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BORIS - Dear (2017)
Par LYRR le 25 Décembre 2017          Consultée 2102 fois

Vingt-cinq ans. Vingt-cinq ans que BORIS révolutionne la musique avec ses expérimentations vrombissantes. Le groupe a exploré tant de styles, tant de sonorités, développant une identité complexe au sein d’un univers si varié qu’il est parfois difficile de s’y retrouver. Capable du meilleur comme du pire (sa surproductivité de cette dernière décennie y est peut-être pour quelque chose : sortir plusieurs disques chaque année ne laisse pas toujours la place à un aboutissement dans l’expression de la créativité), le trio japonais ne semble pas prêt à prendre sa retraite de sitôt. Et pour marquer ce quart de siècle d’activité, quoi de mieux que de sortir un nouvel album ?

"Dear" est donc un gâteau d’anniversaire couronné de vingt-cinq bougies et découpé en dix parts différentes afin de convenir à tous les estomacs ; il condense le savoir-faire du groupe et ses diverses influences pour en sortir le meilleur. C’est donc une forme de rétrospective qui est proposée, mais sans que cela ne signifie faire une compilation d’anciens titres revisités – pour cela, penchez-vous plutôt sur l’excellent "Genshô" sorti en 2016. "Dear" ne contient que du matériel nouveau. Et quel matériel ! Il y a là tout pour ravir tant le novice que le vieil amateur du groupe qui croyait avoir déjà tout entendu de ce que BORIS pouvait créer.

"Dear" voyage entre les époques, évoquant au passage les diverses trouvailles stylistiques du groupe. Le début du disque pousse le Doom à l’extrême : "D.O.W.N." rappelle volontiers la version mélangée Noise du titre "Farewell" sur "Genshô", avec son ambiance aérienne et ses bruitages grinçants, et "DEADSONG" va même encore plus loin dans la lenteur Drone/Doom. Avec "Absolutego", le groupe renoue avec une approche plus Stoner, avant de passer à quelque chose évoquant plus volontiers l’album "Boris At Last – Feedbacker" sur la fin du titre.

En enchaînant avec "Beyond", le groupe nous surprend à nouveau : les couleurs sont plus douces, le chant plus émotif, les guitares plus éthérées. Un contraste certain avec "Kagero", qui plonge l’auditeur dans un Drone mystique planant menant à "Biotope", un titre doux et étrange tirant sur le Post Rock. Le mélange des genres est jouissif : rarement un groupe n’aura fait autant voyager tout en gardant une cohérence stylistique aussi convaincante. "The Power" a quelque chose de l’album "Amplifier Worship" dans sa lourdeur pachydermique : loin de la rêverie, c’est dans une fosse de goudron bouillonnant qu’il nous jette, nus et démunis, seuls face à son monolithisme cyclopéen. Et le groupe de nous rappeler amicalement que la fin est proche : "Memento Mori" renoue avec le ciel, mais non sans y voir les nuages s’amonceler.

Car vient ensuite une pièce intrigante : d’une douceur languissante, une force émerge progressivement à la lumière du jour. La beauté se dévoile ; l’horizon s’éclaire de mille rayons dorés ; les larmes coulent, perles de cristal s’évaporant dans l’azur infini. "Dystopia -Vanishing Point-" marque une apogée dans l’expressivité du groupe, renouant avec l’atmosphère de "Beyond" de par son intensité et sa délicate subtilité. Une sublime épopée sensorielle au lyrisme déchirant. Et les derniers cris de guitare s’évanouissent, laissant place à l’arrivée du titre éponyme du disque. Et le monde se met à bourdonner. Vibrer. Vrombir. "Dear" présente une musique épurée, presqu’autant qu’un titre de KHANATE l’aurait fait. Le lyrisme est mort. La mélodie, enterrée. La douceur, incinérée. Seul reste le son. L’écho malsain des lamentations. L’absence oppressante de mélodicité. Tout n’est plus que distorsion. Et c’est dans cette ambiance mortifère que le disque se termine. Sans prévenir. Naturellement. Comme si tout avait été dit. Car tout a été dit.

"Dear" n’est pas un album facile, et pourtant tout est si simple en lui. BORIS a cultivé son art de la composition directe et efficace jusqu’à son paroxysme : plutôt que d’impressionner par des artifices techniques, il mise tout sur la consistance du son et son impact auditif. Il est l’avatar d’un Doom transcendant, libre, massif mais incroyablement fluide. "Dear" incarne tout cela à la fois : il navigue en toute liberté entre les genres mais conserve son identité ; à aucun moment l’on ne douterait d’avoir affaire au même BORIS que celui qui créa "Absolutego" vingt-et-un ans plus tôt.

Ce disque est donc un succès total. Il n’y a rien à redire : depuis "Pink", le groupe a tellement composé que la qualité de ses albums était plutôt fluctuante. L’on retrouve ici un BORIS en grande forme, déterminé comme jamais à prouver qu’il a encore bien des choses à dire d’un point de vue musical. Il s’agit sûrement de l’une de ses créations les plus solides à ce jour, et un magnifique accomplissement pour dignement marquer d’un jalon un nouveau cap franchi dans son existence. Un chef-d’œuvre incontestable.

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- Takeshi Ohtani (basse, guitare, chant)
- Wata (guitare, chant)
- Atsuo Mizuno (batterie, chant)


1. D.o.w.n. -domination Of Waiting Noise-
2. Deadsong
3. Absolutego
4. Beyond
5. Kagero
6. Biotope
7. The Power
8. Memento Mori
9. Distopia -vanishing Point-
10. Dear



             



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