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MORGOTH - Feel Sorry For The Fanatic (1996)
Par DARK BEAGLE le 27 Novembre 2017          Consultée 435 fois

Rarement un disque aurait si bien porté son nom. Il est également d’une sincérité troublante. Forcément, on savait que MORGOTH allait évoluer, qu’il n’allait pas s’arrêter là où l’avait conduit "Odium", qu’il allait explorer de nouvelles voies pour le moins obscures, certainement dangereuses. Mais qui pouvait se douter que le groupe irait si loin dans sa démarche ? Qu’il s’enfermerait dans une chrysalide avant d’en ressortir complètement métamorphosé, quasi méconnaissable ? Rien que par curiosité, il convient de jeter une oreille sur ce "Feel Sorry For The Fanatic", surprenant à plus d’un titre.

Derrière cette pochette qui fait peur (ouais, un clown, ça fait peur. Stephen King nous l’a parfaitement démontré, même si, toutes proportions gardées, Pennywise a fait bien moins de victimes que Ronald McDonald) se cache donc un disque déstabilisant, qui emprunte un langage qui n’avait été qu’abordé sur "Odium". Le Metal Indus est devenu l’argument de MORGOTH et la formation allemande, pour être bien certaine que personne n’allait se méprendre, a changé la typographie du nom, le style de jaquette. Et la révolution peut commencer.

Difficile donc de reconnaître ce groupe aux racines Death Metal bien profondes. Et si les Teutons semblent les avoir arrachées du sol pour planter d’autres graines, on retrouve quand même des relents du passé. Rien de bien caverneux, rien qui ne sente le caveau putride, mais plutôt un phrasé de guitare assez symbolique des mélodies (terme parfaitement assumé) de MORGOTH, comme sur "This Fantastic Decade", ou "Cash…", mais avec un autre enrobage. Le discours de la section rythmique a évolué, il se fait tantôt plus groovy, tantôt plus martial, s’accordant avec les claviers et les effets électroniques qui pullulent. C’est aussi globalement plus lent, porté sur un écrasement plus délicat que ce qui fut les standards du passé. Des parties plus aériennes viennent créer des reliefs intéressants, comme sur "Forgotten Days", où la notion de mélodie, bien que synthétique, prend une signification particulière.

Mais ce qui frappe le plus est la voix de Marc Grewe, qui fait songer à celle de Jaz Coleman de KILLING JOKE. Éraillée, semblant sortir difficilement du fond de la gorge, elle n’a rien de caressante, elle se veut même menaçante, dans sa gaieté complètement artificielle ("This Fantastic Decade") ou dans sa solennité désabusée ("Last Laugh"). Dès qu’il pousse un peu, il nous transmet un peu de sa douleur, sans la moindre concession, sans le moindre phare. Et de ce fait, la ressemblance avec Jaz Coleman ne s’arrête pas là, "Feel Sorry For The Fanatic" sonne comme un disque de KILLING JOKE méconnu, que l’on se surprend à découvrir avec un certain plaisir.

Mais que ce disque est malsain ! Il se dégage quelque chose de très noir, de cynique, qui prend à la gorge pour ne plus nous lâcher. À ce titre, cet album est certainement le plus troublant de la carrière de MORGOTH, et pas seulement par ses choix artistiques (n’ayons pas peur des mots). Malgré une imagerie particulière dans le livret, quelque part entre l’univers de Fallout et le Freakshow, le groupe nous invite à un voyage dans les limbes de ce que la société a de mieux à nous proposer et des désagréments qui vont forcément avec, répertoriés comme un catalogue des petites horreurs mesquines du quotidien.

Aussi, l’orientation Indus va comme un gant à ce disque, elle lui colle à la peau comme un skinny slim trop serré, vous savez, le genre qu’on est obligé d’enfiler avec un bon chausse-pied. Elle donne à cet album une crédibilité qu’il aurait pu ne pas avoir si MORGOTH en était resté aux thèmes de prédilection du Death (vous savez, ces trucs un peu sales de corps qui se décomposent après avoir connu quelques sévices à faire bander plus d’un psychopathe). L’Indus s’accorde avec la dépression des textes, dopé par des guitares insistantes qui se marient bien au côté artificiel amené par les claviers.

Mais n’allez pas croire que vous assistez ici à une réhabilitation en règle d’un essai qui n’a pas été transformé par le groupe, un échec commercial, mais également critique, qui a précipité un split dont tout le monde se foutait. Je ne franchirai pas ce pas. "Feel Sorry For The Fanatic" est toutefois un bon disque, intelligent, prenant, mais qui s’essouffle sur la fin, où l’on finit par lâcher prise complètement, fatigué par ces rythmes qui finissent par être harassants, par cette espèce d’homogénéité étouffante, quand les idées parfois brillantes du début ne sont pas renouvelées, comme cet instrumental aux consonances Techno qui conclue le magnifique "Cash…" ("… And Its Amazing Consequences"). Le fait que l’album ne respire pas, que tous les morceaux s’enchaînent sans temps mort finit également par jouer en sa défaveur…

Adulé par certains, détesté par d’autres, "Feel Sorry For The Fanatic" est un disque courageux de la part d’une formation qui se sentait trop à l’étroit dans le carcan du Death et qui a cherché à s’émanciper du style. Et à sortir un album hors-norme, MORGOTH s’en est mordu les doigts. C’était prévisible. Difficile de seulement imaginer le contraire. Et force est d’avouer qu’aujourd’hui, à part certains passages datés dans les sonorités, cet opus s’écoute toujours très bien et il pourrait bien plaire à un public qui n’aurait jamais jeté une oreille sur MORGOTH si la formation était restée cantonnée à son Death. Une curiosité que je vous invite grandement à essayer !

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   DARK BEAGLE

 
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- Marc Grewe (chant)
- Harrald Busse (guitare, claviers)
- Carsten Otterbach (guitare)
- Sebastian Swart (basse)
- Rüdiger Hennecke (batterie)
- Carsten Achtelik (claviers - invité)


1. This Fantastic Decade
2. Last Laugh
3. Cash...
4. ... And Its Amazing Consequences
5. Curiosity
6. Forgotten Days
7. Souls On A Pleasuretrip
8. Graceland
9. Watch The Fortune Wheel
10. A New Start



             



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