trop classique, d’autant qu’il est pris en étau entre deux morceaux singuliers, voire extraordinaires et, surtout, relativement longs (plus de treize minutes pour le suivant). Pas mauvais en soi, ce morceau souffre donc de la comparaison avec ces deux autres titres.

Clôturant l’album, "Adrift In The Ocean", par ses sonorités orientales et sa batterie, est le morceau le plus singulier de l’album. Il débute avec des notes subtiles et touchantes de guitares. Il faudra patienter, traverser cette torpeur mélancolique et méditative pour que YOB déchaîne à nouveau les enfers. La montée en puissance du morceau est un régal. Aaron Rieseberg prépare le terrain avec sa basse, rejoint progressivement par la batterie martiale de Travis Foster, tandis que Mike Scheidt, discrètement, continue d’insuffler ses notes de guitares. Le déchaînement à 4’15 est une explosion remarquable, puis le riff vrombissant et le cri caverneux de Mike Scheidt perforent l’espace et lancent définitivement le morceau. À nouveau, c’est au duo basse/batterie d’assurer les transitions, et quelle transition ! On retrouve l’ami Scott Kelly venu brièvement chuchoter quelques vers au son de percussions tribales, ouvrant la voie à un solo aérien et majestueux. Avec du recul, "Adrift In The Ocean" fait même figure d’incontournable dans la discographie de YOB. Un quart d’heure de gloire, de poésie et de quintessence incontournables pour finir l’introspection "Atma" en beauté.

« Dreams of gods
Of us
Of the fall
Dreams of mountains
We feel
To the marrow
To commune
With what we lost »

Que dire après cela ? "Atma" est un pari réussi. Il parvient à nous engloutir dans la lourdeur de ses riffs. On y trouve certes des éléments familiers (pour ne pas dire prévisibles) qui font la signature du groupe, mais aussi des progressions stylistiques subtiles. Une maturité musicale et personnelle semble à poindre ici : elle sera atteinte dans l’album suivant. YOB continue de défier les lois de la physique et donner de la masse aux ondes sonores. "Atma" est un album positif, contrairement à son successeur, écrit dans la douleur. C’est surtout un disque spirituel, une expérience méditative : les riffs lents et puissants, inlassablement répétés, ont des vertus cathartiques. Dans les années 1990, Mike Scheidt s’est goinfré des albums de SLEEP et d’ELECTRIC WIZARD. Dès lors, il a su qu’il devait jouer ce type de musique, qu’il fallait de ralentir le rythme afin de mieux toucher l’auditeur.
L’album est surtout marqué par l’ubiquité quasi divine de Mike Scheidt, avec son chant communicatif à défaut d’être techniquement irréprochable, et par la contribution indélébile de Scott Kelly. D’ailleurs, la collaboration avec l'un des frontmen de NEUROSIS leur a ouvert les portes du label Neurot Recording, sur lequel est sorti "Clearing The Path To Ascend". Refusant de départager ces deux monuments de leur discographie, je leur mets la même évaluation. Mais face à de telles œuvres, noter me paraît bien futile.

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- Mike Scheidt (chant, guitare)
- Aaron Rieseberg (basse)
- Travis Foster (batterie)


1. Prepare The Ground
2. Atma
3. Before We Dreamed Of Two
4. Upon The Sight Of The Other Shore
5. Adrift In The Ocean



             



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