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POWER METAL  |  STUDIO

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- Membre : Luca Turilli's Rhapsody, Twilight Force
- Style + Membre : Lione / Conti

TRICK OR TREAT - The Legend Of The X I I Saints (2020)
Par T-RAY le 17 Juillet 2020          Consultée 1529 fois

Il faut bien se rendre compte de ce que représentait la série animée "Les Chevaliers du Zodiaque", tel qu'est appelé l'Anime japonais "Saint Seiya" en France, pour les premiers enfants de la Génération Y – ceux nés avant 1990, en gros – voire pour les derniers nés de la Génération X (et ceux intercalés entre ces deux classifications socio-démographiques selon que l'on considère qu'elles se succèdent immédiatement ou pas). Une saga qui permettait de se divertir les jours sans école, bien sûr, mais surtout qui invitait les gamins que nous étions à nous identifier à ces jeunes héros et héroïnes en quête permanente de dépassement de soi ET qui permettait de s’instruire sur les constellations et sur les différentes mythologies du monde auxquels les différents personnages étaient rattachés.

Il faut surtout se rendre compte de ce que pouvait représenter l'arc narratif des "Douze maisons du Sanctuaire", placées chacune sous l'un des signes du zodiaque et défendues par un chevalier d'or, garde rapprochée d'Athéna. Jamais jusqu'ici les jeunes téléspectateurs occidentaux n'avaient eu droit à un événement aussi épique à la télévision ("Dragon Ball" et les autres grands Shōnen que l'on connaît aujourd'hui n'avaient pas encore atteint une telle maturité dans leur dramaturgie) que le défi qui attendait les cinq chevaliers de bronze de Pégase, du Dragon, du Cygne, d'Andromède et du Phénix. Traverser coûte que coûte chacun des douze temples du Sanctuaire d'Athéna en moins de douze heures pour sauver la vie de leur déesse réincarnée, menacée par son prêtre suprême, le Grand Pope, usurpateur et traître à son propre camp, dont le talent de manipulation a corrompu la quasi-totalité de l'ordre de la chevalerie, nécessiterait en effet trente-deux épisodes haletants.

À la fin des années 1980, époque de la première diffusion de la saga sous nos latitudes, les membres de TRICK OR TREAT étaient eux aussi enfants et ont été profondément marqués par "Saint Seiya". Le groupe italien, formation geek par excellence comme peut en témoigner toute sa discographie, avait d'ailleurs déjà rendu hommage à l'œuvre du mangaka Masami Kurumada, superbement adaptée pour la télévision par le dessinateur Shingo Araki, sur son précédent album, "Re-Animated". Sa reprise du générique original de la série, "Pegasus Fantasy", compo déjà bien Heavy à la base, concluait sur une bonne note un album de covers entièrement voué aux dessins animés et séries Live de jadis. Mais le quintette qui a débuté en tant que tribute band d'HELLOWEEN ne pouvait pas, en tant que fan de "Saint Seiya", s'en tenir à cela. Il fallait faire plus.

Et les Bolognais n'y sont pas allés avec le dos de la cuillère ! Plutôt qu'un tour de cadran horaire, comme dans le Manga, c'est un calendrier annuel entier qu'ils ont consacré à leur projet : douze singles centrés chacun sur l'un des douze chevaliers d'or et diffusés entre mars 2019 et février 2020 à raison d'un par mois en suivant scrupuleusement l'ordre des signes du zodiaque, et même la date d'entrée en vigueur de chaque signe ! Bélier le 21 mars, Taureau le 21 avril, etc. Le tout, encadré par une intro et une outro, finissant compilé sur cet album intitulé "The Legend Of The XII Saints", les fameux Saints n'étant autre que le nom des chevaliers d'Athéna dans la version originale. Ce longue durée est sorti, lui, avec un peu de retard dû à la pandémie de Covid-19, mais il tient finalement toutes ses promesses, que l'on soit fan de "Saint Seiya" ou pas, à condition bien évidemment d'aimer le Power Metal.

Je dis "finalement" car, un peu à la façon dont le Sanctuaire a mis du temps à céder sous les coups de boutoir des chevaliers Seiya (Pégase), Shiryu (Dragon), Hyôga (Cygne), Shun (Andromède) et Ikki (Phénix), j'ai moi-même mis du temps à succomber aux charmes de ce septième opus studio de TRICK OR TREAT. Certains desdits charmes ont opéré immédiatement, bien sûr, à commencer par la voix et l'interprétation magistrales d'Alessandro Conti. Revenu du RHAPSODY de Luca Turilli et passé récemment par TWILIGHT FORCE, l'homme en a heureusement gardé sous la pédale pour son groupe de toujours et offre ici l'une de ses performances les plus remarquables en carrière. On sent réellement le chanteur habité par le projet et cela se ressent autant sur les lignes de chant que sur les textes.

Parce que les paroles de ces morceaux – tous désignés par l'appellation latine du signe zodiacal et le nom de l'une des attaques de chaque chevalier d'or – sont profondément ancrées dans le scénario du Manga et de l'Anime "Saint Seiya". Un vrai travail de fond et de fan qui permet à ces titres courant de trois minutes trente à un peu moins de six minutes de miniaturiser à merveille l'histoire de chacun des Gold Saints et du combat qui les oppose (ou pas) aux chevaliers de bronze venus les affronter. Et lorsque de telles paroles ont droit à des lignes vocales aussi saisissantes que celles de "Aquarius: Diamond Dust", Power Metal hyper classique mais fort bien troussé, de "Leo: Lightning Plasma", héroïque comme il faut, ou de "Gemini: Another Dimension", l'une des plus belles réussites du disque et sur laquelle Conti, en duo avec l'excellent Yannis Papadopoulos (BEAST IN BLACK), parvient à exprimer toute la dualité du chevalier Saga des Gémeaux, c'est assez jouissif.

Appuyé, côté chœurs, par un Fabio Dessi (ARTHEMIS, HOLLOW HAZE) à toute épreuve, Alessandro Conti parvient aisément à mettre les poils à l'auditeur. En témoigne le magnifique (et je pèse mes mots) "Virgo: Tenbu Horin", mid-tempo Heavy à souhait et dont le chorus, bien propulsé par un pré-refrain sournois, culmine tout en haut des cieux du Power Metal. C'est simple, quand j'entends ce morceau et que vient le refrain, j'ai un skingasm ! Et que dire du final du morceau, tragique à souhait, où les claviers de l'invité Alessio Lucatti viennent ajouter à l'émotion ? Quel splendide hommage au combat le plus intense de l'arc du Sanctuaire entre Shaka de la Vierge et Ikki du Phénix ! Assurément la meilleure composition – et interprétation – du disque.

Pourtant, Alessandro Conti prend des risques avec ses lignes de chant, ce qui fait partie des raisons pour lesquelles ce disque a mis du temps à me conquérir. Si certaines paraissent évidentes – mais sonnent à la perfection – comme celles d'un "Libra: One Hundred Dragons Force" soutenues par les mélodies asiatiques des guitares (quoiqu'un peu trop "Chun-Li Theme" dans "Street Fighter II"), d'autres, plus nombreuses, paraissent casse-gueule au premier abord mais se révèlent diablement efficaces sur la longueur. Ainsi en va-t-il de celles de "Aries: Stardust Revolution", qui désarçonne d'entrée, et de "Capricorn: Excalibur", sous forme de crescendo intense, faisant de ces deux titres plus difficiles d'accès de véritables réussites au bout du compte. Ici comme partout, Conti est impérial. Et l'audace du bonhomme est suivie par celle de ses camarades instrumentistes, qui donnent naissance à des titres dotés d'une puissance dramatique certaine même lorsqu'il n'y paraît pas.

Prenez "Taurus: Great Horn", tiens ! Un morceau au tempo moyen dont les guitares sont tantôt Hard Bluesy, tantôt lourdes et distordues et tenant parfois plus du Groove Metal que du Power, mais qui jouit d'une dynamique indiscutable, reflétant avec à-propos la personnalité pleine d'autorité et le style de combat d'Aldébaran du Taureau. Armé, là encore, d'un refrain qui fait mouche, riche en chœurs et gaillard à souhait, renforcé par quelques arrangements symphoniques intelligents car point trop envahissants, ce titre n'est pas seul au rang des réussites insoupçonnées. Dans cette catégorie-là, la palme revient certainement à "Cancer: Underworld Wave", qui reflète tout le vice et la malfaisance du chevalier Masque-de-Mort du Cancer. Lancé sur des sonorités synthétiques qui ne dépareilleraient pas dans un jeu vidéo à l'ancienne, le morceau devient rapidement Heavyssime et bénéficie d'un chorus au tragique savamment dosé qui sublime des paroles écrites au millimètre. Le refrain final signant la mort du chevalier d'or procure alors l'envie de brandir le poing.

Mais pour tous les poings levés et les gorges déployées que peuvent susciter les morceaux déjà cités, il faut reconnaître que la seconde moitié du disque est sensiblement plus faible que la première. Pourtant, les styles et les tempi y sont plus variés mais ne parviennent pas à corriger ce petit déséquilibre pour la simple et bonne raison que les morceaux y sont moins bons. Il faut certes laisser le bénéfice du doute à "Pisces: Bloody Rose", morceau lent et languissant à l'image de l'effet des roses sanguinaires du chevalier Aphrodite des Poissons, car son refrain lumineux et son solo de synthé s'inscrivent aisément dans les crânes et reflètent finalement bien l'atmosphère du combat qui oppose le Gold Saint à Shun d'Andromède.

Poursuivi adéquatement par cette jolie ballade acoustique apaisée servant d'outro qu'est "Last Hour (The Redemption)", le morceau consacré à l'ultime chevalier d'or révèle des inspirations plus proches de SONATA ARCTICA que du HELLOWEEN que TRICK OR TREAT pastichait à ses débuts. Même la voix d'Alessandro Conti se rapproche de celle de Tony Kakko par instants, ce qui n'est pas pour me déplaire. Mais sur une véritable power-ballade au long cours, comme "Sagittarius: Golden Arrow", là aussi très "SONATienne", la formation italienne se plante. Deuxième plus long titre du disque, le morceau se traîne péniblement et menace de briser définitivement la dynamique de l'album, déjà un brin entamée par un "Scorpio: Scarlet Needle" qui démarre bien sur des parties de gratte presque Thrash mais manque singulièrement d'accroche, y compris sur son refrain, bien pauvre à côté de ceux des autres compositions, même s'il témoigne à juste titre du doute intense qui saisit le personnage de Milo du Scorpion au fil de son combat contre Hyôga du Cygne.

Heureusement pour TRICK OR TREAT et cet album que "Capricorn: Excalibur" et "Aquarius: Diamond Dust" relèvent subitement le niveau, exactement comme les combats qu'elles retracent permettent à l'arc du Sanctuaire de regagner en dramaturgie à quelques volées de marches de la salle du Grand Pope. Car pour qu'une telle saga tienne toutes ses promesses et marque toute une génération d'enfants et de préadolescents, il lui fallait des rebondissements constants et des moments tragiques à la hauteur des sacrifices de ses héros. Il en va de même pour "The Legend Of The XII Saints", petite épopée musicale en douze actes, une introduction et une conclusion, riche de hauts très hauts et de quelques bas qui, en définitive, ne gâchent pas grand-chose du spectacle qui nous est offert. Depuis sa sortie, j'ai revu la saga et ce disque en est devenu, à mes oreilles, sa nouvelle bande originale. Rien que ça.

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   T-RAY

 
   JEFF KANJI

 
   (2 chroniques)



- Alessandro Conti (chant)
- Guido Benedetti (guitares)
- Leone Villani Conti (basse)
- Luca Setti (batterie)
- Luca Venturelli (guitares)
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- Alessio Lucatti (claviers)
- Fabio Dessi (narration, chœurs)
- Yannis Papadopoulos (chant sur #4)
- Lucia La Rezza (violon sur #8)


1. Ave Athena (intro)
2. Aries: Stardust Revolution
3. Taurus: Great Horn
4. Gemini: Another Dimension
5. Cancer: Underworld Wave
6. Leo: Lightning Plasma
7. Virgo: Tenbu Horin
8. Libra: One Hundred Dragons Force
9. Scorpio: Scarlet Needle
10. Sagittarius: Golden Arrow
11. Capricorn: Excalibur
12. Aquarius: Diamond Dust
13. Pisces: Bloody Rose
14. Last Hour (the Redemption)



             



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