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DRONE/STONER/POST-ROCK  |  STUDIO

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BORIS - Boris At Last -feedbacker- (2003)
Par MOX le 22 Avril 2010          Consultée 2831 fois

L’inconstance a véritablement le don de m’énerver. En musique, que l’artiste semble indécis, revienne sur ses choix ou évite de choisir une voie claire ; tout ça m’énerve. Couplé à une suractivité, l’exercice de découverte se rapproche plus de la pêche en lac salé qu’autre chose. Avec BORIS, ça n’a pas raté, et leurs fréquentes incartades en milieu trop desert rock ou trop grunge sont à chaque fois une source de dépit. Mais je ne peux pas leur en vouloir car leur maîtrise de l’ampli et du son suffit à les placer déjà très haut, parmi les très rares à avoir été capables de faire du neuf avec pas mal de vieux. En outre, comment reprocher à des Japonais de beaucoup trop travailler ? Ca n’a pas de sens, et je suppose que, dans le cas de BORIS, c’est l’un des traits qui permet à nous autres Européens-branleurs (sauf les Alsaciens et les Slovaques, ça bosse dur ça) de les identifier.

Je parlais il y a à peine deux minutes (ou cinq pour les lecteurs ayant été aux toilettes entre deux paragraphes) de leur tentative réussie de faire un peu de neuf avec du vieux. Le vieux c’est évidemment le grain de leur musique tout autant que leur caractère. Ces enregistrements quasi-live, en prises rapides, sur matériel analogique, les ampli Orange oranges qu’on retrouve chez QUEENS OF THE STONE AGE et un certain Jimmy Page en autres, c’est au final quelque chose qui rappelle les débuts des 90’s pour la saturation et les 70’s pour les tonalités clean. Ce mélange, on l’avait déjà goûté sur "Flood". Et son reflux, son retour, son « feedback », c’est "Feedbacker".

Comme à son habitude, le groupe met en scène les événements de manière très progressive, profitant du fait qu’il n’écrive ici qu’un morceau pour prendre ses aises. Ce sont d’abord de longues notes crépitantes rassurant l’auditeur quant à la qualité de leur Drone à venir qui finissent par s’activer et s’enrichir d’un clavier très, très vague. L’ensemble modèle une introduction déjà chargée en émotion et l’auditeur attentif qui aura ainsi perçu les prémices du retour de "Flood" se sent immédiatement pris à la gorge. Juste appréhension, car le morceau évolue vers un fort moment de blues ralenti, où guitares toutes en réverbération et batterie calme recréent cette sensation de relâchement et de repos qu’on éprouvait pendant "Flood". A ceci près qu’en guise d’accalmie générale, on a la mort et l’épuisement suprême et que l’inondation ravage cette fois-ci tout.

Et si l’on est si bien à l’écoute de ce disque, c’est bien parce que l’ensemble des guitares, l’une en saturation, l’autre en réverb et la dernière, mélancolique, réussissent à bâtir une charpente solide mais tellement cotonneuse qu’elle berce. Les allées et venues des tons y participent, et la montée en puissance sur près d’une trentaine de minutes tolère la déconnexion du cerveau. C’est exactement ce qu’on demande à l’auditeur de faire avant d’entrer dans un morceau de Post-Rock d’environ quarante-cinq minutes et vingt secondes (accusations fallacieuses, oui… oui, oui je sais, je parle pas de ce que je connais pas).

Peine perdue quand BORIS s’énerve un peu et monte tous les boutons à onze. Trop de solo bordélique, trop de chant japonais -en kukulu et atawasa- et beaucoup, beaucoup trop de jeu de toms pour oser s’aventurer dans l’exercice méticuleux et un peu chiant du décorticage. C’est, encore une fois, l’ensemble qui continue à être cohérent et l’auditeur qui n’a pas arrêté de dodeliner de la tête. Blues-Rock, Hard, Stoner, Drone ; le tout mixé dans la sauce très tendance du Post-Rock, rien de tout cela ne semble accessoire ; il y a une évolution naturelle qui force à admirer le « feeling » des bridés et leur métaphore, à travers un son puissant, de la catastrophe naturelle qui dévaste. Même la fin de course sur un bordel sonore enrichi en larsen et rappelant "Absolutego" s’insère sans difficulté (ce n’est pas sale). Notons enfin, comme dirait Amélie, que l’idée de cycle musical se retrouve une nouvelle fois, puisque BORIS termine l’album sur la même note mélancolique qu’il avait employée pour le démarrer.

Plus fort que le Drone dont ils sont docteurs ès, la teinte mélancolique de l’album (exprimée ici par la mort factice de Wata sur la pochette) par abus de blues et de Post-Rock rend "Feedbacker" pas gai, ce qui est bien utile en cas de débordement des eaux. Plus sérieusement, BORIS affiche un toucher magique sur ses instruments, directe conséquence de sa synthèse d’influences et de sa maîtrise de chaque genre. Le groupe est génial ; le groupe peut exploser, enfin. At last.

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- Takeshi (chant, basse, guitare)
- Wata (guitare)
- Atsuo (batterie)


1. Feedbacker



             



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