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DYSTOPIA NÅ! - Dweller On The Threshold (2015)
Par LYRR le 21 Septembre 2015          Consultée 2838 fois

Après un premier album déjà d'excellente facture, DYSTOPIA NÅ! revient quatre années plus tard avec une nouvelle œuvre qui, même si composée peu après la sortie de "Syklus", emprunte un chemin assez différent de ce dernier : en effet, les Norvégiens ont quelque peu quittés les abîmes de la dépression pour mieux se laisser charmer par les atours de la musique progressive, ses structures alambiquées et la liberté qu'elle offre en matière d'expression de la créativité. "Syklus" était déjà bien plus complexe et varié que nombre de ses semblables produits par d'autres groupes évoluant dans des styles musicaux similaires, mais l'on ne pouvait alors que vaguement présumer de la direction que prendrait un nouvel opus du groupe, d'où une certaine surprise à l'écoute de celui-ci.

Autre particularité de "Dweller On The Threshold" par rapport à "Syklus" : il s'agit d'un concept-album, ce qui est souvent une combinaison gagnante avec le Prog Metal. Le fil conducteur de la narration est la rencontre d'un individu avec son Doppelgänger, c'est-à-dire son double imaginaire, ce qui va le conduire à effectuer un cheminement au plus profond de sa conscience afin de questionner le sens-même de son existence de mortel. D'un point de vue musical, cette idée prend la forme d'une suite de chansons entrecoupées de courtes pièces instrumentales : formule classique, mais qui a fait ses preuves par le passé. Ce n'est donc pas au niveau de la forme qu'il faudra chercher l'aspect innovateur de ce disque, mais plutôt dans son contenu.

En effet, "Dweller On the Threshold" propose un Metal intéressant qui, sans être une révolution en soi, arrive à puiser à la fois dans les ressources Post-Black du groupe et dans le nouveau tournant stylistique progressif que celui-ci a pris. L'ensemble est très porté sur les atmosphères, l'évocation, la réflexion, plutôt que sur la pure technicité et la complexité de l'exécution : l'album n'impressionne pas tant de par la performance des musiciens au niveau de la technique qu'au niveau de leur capacité à produire un tout prenant et homogène en juxtaposant des couches successives de musique variées. Cet album est avant tout une grande réussite en matière de composition : il fait preuve d'une cohérence dans son éclectisme qui transcende chaque pièce qui le forme en un élément fondamental à la réalisation de son être ; il est donc une œuvre qu'il faut appréhender comme un ensemble indivisible et non pas comme une simple succession d'unités conceptuelles uniquement liées par un thème commun, avec son lot de séquences musicales superflues.

Un autre aspect qui caractérise également cet album est son ambivalence entre passages sombres et tourmentés et instants d'apaisement imprégnés d'une luminosité bienveillante ; cette dichotomie entre le clair et l'obscur fait écho au concept du Doppelgänger, à la dualité qui existe entre les sentiments du protagoniste dont on suit l'évolution : tiraillé entre le refus et l'acceptation, il doit finalement faire face à sa propre mortalité après une longue introspection de son âme. Ombre et lumière sont ainsi retranscrites musicalement, et le rôle des claviers est là prépondérant. En effet, les sons de synthèse sont le principal moteur de changement, en ce qu'ils accompagnent toute variation de riff ou de chant en créant une ambiance adaptée à la nouvelle situation. C'est donc grandement de par cet instrument que l'identité de l'album prend forme.

Les guitares, quant à elles, ont des sonorités qui oscillent entre le Black et le Prog et se rapprochent parfois même de l'Avant-garde norvégien des années 1990 : des dissonances, de nombreuses variations de rythme et de tempo, une certaine froideur dans l'exécution quand elles se font agressives, mais un peu plus de douceur et de légèreté lorsqu'elles se font atmosphériques. Le chant, lui, est divisé de manière classique entre parties claires et parties criées ; il est plaisant, mais manque peut-être un peu de personnalité. Cependant, comme il a été dit tantôt, c'est dans la qualité de la combinaison de tous ces éléments que DYSTOPIA NÅ! fait preuve de talent, car le groupe a su jongler avec ces diverses composantes de manière fort habile afin de créer la présente œuvre. Il en résulte un disque empli d'émotions, d'espoirs et de désillusions, de lumière et de ténèbres ; c'est une expérience formidable que de l'écouter seul, le regard perdu dans le lointain, l'esprit vagabondant entre mille pensées éphémères.

En somme, DYSTOPIA NÅ! prouve encore grâce à cet album qu'il a tout d'un grand groupe, et qu'il mérite d'être mieux connu du public. Cette œuvre introspective représente plus qu'on bon moment musical ; il s'agit d'un chef-d'œuvre de composition truffé de trésors merveilleux à découvrir et redécouvrir, tant ils ont de facettes à révéler à l'auditeur. Un peu plus d'audace et l'on aurait atteint la perfection ; mais ce disque est tout de même l'un de mes plus gros coups de cœur de l'année 2015.

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   LYRR

 
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- A. (batterie, programmation, chant)
- S. (guitare, basse, chant)
- K. (chant, guitare, claviers)
- Kk (guitare)


1. Doppelgänger
2. Intruder / Ephialtes
3. Shadowcasting Horologe
4. Through Mirrors, Darkly
5. Moment Of Lucidity
6. Winding Stares Into Nothing
7. Lucidity (phase Ii)
8. Cold Is The Colour
9. My Eyes Are The Atoms Of The Sun
10. Final Encounter



             



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