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ABIGOR - Höllenzwang (chronicles Of Perdition) (2018)
Par T-RAY le 6 Juillet 2018          Consultée 743 fois

Il est des artistes ou des groupes qu’il est difficile de détester. Non pas parce que leur musique nous plaît forcément, ni parce qu’ils sont éminemment sympathiques, mais parce qu’ils sont légitimes. De par l'intégrité de leur carrière. De par la régularité dans la qualité dont ils ont fait preuve par le passé. De par le constant effort d’aller au bout de leurs idées, quitte à prendre le genre musical dont ils se revendiquent à rebrousse-poil, ou à emprunter des chemins de traverse, ou à tenter des choses en plus par rapport aux autres. ABIGOR est de ceux-là. Et le fait d’avoir splitté en 2003 après avoir jugé avoir fait le tour du Black Metal classique pour mieux revenir en 2006 avec des intentions nouvelles et des pistes d'expérimentation radicalement différentes de leurs débuts, est en quelque sorte le manifeste de cette intégrité.

Quatre ans après un "Leytmotif Luzifer (The 7 Temptations Of Man)" tout entier dédié au Malin – comme la complète carrière d’ABIGOR, j’ai envie de dire – les Autrichiens sont donc de retour et leur nouvel opus, le présent "Höllenzwang (Chronicles Of Perdition)" viendrait presque contredire mon premier paragraphe. Presque, seulement. Car si ABIGOR n’emprunte aucun chemin de traverse sur ce disque, ni ne prend rien ni personne à rebrousse-poil, sa démarche artistique n’est pas dénuée d’ambition pour autant. Oui, ce nouvel opus plonge de nouveau, et avec gourmandise, dans le Black à l’ancienne. Cet Old School Black Metal dont la formation est l’un des plus vifs symboles hors de Norvège. Mais il ne s’en tient pas là, non.

La volonté d’ABIGOR, avec cet album, est d'invoquer le Black du passé pour le confronter à son goût de l’avant-garde, démontré dès son retour aux affaires en 2006. Point d’orientation Indus, ici, mais une exploration des dissonances, des brisures de rythme et des variations de tempo. Oh, oui, j'exagère un poil mais c’est pourtant l’ambition du faux duo, vrai trio autrichien, que de mêler en un même disque ce qui a fait le sel de sa première partie de carrière et ce qui fait le miel de sa seconde. On s’en rend compte bien vite, tant "All Hail Darkness And Evil" paraît déjà vouloir équilibrer la part d’Old School Black Metal toujours présente en ABIGOR et la propension à l'expérimentation de ses derniers albums… Même si c’est le côté traditionnel qui ressort le plus.

Doté de riffs certes classiquement Black, le morceau révèle vite sa part de démence au travers des vocaux du fidèle Silenius, indispensable à l’expression de malevolence d’ABIGOR. Et la production relativement crade offerte à la musique est adéquate pour nous replonger dans les noirs recoins du Black Metal à l’ancienne. Mais il en faut plus pour qu’ABIGOR démontre son intention de réellement confronter sa part adolescente et sa part adulte. Car c’est d’abord la première qui saute aux oreilles, sur des titres tels que ce tout premier morceau ou tels que "Black Death Sathanas (Our Lord’s Arrival)". Il faut attendre – et entendre – au moins "Sword Of Silence" pour saisir que l’on n’est pas revenus totalement vers un Black Old School mais que l’on se trouve bien en présence d’une tentative de conjugaison de la première et de la deuxième carrière d’ABIGOR.

Celui-ci, en effet, retrouve un peu plus les chemins de l’expérimentation avec davantage de dissonances et de changements de tempo. Et les canevas de guitares rampantes et sournoises brodés à cette occasion par P.K. et T.T. font leur petit effet délétère. Globalement, c'est quand ABIGOR limite ses accélérations qu’il est le plus pertinent. Comme sur "The Cold Breath Of Satan", mid-tempo grinçant qui ne prend que rarement de la vitesse, et apparaît effectivement plus efficace quand les parties de gratte de font plus lentes, en explorant les dissonances sans bourriner. Ou comme "None Before Him" où, là encore, c’est la pesanteur du riffing et des ambiances qui donnent de l’ampleur à ce panégyrique sataniste. On a tout de même la sensation de déjà-entendu ailleurs, chez d’autres tenants de l’avant-garde Black Metal et en remontant aussi loin qu’au "Prometheus" d’EMPEROR, sans atteindre un tel niveau toutefois.

Cette alchimie d'ancien et de moderne, qui parvient tant bien que mal à prendre mais dont il faut plusieurs écoutes pour juger de la pertinence, ne trouve pas de meilleur exemple que "Hymn To The Flaming Void". Voici peut-être le titre qui mêle le mieux Black Metal à l’ancienne et Black Metal contemporain, friand de motifs dissonants et de cassures de rythme. Mais paradoxalement, il s’agit aussi de l’un des morceaux les moins séduisants de l’album ! Son écoute laisse l’impression qu’ABIGOR n’est pas tout à fait parvenu à son objectif sur ce disque : captiver l’auditoire en lui proposant le meilleur de (ses) deux mondes, l'ancien et le plus récent. Heureusement que des titres tels que "Olden Days" et "Christ’s Descent Into Hell", véritables réussites qui ne se posent pas vraiment la question d’un équilibre parfait entre l’ABIGOR d'antan et celui de céans, sont là pour nous ravir.

"Olden Days" et ses guitares à six et à quatre (ou cinq ?) cordes tissent un enchevêtrement énigmatique qu’il est passionnant d’essayer de découdre. Ce morceau lent tiendrait presque de la ballade Black (hahaha… Hum) et il s’agit certainement de l’un des plus prenants de l’album. Quant à "Christ's Descent Into Hell", voici sans doute le meilleur titre de cet album, car le plus abouti. ABIGOR y prend le temps d’installer un riff identifiable, un tempo stable, ce qui apparaît bien moins expérimental, certes, mais donne un réel fond à ce titre. La présence d’une voix féminine démente, qui se fait entendre avant que le morceau ne reprenne des chemins de traverse, puis qui revient ensuite nous hanter, rend d’autant plus mémorable cet élan blasphématoire. Sa présence est plus qu’indispensable à ce "Höllenzwang".

Car on s’immerge trop peu, tout de même, dans un tel album. ABIGOR ne nous enveloppe pas d’autant de créativité noire que d’habitude, et cela ne tient pas qu'à la durée de l’album, qui n’est pas un réel handicap pour moi, avec ses 36 minutes. Honnêtement, je ne peux que louer les efforts d’ABIGOR pour proposer un Black Metal plutôt savant sans vouloir trop l’étirer et nous perdre en circonvolutions sans intérêt. Non, cette difficulté d’immersion dans l'œuvre tient plutôt à la relative modération de ses intentions après un "Leytmotif Luzifer" dense et dément comme pas deux. On croirait parfois entendre des morceaux pas tout à fait complets, des versions de travail qui, bien que soignées sur le plan de la composition et de l'interprétation, manquent d’une idée directrice bien identifiable. Heureusement pour ABIGOR que son seul talent suffit à faire d’une demi-réussite un bon album malgré tout.

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   T-RAY

 
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- P.k. (guitares, basse)
- T.t. (guitares, basse, batterie)
- Silenius (vocaux)


1. All Hail Darkness And Evil
2. Sword Of Silence
3. Black Death Sathanas (our Lord's Arrival)
4. The Cold Breath Of Satan
5. None Before Him
6. Olden Days
7. Hymn To The Flaming Void
8. Christ's Descent Into Hell
9. Ancient Fog Of Evil



             



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