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NYARLATHOTEP DEATH METAL  |  STUDIO

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- Style : Chthe'ilist, Hypocrisy, Immolation
 

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SULPHUR AEON - The Scythe Of Cosmic Chaos (2018)
Par WËN le 24 Mars 2019          Consultée 1742 fois

Avec SULPHUR AEON, on connaît désormais la musique. Du haut de leurs précédentes et archaïques incantations (deux albums, précédés d'un EP et d'une démo en huit ans) sordidement encrées dans un Death Metal pachydermique et tentaculaire débordant d'occultisme, nos complètement teuto-niqués cultistes ont prouvés qu'ils aimaient à se complaire dans ces rites sacrificiels d'obédience Lovecraftienne caractéristiques dont le déroulé est maintenant connu et reconnu de nos lecteurs les plus avertis et n'a - c'est le moins que l'on puisse en dire - que peu à envier aux plus cauchemardesques monstruosités du genre.

Et pour cause, sur une solide base Death Metal digne d'une perverse union de la paire IMMOLATION/HATE ETERNAL graissée avec ce qu'il faut d'huile de poulpe pour vicieusement noyer l'auditeur au fond des riffs, cet infâme rejeton, mâtiné d'une fange mélodique toute HYPOCRISY-ienne (en son milieu de règne) pour la perfidie qu'elle ne manque d'y déployer, a pour habitude durant ses offices impies d'étaler ses gammes en un gueuleton sacrificiel et d'en profiter pour y invoquer à ripailler quelque titanesque entité cosmique, lors de cataclysmiques festins que l'on devine plein d'allégresse.

Car lorsqu'il est question de psalmodier en l'honneur d'une de ces quelconques abominations, SULPHUR AEON ne fait pas les choses à moitié. Avare en compromis (*), l'incantatoire trio n'a jamais donné dans la demi-mesure et c'est son œuvre toute entière qui s'en trouve érigée à la gloire du ténébreux panthéon Lovecraftien. Des thématiques certes réduites à peau de shoggoth : mais lorsque l'on connaît, menaçant et tapi depuis d'intangibles éternités, tout ce qui attend l'auditeur insouciant derrière ce simple patronyme pourtant si vertigineux de sens, une certaine tension ne manque invariablement de se tisser avant même d’aborder tout nouveau recueil. Suite à ses offrandes dédiées aux monumentaux Cthulhu et Yog-Sothoth ... C'est cette fois-ci Nyarlathotep que la formation ne va manquer d'invoquer (scandant son patronyme à qui veut bien l'entendre lors des trois premiers brûlots), bien qu'elle saura tout autant s'autoriser quelques plongées en eaux troubles le temps d'un couple de compos ("Sinister Sea Sabbath", "Lungs Into Gills") voire de laisser flappoter là une dissonante aile cramoisie ou ramper ici un pestilentiel tentacule imbibé d’un bien létal fiel. Le Chaos Rampant, messager des Autres Dieux à ses heures, ne va évidemment pas se faire prier pour apporter ce qu'il faut de désolation dans son microsillon… Et à l'image de son avatar de couverture, nous allons y découvrir un SULPHUR AEON déployant ses ailes membraneuses et explosant littéralement le gargouillant cocon qu'il s'était tissé, devenu désormais trop étroit pour ses imposants projets de domination - voyez la majestueuse pochette mais davantage encore l'illustration d'intérieur, toujours signées Ola Larsson, vous comprendrez.

Car si son "Gateway To The Antisphere" de 2015 tentait d'élever le propos par rapport à son prédécesseur, il échouait pourtant à pleinement convaincre, la faute à quelques maladresses (trop de titres, ventre mou en fin de première partie) et choix hasardeux (production plutôt claire, là où son prédécesseur nous prenait directement à la gorge, fade-out en guise de fin pour certaines compos). La bonne nouvelle, déjà, c'est que ces défauts ont été salement gommés, mutant la Bête en quelque chose d'encore plus abject. Le son est ici prodigieux (le responsable n'a pourtant pas changé), se jouant de nos pires sueurs froides, dégoulinant sans réelle cohérence physique en de non-euclidiennes montagnes rustres de nos tempes et de nos branchies, jusqu'au plus creux de nos reins. Côté riffing, le groupe nous pose là ses grosses anciennes paires de couilles sur le front et prend un malsain plaisir à rudoyer tout ce qui lui passe à portée de manche, nous abâtardissant la gueule bien comme il faut au passage ("Lungs Into Gills"). En témoignent ces grosses bastos (encore renforcée par ce parti pris fou-furieux de la production) que s'avèrent d'emblée être ces abrasives "Veneration Of The Lunar Orb" et autres " Yuggothian Spell", ou la plus pernicieuse "The Oneironaut" (et son final tout atmo auquel fera écho celui de "Thou Shalt Not Speak His Name" en fin d'album). Ses sinistres atouts, eux, sont sournoisement conservés ici, des plus tentaculaires prolongements de sa batterie berserkr plus apocalyptique que jamais, à ce chant possédé psalmodiant et hurlant (growls/grunt/scream) sous une lune déjà bien pâlotte et annihilant ainsi toute volonté et veines tentatives de résister à son joug ; ces deux gimmicks étant d'ailleurs poussés encore plus loin que ce que nous imaginions possible. Avec trois titres de moins au compteur (pour la même durée), on surprendra aussi SULPHUR AEON à développer davantage ses idées et à moins s'éparpiller. Et avec ce nouveau condensé de haine et de rage pure, l'entité allemande abat une à une nos défenses mentales et toute sa perfidie va ainsi faire son œuvre en nous retournant le cerveau comme une soirée crêpes trop arrosée sur les rives de la Miskatonic.

Mais au-delà de ça, en d'incessants soubresauts évolutifs, le trio devenu quintette (adoptant les cultistes qui l'épaulaient lors de ses rituels scéniques) parvient fort heureusement à pourvoir son corps meurtri de nouveaux charmes difformes mais ô combien hypnotiques, se refusant ainsi toute stagnation en ces marais putrides qui l'ont vu naître. Plus que jamais, des premières notes de "Cult Of Starry Wisdom" aux ultimes mélopées de "Thou Shalt Not Speak His Name", en passant par les refrains scandés de "The Summoning Of Nyarlathotep", SULPHUR AEON se fait incantatoire, que cela soit via de nombreux chœurs habités harmonisés parsemant dorénavant sa formule (ce type-même que l'on trouvait sur les introductions des deux précédents LP) ou à grands renforts de mélodies impies ("Cult Of Starry Wisdom", "The Summoning Of Nyarlathotep", "The Oneironaut" avant sa reprise) et de soli pernicieusement vicieux (final de "Veneration Of The Lunar Orb", "Lungs Into Gills") qui s'invitent souvent (très souvent) en fin de compos. Notre Grand Ancien sait ainsi subjuguer pour subitement nous enserrer à la gorge d'un nauséabond tentacule en une suave mais fatale étreinte. Très homogène, l'œuvre se veut cette fois-ci sensiblement orientée 'mid-tempo' (le rythme se ralentit un peu plus à chaque album, c'est un fait). En découle une approche faisant la part belle aux atmosphères, au sens où - plus d'une fois - les riffs se dérouleront en un tapis fangeux en préparation d'un inéluctable carnage, à l'image de ce dissonant "Sinister Sea Sabbath" (cette profanatrice montée en puissance à 2'18), véritable rouleau-compresseur dont le riffing s'érige en véritables lames de fond et nous envoie rouler au fond de ses circonvolutions et taquiner les bas-fonds plus de neuf minutes durant. Même brasses pleines de talc pour l'introduction de "The Oneironaut" et pour "Thou Shalt Not Speak His Name" et son bridge échevelé annonçant son apothéose finale. La musique de SULPHUR AEON, fin 2018, est réellement saisissante.

Alors, loin de nous non plus l'idée de lui polir le coquillage (qu'il a d'ailleurs fort chthonien). Si étourdissant ce récent cru soit-il, quelques petites faiblesses sont à ne pas passer sous silence non plus. Sans nécessairement pointer le lot d'écoutes nécessaires pour parvenir à s'y repérer (qui pour nous de toute manière ne constitue en rien une faiblesse, bien au contraire à l'heure de notre quotidien sur-connecté où tout se doit d'être immédiat), nous noterons par contre qu'en prenant un peu d'altitude pour jeter un œil aux contours très mastoc de ce recueil qui se dessinent en contrebas, qu'une certaine similitude ne tarde guère à se faire ressentir dans la façon dont le groupe tisse la plupart de ses trames (ex : mid-tempo incantatoire et/ou gros dépeçage en règle, pour finir sur, au choix, une lead mélodique ou des chœurs). De cette légère tendance à la répétition, naîtra un sentiment bien malsain d'étouffement, ces atmosphères en devenant suffocantes ; collant ainsi au concept cela ne nuira pas forcément au rendu global de l'œuvre mais fera tout de même lever un sourcil interrogateur au moment de se demander si tout cela fait bien partie des tumultueux plans de notre pachyderme ? Ou si cela masque-t-il déjà un certain essoufflement ? La question est posée… La réponse lors d'un prochain vagissement. Petits regrets également pour le passage à la trappe des intros (et des épilogues instrumentaux) qui avaient le mérite de nous plonger dans l'ambiance de fort belle manière. Nous nous y étions habitués à ces petites mises en gueule, nous !

Au fatidique moment d'achever cet avis, force sera donc de courber l'échine devant la puissance primale et primitive de l'entité allemande. Après la (relative) demi-molle de 2015, SULPHUR AEON via ce recueil de litanies nous offre une synthèse de ses précédentes offrandes tout en sachant, avec force et remous, y greffer une nouvelle et vertigineuse dimension mélodique jusqu'à là insoupçonnée, forgeant ainsi définitivement son caractère déjà bien trempé. Et… Peut-être est-ce dû à cette folie bien papable et inhérente à l'œuvre qui, au moment de conclure, délie ainsi notre plume ; mais cette hésitante - bien que légitime - question ne faisant que se répercuter encore et encore contre les meubles parois de notre esprit, nous voici donc bien obligé de la coucher par écrit : ne se pourrait-il pas que "The Scythe Of Cosmic Chaos" soit, finalement, le plus profond du trio d'album de SULPHUR AEON ?

:::

(*) La naissance de SULPHUR AEON est seule due au souhait de M, son guitariste/bassiste/graphiste (pour l'intérieur du livret) et principal compositeur de n'avoir de compte à rendre à personne en termes de composition (ce qui n'était pas possible dans ses formations précédentes). Seulement après, est venu se greffer le trip' sur Cthulhu et ses potes.

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   (2 chroniques)



- M. (incantations, folies textuelles)
- T. (rituels, mystères phoniques)
- A. (accords yuggothiens)
- S. (pulsations abyssopélagiques, paysages sonores)
- D. (tentacules)


1. Cult Of Starry Wisdom
2. Yuggothian Spell
3. The Summoning Of Nyarlathotep
4. Veneration Of The Lunar Orb
5. Sinister Sea Sabbath
6. The Oneironaut (haunting Visions Within The Starli
7. Lungs Into Gills
8. Thou Shalt Not Speak His Name



             



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